Dossier technique

Le bon complément entre élevage et méthanisation

SARL LNJ, Plourin-lès-Morlaix (29) - Dotés d’une méthanisation en injection directe de gaz d’une capacité de 5,2 GWh, ces agriculteurs finistériens ont diversifié leur activité avec une petite unité autonome en intrants.

Une unité de méthanisation - Illustration Le bon complément entre élevage et méthanisation
La mise en route date de mai 2024. | © Paysan Breton – F. Paranthoën

Le projet de construction d’une unité de méthanisation a tout d’abord germé lors d’une discussion entre les associés de l’EARL de Languz et leur salarié, en septembre 2021. Pourquoi ne pas se lancer dans la réalisation d’une méthanisation, dont le gaz produit serait injecté directement dans le réseau ? Des visites d’installations existantes le mois suivant afin de bien appréhender les intrants à apporter dans le système confortent l’idée. Le business plan est élaboré.

Le contrat annuel nous donne plus de souplesse

L’étude détaillée par GRDF est validée, le permis de construire déposé. Puis le passage du Covid a eu pour effet de « faire flamber les prix de construction ; le projet a été abandonné. Le montant total de l’investissement augmentait de 15 % », se souvient Jean-Thomas Quéguiner, producteur de lait associé avec sa compagne Catherine Le Manchec. Mais les démarches administratives ont tout de même suivi leur cours : le permis est accepté, et coïncide avec un prix de vente du gaz plus intéressant. Avec ces cartes rebattues, la décision est prise de lancer la construction. La commande est passée auprès de PlanET Biogas en octobre 2022, les premiers coups de pelle sont donnés en janvier 2023. L’unité est construite à l’automne suivant, pour une mise en route en mai 2024.

Petite et autonome

Avec une production annuelle de 5,2 GWh, le modèle choisi chez le constructeur est « le plus petit des méthaniseurs. Il a été dimensionné en fonction de nos intrants ».

Pour alimenter la structure, les éleveurs peuvent compter sur l’aire paillée occupée par les 90 vaches laitières, des Cive et de l’ensilage d’herbe et de maïs. Signé pour une durée de 15 ans, le contrat est bonifié « d’un centime du gigawatt-heure produit, grâce à une prime aux effluents. Pour obtenir cette prime, les intrants doivent être composés d’au moins 60 % de lisier et de fumier ». Annualisé, ce contrat permet de s’adapter aux besoins. « L’été, la pression dans le réseau augmente car la demande diminue. Cette annualisation nous donne de la souplesse » en produisant moins de gaz l’été, davantage en période froide.

En routine et en hiver, les éleveurs chargent tous les jours 14,5 t de matière dans une trémie. 7 t de Cive, composée d’orge hybride et de seigle, 4 m3 de lisier, 4 t de fumier, 2 t d’ensilage d’herbe et 1,5 t d’ensilage de maïs servent à alimenter le système. Avant leur entrée dans le digesteur, ces matières sont broyées. « Une pompe ramène un peu de digestat pour qu’il n’y ait pas que des ingrédients secs à rentrer ». L’incorporation dans le digesteur de ces 14,5 t quotidiennes se fait sur 24 heures, par cycle d’une heure. Toutes ces matières premières sont introduites par le haut. Avec un temps de séjour de 110 jours, elles sont toutes assimilées. « Les matières fraîches sont plus méthanogènes. C’est pourquoi du fumier frais est incorporé régulièrement, une petite réserve est stockée près de la trémie toutes les semaines ».

La production est acheminée vers l’épurateur ; une partie du gaz produit sert à alimenter la chaudière (chauffage du digesteur). Avec une température de sortie de 41°C, ce gaz va être refroidi et condensé. 3 membranes viennent retirer les composés organiques volatils et le soufre, aidées par le filtre à charbon. Le gaz est ainsi rendu pur à plus de 97 %, avant de rejoindre le poste d’injection. Par chance, un réseau déjà existant passe à 1,7 km de l’exploitation.

Fanch Paranthoën

Bien penser son temps de travail

Le printemps est synonyme de pic de travail pour les agriculteurs, qui jonglent entre les épandages d’effluents, la préparation des terres à maïs et la récolte des Cive. 115 ha de ces cultures méthanogènes sont récoltés ; les orges hybrides et les seigles offrent un rendement de 30 t/ha. Pour faire face à ces moments intenses d’activité, un salarié supplémentaire a été embauché. La méthanisation demande « en moyenne sur l’année 3 à 3,5 heures par jour, en comptant le chargement, les vérifications de fonctionnement du système et de l’épurateur », chiffre Jean-Thomas Quéguiner, « ce qui s’imbrique bien avec la gestion de l’élevage, qui demande aussi du temps de présence ».


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