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Du pollen pour passer l’hiver

Yves Darricau est un fervent défenseur des abeilles. Il préconise de retrouver une grande diversité de végétaux pour subvenir aux besoins de nourriture de ces insectes dans les périodes creuses de floraison.

Quand il s’agit d’aborder le sujet de la nourriture disponible pour les abeilles, Yves Darricau n’y va pas par quatre chemins. « L’important, c’est le pollen. Il faut repenser à la végétation qui entoure les ruchers en bâtissant un paysage nouveau. Avant la dernière période de glaciation en Europe, nous avions une richesse de végétaux identique à celle de l’Asie, ce froid a quasiment enlevé tous les arbres en France, les plus frileux sont morts. Il ne reste que 4 espèces de tilleul sur le territoire contre 25 en Asie ». L’auteur de l’ouvrage « Planter des arbres pour les abeilles : l’api-foresterie de demain » préconise une diversité de végétaux en utilisant la flore locale pour subvenir aux besoins alimentaires des abeilles, « mais pas seulement. La végétation que nous avons est en déphasage. C’est un sujet conflictuel mais il faut enrichir le paysage. L’Allemagne l’a compris en plantant des végétaux du sud du pays dans le Nord ».

Le savonnier est un candidat facile d’emploi pour mettre des floraisons estivales jolies et mellifères dans les haies.

Lors d’une soirée d’échanges organisée à Lanmeur (29) par l’association Les abeilles du Pays de Morlaix, le spécialiste est revenu sur les bases de la fécondation des fleurs et sur le rôle du pollen. « Il y a des milliers d’années, les plantes se reproduisaient de façon aléatoire en faisant porter par le vent une grande quantité de pollen. Puis certaines ont décidé de passer par un vecteur, les insectes, pour porter ce pollen au niveau du pistil ». Si le pollen porté par le vent présente une surface plutôt lisse, celui développé pour un transport par les butineurs est formé de nombreux pics pour s’accrocher aux poils. Mieux et pour attirer davantage, ce pollen crochu est au fil du temps devenu plus riche en acides aminés, chaque plante apportant des acides aminés différents. « Les abeilles, couvertes de poils, se garnissent efficacement de pollen. De plus, elles sont fidèles envers les fleurs ». Pour ne pas être carencées et avoir une nourriture équilibrée en acides aminés, les abeilles doivent consommer « au moins 3 pollens différents. Dans nos environnements simplifiés, ce n’est pas évident. Dans le Sud-Ouest et dans les parcelles à forte présence de tournesol, en fin de campagne les abeilles finissent fatiguées ».

Pour des floraisons estivales, le Sophora japonica, commun en ville, doit se généraliser en milieu champêtre : il apporte azote au sol, longue floraison mellifère en août, puis fruits et graines aux oiseaux : un champion écologique pour 2050.

Des trous dans l’année

Et l’auteur de rappeler qu’en plus d’une perte de diversité florale, le climat joue un rôle très important. « Plus il fait chaud, plus les dates de floraison avancent et s’arrêtent précocement. Depuis les années 60, cette floraison a avancé de 3 semaines à un mois ». Yves Darricau prend pour exemple le tilleul, auparavant en fleur à la Saint-Jean en Gascogne, qui fleurit désormais à la fin mai. « Si le climat se réchauffe encore de 1 °C, les floraisons vont encore se décaler de 3 semaines engendrant des trous de nourriture. Aussi, les hivers plus doux jouent sur la vie des insectes : au-dessus de 10 °C, les abeilles sortent de la ruche, consomment de l’énergie alors qu’il n’y a pas de fleurs. Ces hivers doux sont donc plus dangereux ».
Les abeilles qui vivent l’hiver se préparent en amont quand la nourriture est présente en quantité et en qualité suffisante en se constituant un corps gras, qui contient de la vitellogénine, « protéine qui a un rôle détoxifiant. Selon une récente étude de l’Inra, les abeilles soumises à des insecticides arrivent à se détoxifier quand elles contiennent suffisamment de vitellogénine. C’est pourquoi accuser seulement les pesticides pour expliquer la baisse des populations d’abeille est un court rapport ». Pour ne rien arranger, on s’est rendu compte que le varroa, acarien parasite, « pompe directement ce corps gras des abeilles ».

Un tour du monde des fleurs

Face à ces constats, le défenseur de l’api-foresterie soumet un plan audacieux de plantations diversifiées. Le noisetier de Byzance (Corylus colurna), originaire de Turquie, résiste au sec. L’érable opale supporte le froid, le chaud et le sec ; c’est de plus une plante protéranthe, autrement dit un végétal qui fait ses fleurs avant ses feuilles.
« Après les floraisons d’acacia, de tilleul, de châtaignier, il y a un déficit de fleurs. Or le tilleul de Henry fleurit en août, le Koelreuteria bipinnata (savonnier) est le dernier des arbres tempérés à fleurir, à la fin octobre. Ses fleurs apparaissent tellement tardivement qu’il est incapable de faire ses fruits ». En citant le sophora du Japon, dont les fleurs très riches en nectar tombent et attirent les insectes à même le sol, ou encore le tetradium, aussi bien nommé arbre à miel car riche en huile et « arrivé en France en 1905 et par la suite oublié », la liste des espèces conseillées est longue. Y figure aussi le lilas des Indes, qui attire les butineuses sans nectar, mais qui produit 2 types de pollen, l’un fertile se situant dans les hauteurs de la plante, l’autre plus gastronomique, plus sucré et plus digeste. Mais alors, où trouver ces essences ? « L’offre en pépinière est dirigée par les jardineries et les villes, il n’y a pas ou peu de végétaux avec pour finalité la biodiversité », déplore le spécialiste. Si ces espèces sont plus difficiles à trouver, d’autres moyens simples sont possibles pour sustenter en partie les abeilles l’hiver. « Quand le lierre arrive en haut d’un piquet, il va doubler ses chromosomes et va décider de fructifier. Il s’arrêtera ainsi de monter, ne reviendra plus jamais en arrière ». Une façon de recréer de petits îlots de biodiversité.

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