Dossier technique

Récupérer l’eau de pluie se réfléchit

Pour sécuriser l’approvisionnement en eau en période de tension, récupérer l’eau de pluie peut constituer une solution complémentaire. Réglementation, dimensionnement du stockage, filtration, traitement… Plusieurs paramètres sont à prendre en compte avant de se lancer.

Schéma de la collecte et du traitement de l'eau de pluie - Illustration Récupérer l’eau de pluie se réfléchit
© Chambre d'agriculture

En élevage, l’abreuvement constitue le poste prédominant de consommation d’eau, suivi du lavage et du refroidissement des bâtiments. De nombreux éleveurs sont équipés de forages, de puits et sont raccordés au réseau. Ressource complémentaire, l’eau de pluie peut permettre de mieux passer les périodes à risque.

Pas d’amiante ou de plomb

La récupération d’eau de pluie sur les toitures des bâtiments d’élevage est légalement autorisée pour l’abreuvement des animaux, excepté pour certains cahiers des charges. « Mais la collecte est interdite en cas de présence d’amiante ou de plomb », a précisé Claire Walbecque, du service élevage de la Chambre d’agriculture de Bretagne, intervenant sur l’Espace pour demain au Space. Au niveau réglementaire, « une déclaration de l’installation doit être faite en mairie et les circuits d’eau de pluie doivent être totalement séparés du réseau d’eau potable. »

Cette eau peut être utilisée pour le nettoyage voire pour l’abreuvement en prévoyant une filtration, un traitement et des analyses. Des recommandations existent sur la qualité de l’eau selon les espèces.

Calculer le potentiel de récupération

En premier lieu, « il faut calculer le potentiel de récupération par rapport à la pluviométrie, la surface de toiture collectable et le coefficient de perte ». Ensuite, on peut estimer le besoin annuel en eau de l’élevage, et prévoir un volume de stockage équivalent à 1/12e de ce besoin au minimum. Au stockage, « limiter la lumière et la chaleur permet d’éviter les algues et le développement bactérien ». Un trop plein est à prévoir.

Limiter la lumière et la chaleur au stockage

Le réseau de collecte des eaux de toiture comprend un collecteur de gouttières et un filtre grossier, pour les feuilles, les mousses, la matière organique. « Il est nécessaire que l’eau soit filtrée avant stockage pour être la plus propre possible via un filtre nylon, microfibre, à charbon, à sable ou à osmose inverse. »

Trois grands modes de stockage

Trois grands modes de stockage existent. Solution la plus simple, « la poche souple, d’une capacité de 50 à 500 m3, affiche toutefois une emprise au sol assez importante et est sensible aux variations de température et aux UV. Le coût est d’environ 25 €/m3 ». Plus résistante, la cuve en polypropylène verticale nécessite une dalle plus une pompe, mais son emplacement au sol est réduit. Le coût est plus élevé, variant entre 200 et 500 €/m3. La cuve enterrée en béton, qui nécessite un terrassement plus du drainage, offre des volumes compris entre 5 et 50 m3 et des conditions de stockage idéales, l’eau restant fraîche. Il faudra compter 200 à 250 €/m3 d’investissement.

Agnès Cussonneau

Quelle solution de traitement ?

« L’eau de pluie n’est pas potable sans traitement. Et elle est peu minéralisée », souligne Léa Ottmann de l’Itavi. Plusieurs solutions de traitement de l’eau existent. Par UV, il détruit un large spectre de micro-organismes et ne laisse pas de résidu chimique, « mais il ne suffit pas seul pour l’eau de boisson. » Le peroxyde d’hydrogène, injecté dans l’eau de boisson à l’aide d’une pompe doseuse, fonctionne bien avec un temps de contact limité, mais son coût opérationnel est élevé.L’efficacité du dioxyde de chlore est indépendante du pH et de la matière organique. « Il ne donne pas de goût à l’eau et offre un effet résiduel permettant une efficacité sur les biofilms ». Mais des contraintes de sécurité existent et l’investissement est élevé pour les générateurs. La chloration présente un faible coût d’investissement et d’utilisation et un large spectre désinfectant. Par contre, « son efficacité dépend du pH. » L’électrolyse avec membrane fonctionne avec un mélange d’eau et de sel. Elle ne nécessite pas d’ajout de produits chimiques et offre aussi un effet résiduel prolongé. En revanche, l’investissement est élevé auquel il faut rajouter une consommation d’électricité. L’électrolyse en ligne est une autre solution, simple de maintenance et d’entretien, mais là aussi l’investissement monte.

Une réserve d’eau pour sécuriser l’élevage

À l’occasion de la construction d’un bloc naissage truie en 2022, un éleveur de porc breton a investi dans une poche souple de 250 m3 et de 1,6 m de hauteur, pour la récupération de l’eau des toitures, se remplissant par le dessous avec un trop-plein vers le haut. « Mon élevage est raccordé au réseau mais il est mal situé. Comment gérer le manque d’eau si jamais il y a un problème un jour ? », s’est-il demandé. « D’autre part, c’est dommage d’utiliser une eau de boisson pour du lavage. »Il a ensuite installé une fosse en béton de 3 m x 2 m x 2,5 m de profondeur avec un tamis en inox à nettoyer 3 à 4 fois par an. « Ma pompe est équipée d’un filtre de 100 μm qui a été choisi après avoir testé 300 puis 200 μm. Ce filtre est à nettoyer une fois par semaine. La pompe amène l’eau au local où se trouvent la lampe à UV et l’installation de chloration pour traiter l’eau. Il n’y a pas de problème de bouchage ou d’encrassage », apprécie l’éleveur.Ayant un peu de recul, il se montre satisfait de son système automatisé avec flotteur, « hyper simple d’utilisation ». Si l’installation lui a coûté 45 000 € au final, « elle n’est jamais tombée à sec malgré l’utilisation de 2 pompes haute pression qui fonctionnent en même temps au moment du sevrage. » Il n’y a pas spécialement de retour sur investissement, « c’est davantage une histoire de conviction ». L’éleveur conseille de penser le stockage d’eau de pluie tout de suite en cas de construction d’un bâtiment neuf, « au même titre que le photovoltaïque ».


Tags : ,

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Découvrez comment les données de vos commentaires sont traitées.

Fermer l'écran superposé de recherche

Rechercher un article