La sécheresse, un défi pour les chèvres

Pour nourrir 75 chèvres et 20 vaches allaitantes, le Gaec Maxsopolo – Solenn Auguste, Maxime et Paul Daguin – jongle entre pâturage, stock, affouragement en vert et haies fourragères. Maxime et Solenn racontent.

Un couple et un enfant au milieu d'un troupeau de chèvre dans un champ - Illustration La sécheresse, un défi pour les chèvres
Pour l’atelier chèvre, Solenn Auguste et Maxime Daguin doivent composer avec la sécheresse sur 2 tableaux : alimentation du troupeau et transformation du lait.

« Après une petite pousse début août grâce à 50 mm de pluie, on est à nouveau à sec », témoigne Maxime Daguin. Pour les chèvres, il reste un peu d’herbe sur pied complétée avec de l’affouragement en vert et 400 g de mélange céréa­lier avec 250 g de maïs. Quand il n’y a pas assez d’herbe, on ressent les exigences de la transformation et des animaux : Les chèvres risquent de prendre la clé des champs. La nuit, elles sont à l’intérieur. Le jour, elle pâturent au fil, doublé en hauteur.

Incidences sur la transformation

Il y a risque de parasitisme si elles grignotent trop bas ou de dégradation de la qualité du lait pour la transformation (risque de présence de bactéries coliformes). « Mais si elles étaient 100 % au foin, sans herbe fraîche, la baisse en qualité et quantité de lait se ressentirait aussi. Le goût du fromage dépend beaucoup de l’alimentation ».

C’est une année où Solenn Auguste a dû beaucoup s’adapter : « Je n’ai presque pas arrêté le déshumidificateur car c’était trop humide. » Pendant les premières grosses chaleurs de juin et fin juillet, il y a eu une baisse nette de la quantité de lait, et aussi du rendement : On fait alors moins de yaourt ou de fromage avec la même quantité de lait. Il faut aussi gérer l’acidité, qui peut monter plus vite que prévu. Le caillé gonfle et il n’est plus possible de le transformer. Que ce soit pour cause de chaleur, de présence de bactéries coliformes sur des mamelles salies ou de changement de flore entre les parcelles, on se rend compte après qu’il aurait fallu diminuer la quantité de ferment.

La diversité des produits permet à Solenn de transformer tout le lait produit : fromage blanc, fromages frais, demi-sec, féta, tartinable, camembic, tome, bûche et pyramides. Cela représente une trentaine d’heures de travail par semaine, dont 80 % est effectué par Solenn. Proposer aussi des fromages affinés permet d’absorber la quantité pendant le pic de lactation et de vendre toute l’année selon la demande : plus de frais en été et plus d’affiné en hiver. La transformation s’arrête juste après les commandes de Noël.

Exploitation des haies fourragères

« S’il n’y a pas d’eau dans les prochaines semaines et que ça ne pousse pas, je vais abattre des arbres et donner la feuille. » Un tour des haies réalisé avec le Bassin Versant a permis à Maxime d’identifier les arbres adultes qui repartiront bien en cépée. C’est en dernier recours : « Il faut leur en recouper tous les jours et puis s’occuper du bois coupé pendant l’hiver. Je l’ai déjà fait deux fois, pour nettoyer une haie ou quand il faisait super chaud. Ça a bien marché ! »

Adage : 02 99 77 09 56

L’exploitation : SAU : 56 ha ; 75 chèvres traites ; 20 vaches allaitantes ; 30 000 litres de lait vendus ; Ration : 250g céréales tout l’année , paturage mi mars – mi nov ; sailli par bouc ; chèvres poitevines ; Primipares : chevrottage à 1 an.

Zone humide

Aurélie Cheveau – Querrien (29)

C’est très sec ici, les vaches pâturent des stocks sur pied de 70 jours de repousse avec 5 kg MS de foin à l’auge en complément. Elles produisent 10,5 litres de lait en monotraite à 45,5 de TB et 34,5 de TP. Nous avons eu 13 mm de pluie il y a 1 semaine mais l’herbe est restée jaune. Nous espérons qu’il pleuvra assez cette semaine pour relancer la pousse. Nous avons subi l’épidémie de FCO 8 : 70 % des vaches inséminées en juin sont revenues en chaleur. Elles ont été ré-inséminées à partir de mi-juillet. Les petites et grandes génisses sont en 100 % pâturage sur des parcelles non accessibles.

Civam 29 : 02 98 81 43 94

Zone séchante

Jean-François Bréhaut – Nostang (56)

Je suis en 100 % stock depuis fin juillet. J’apporte 1 botte de foin et 4 bottes d’enrubannage par jour (MS 35 %) pour 50 VL et 5 génisses. Les taux et la production ont baissé : TB 40 et TP 30 – 15 kg/VL/j pour 2 traites. J’ai de la FCO sur mon troupeau. J’avais vacciné donc finalement j’ai eu peu de perte mais les taux sont moyens et j’ai eu une montée de leucocytes. Je vois aussi les impacts sur la fertilité de mon troupeau, certaines ont coulé. Sur les dernières échographies, 5 positifs et 7 négatifs – d’habitude je suis plutôt à 80 % de réussite. Bref, on est un peu dans l’attente de la fin de l’épisode de fièvre et du retour de la pluie.

Civam AD 56 : 06 83 60 88 61

Zone intermédiaire

Coralie Gallais – Merléac (22)

Notre troupeau est touché par la FCO 3 et 8 : une quinzaine de vaches avec des croûtes sur les trayons, et le yoyo côté cellules. Elles sont en bâtiment la nuit depuis fin juin pour ralentir le tour sur les prairies. La ration est de moitié enrubannage, moitié pâturage. Les stocks d’enrubannage sont bien descendus, on va en refaire sur des prairies avec du trèfle violet qui a résisté à la sécheresse. La production est de 13 L/VL/jour en bitraite, avec des taux qui sont remontés à 45 de TB et 33 de TP. On a eu 50 mm de précipitations avec les orages dernièrement. Il n’y a plus qu’à espérer une belle arrière-saison de pâturage comme en 2022.

Cédapa : 02 96 74 75 50

Insémination par l’éleveur (IPE) : autonomie et réappropriation de la reproduction

En 10 ans, le nombre d’IPE sur femelles laitières a été multiplié par 2,6 et représente 15 % de l’ensemble des IA totales en France en 2023. (Idele) Après une formation adaptée, un éleveur ou une éleveuse peut se réapproprier ce geste. Il doit se déclarer auprès de son Établissement départemental de l’élevage (EDE) et aussi déclarer le dépôt de semences. Peu d’inconvénients à part d’être à l’aise avec le geste d’où la nécessité d’être bien formé.

L’expérience est convaincante :

– sur l’aspect financier, économie de l’intervention de l’inséminateur

– sur l’aspect organisationnel, intervention au moment choisi sans dépendre de personne pour l’heure d’insémination, la vache est moins stressée

– Sur l’aspect personnel, plus d’autonomie dans le choix et des doses – meilleure maîtrise de la génétique.


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