Composer avec une météo compliquée depuis l’hiver

Alain Letissier élève 53 vaches laitières sur 71 ha en système herbager, en agriculture conventionnelle, à Plouër-sur-Rance (22). Même si le printemps pluvieux complique le travail au quotidien, le système reste néanmoins intéressant, avec un coût alimentaire très faible et peu de travail d’astreinte à cette saison.

20253.hr - Illustration Composer avec une météo compliquée depuis l’hiver
Sur la ferme d’Alain Letissier, les vaches ont démarré le 2e tour de pâturage depuis le 15 mai, dans des paddocks plutôt hauts. Les refus seront fauchés et laissés sur place.

Installé depuis 2003 en reprise de l’exploitation familiale de 40 ha, Alain Letissier a progressivement pu agrandir son exploitation jusqu’à atteindre 71 ha. Ce foncier supplémentaire, un accompagnement avec le Cedapa et l’engagement dans une MAEC lui ont permis de développer un système plus herbager.

Des paddocks de jour et de nuit selon la portance des sols

« Sur les 29 ha accessibles, les vaches sont la nuit sur les paddocks les plus portants situés autour des bâtiments, et le jour sur les paddocks plus humides situés en bas de la ferme ». L’hiver, les vaches sortent quelques heures par jour sur les paddocks plus portants autour des bâtiments. L’éleveur n’est pas freiné par le marquage des prairies « avec 60 jours de temps de retour et de l’épandage de lisier, les prairies marquées par le pâturage hivernal repartent plutôt bien », constate-t-il. Au printemps, les laitières commencent le pâturage sur les paddocks de jour « pas avant mi-mars en général car la portance ne le permet pas plus tôt ». Le 1er tour finit vers la mi-mai. « Exceptionnellement cette année, j’ai déjà dû faucher 3 ha dans les paddocks de jour en enrubannage, car l’herbe aurait été à un stade trop avancé pour le 2e tour. »

Les vaches sont en pâturage plat unique depuis mi-avril. La production est de 21 L de lait/VL/jour, avec des taux de 42 g/L de TB et 33 g/L de TP.

Une fenêtre météo difficile à trouver pour semer le maïs

Lors des 4 jours de beau temps autour du 9 mai, Alain Letissier était déjà occupé à faucher, et il jugeait la terre encore un peu lourde pour semer ses 12 ha de maïs. « Lorsque la météo est contraignante comme cette année, c’est plus difficile de coordonner mes préparations du sol avec la disponibilité du semoir de l’entreprise  ».

Un coût alimentaire très faible

Le coût alimentaire est estimé par le Contrôle laitier à 14 € des 1 000 L sur l’élevage d’Alain Letissier en ce printemps, « distribution et épandage des bouses compris ! », sourit l’éleveur. Comparé à la moyenne de groupe Atout Lait de 83 €/1 000 L, le système pâturant montre sa performance. Avec un lait payé à 470 € les 1 000 L, la marge sur coût alimentaire est donc de 456 € les 1 000 L. « C’est pendant cette période de plein pâturage que je recharge les comptes ».

Les animaux sont à l’extérieur jour et nuit, « c’est la période où l’astreinte est réduite à son minimum, je n’ai que la traite et le raclage de l’aire d’exercice tous les 2 jours ». En monotraite le dimanche, Alain Letissier n’a que les veaux à soigner le dimanche soir.

Repères

• 1 UTH ;
• 53 vaches laitières ;
• Races : ¾ du troupeau en Normandes, ¼ en Prim’Holstein ;
• 5 235 L/vache ;
• 276 000 L de lait vendu ;
• 71 ha de SAU, dont 29 ha accessibles ;
• Assolement : 10 ha de blé, 12 ha de maïs, 1 ha de betterave fourragère, 48 ha d’herbe ;
• 55 ares accessibles par vache laitière.

Faucher les parcelles

En l’absence de jours secs, l’enrubannage est d’actualité. La sélection des parcelles dépend de l’objectif et des caractéristiques de celles-ci : rattraper un déprimage ou des refus, orientation par rapport aux vents, épiaison avancée, mauvaise portance ou accessibilité. L’objectif est d’atteindre 50 % de MS dans la balle (nécessite 2/3 jours avec 1 fanage ou 2). Le risque de perdre des feuilles est plus limité que pour le foin, pour lequel on gardera des paddocks qui sèchent vite. Pour un pâturage de qualité en juin/juillet, on peut faucher des parcelles où les graminées prennent le dessus pour redonner de la lumière aux trèfles. L’herbe perd de la valeur à l’épiaison, réserver donc ces parcelles pour faire du stock. On vise une hauteur de coupe au-dessus de 4-5 cm et idéalement 7 cm. L’avantage de faucher est aussi d’étaler les bouses et limiter ainsi les prochains refus.

Fauche 
de graminées 

à 7 cm pour redonner 
de la lumière 
aux trèfles.

Christian Salaün – Plougonven (29)

Zone intermédiaire

Comme dit le proverbe breton, « de la pluie chaque jour en mai c’est trop, mais tous les deux jours, ce n’est pas assez ». Ici, la pousse est exceptionnelle, pour les fauches en foin, le volume semble impressionnant mais il faut être patient. Il faut très bien gérer l’épiaison : je le fais faire par les animaux, plutôt que de faire démarrer le tracteur qui est très rarement utilisé, principalement pour du topping. Je n’hésite pas à me déplacer en milieu de journée pour ajuster la quantité de surface accessible ou pour changer de parcelle si nécessaire. C’est aussi la période des IA, la surveillance est un peu plus soutenue.

Yannick Gauvin – Langon (35)

Zone séchante

Ici la vallée de la Vilaine nous protège des grosses averses orageuses, mais il pleut tous les jours. La pousse de l’herbe est importante. Les vaches viennent de finir le 2e tour de pâturage. 8 ha ont été débrayés pour une 2e fauche qu’on fera dès qu’il y aura une fenêtre météo favorable. Les vaches produisent 21 kg (TB 43, TP 31 g/L), en ration 100 % pâturage avec du foin et minéral à volonté. On se prépare pour les semis de maïs. On a égrainé le maïs population, passé le fissurateur, puis viendra le labour et le semis la semaine prochaine. Sur les 11 ha de maïs, 4 ha ne vont pas pouvoir être semés encore, car les terres sont trop humides.

Arnaud Robin – Questembert (56)

Zone intermédiaire

Les VL pâturent sur les paddocks de 1 are/VL/j pendant 1 jour et 1 nuit. La ration est toujours complétée avec 1 kg MS/j/VL de foin et autant de maïs grain broyé pour apporter du sec. Tous les paddocks sont quasi au même stade de pousse et certains ont déjà épié, avec donc une perte de valeur alimentaire. Je les garde pour faire du foin plus tard car les stocks d’enrubannage sont déjà faits. Heureusement il n’y a pas trop de refus sur les paddocks des VL mais plus sur les zones humides pâturées par les taries et génisses car le troupeau est plus petit. Habituellement je fauche les refus (chardons/fougères) mais impossible cette année.


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