Rémunérer tous les maillons : Accepter le vrai prix des légumes

La filière légumière bretonne traverse une crise liée au temps doux de la fin 2025, mais pas seulement. Les coûts de production ont flambé, impactant tous les maillons de la filière jusqu’au magasin. Les prix à la consommation doivent s’ajuster sur le long terme.

Des hommes devant un hangar Prince de Bretagne - Illustration Rémunérer tous les maillons : Accepter le vrai prix des légumes
Une partie des acteurs de la filière légumière bretonne présents à La Gouesnière. | © Paysan Breton

Choux-fleurs, choux pommés, poireaux, potimarrons, mâche, échalotes, oignons… « Une crise inédite touche quasiment tous les légumes d’hiver », souligne Marc Kerangueven, président du Cerafel et de la Sica de Saint-Pol-de-Léon. Sur un an, les producteurs ont vu leurs revenus s’effondrer, les prix ne couvrant plus que 50 % des coûts de production.

En chou-fleur, « sur les dernières semaines de 2025, le climat anormalement doux a généré une hausse de 40 % des volumes mis en marché alors que dans le même temps, la consommation était en berne. Les cultures avaient trois semaines d’avance. » Ces difficultés ont été amplifiées par une surabondance simultanée dans tous les bassins de production européens : Espagne, Italie, Royaume-Uni. L’Allemagne était toujours en récolte alors qu’elle devait avoir terminé sur cette période et la Pologne exportait vers la France plutôt que d’importer…

« Même s’ils travaillaient à perte, les producteurs bretons ont continué à récolter. Les différents acteurs et la grande distribution ont aussi joué le jeu en communiquant sur cette offre abondante auprès des consommateurs. »

Aujourd’hui, la base de prix n’est plus là

Des élus bretons ont demandé l’emploi de davantage de choux-fleurs et autres légumes de plein champ dans les menus des cantines et de restauration collective. « Nous avons donné des productions aux associations caritatives », note Gilbert Brouder, président des Maraîchers d’Armor.

Si avec le froid de ce début d’année, les cours se redressent, les producteurs estiment que la crise est « plus que conjoncturelle ». « Nous sommes habitués à notre marché météo-dépendant mais aujourd’hui, la base de prix n’est plus là. » Les charges fragilisent tous les maillons de la filière : + 30 % sur le matériel agricole, + 15 à 20 % sur les emballages, + 50 % sur l’énergie…

Une première réunion entre acteurs

Pour faire face et réfléchir à leur avenir, l’ensemble des acteurs – producteurs, fournisseurs d’emballage, expéditeurs et distributeurs – se sont réunis mardi 6 janvier à la coopérative Terres de Saint-Malo à La Gouesnière (35). Une première, un point de départ aussi. « Nous devons tous continuer à travailler ensemble pour la promotion de nos produits », déclarent les participants.

Ils souhaitent notamment que les légumes soient payés à leur juste prix par les consommateurs : 3 à 4 €/tête au minimum pour le chou-fleur… « Les associations de consommateurs doivent arrêter de dire que les fruits et légumes sont trop chers. Ils ont une valeur, ils sont sains. »

Les produits français sont plus chers que ceux de nos concurrents car nous avons des normes et des salaires plus élevés. « Les consommateurs doivent l’intégrer. Cela passe par davantage de communication, d’explication… ».

Renouveler l’invitation des associations de consommateurs et environnementales sur les exploitations légumières fait partie des pistes évoquées par le Cerafel. « Les personnes qui délivrent parfois des messages négatifs sur nos modes de production ressortent avec un avis différent après ces visites. »

Quelle pérennité pour la filière française ?

« Aujourd’hui en France, 50 % des fruits et légumes sont importés, un chiffre en forte hausse », ajoute Gilbert Brouder. « Est-ce qu’on souhaite que la production française se réduise encore, disparaisse ? Ou veut-on une sécurité alimentaire dans notre pays ? » Les producteurs ajoutent que la filière légumière bretonne fait vivre de nombreuses personnes au-delà des champs, dans la fabrication d’emballages, dans l’expédition… 40 % des volumes de Prince de Bretagne sont exportés. Pour le chou-fleur, ce chiffre peut monter jusqu’à 70 %. « Quand les légumes disparaissent sur nos terres du Nord-Bretagne, ils sont remplacés par des cultures de maïs, de céréales, de lin, demandant moins de main-d’œuvre. Nous avons un potentiel légumier, nous voulons être là demain… »

Agnès Cussonneau


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