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Vers des intrants introuvables ?

Impossible de prévoir ce que sera la situation du marché des intrants dans les mois à venir. Face à ce contexte d’inflation du prix des matières premières, des agriculteurs commencent à s’approvisionner en fertilisants pour l’année prochaine.

« J’ai décidé de commencer à couvrir mes besoins en ammonitrate pour 2023, par peur de pénurie », témoigne un agriculteur finistérien. Sur sa ferme, la consommation de cet engrais azoté est de 65 t/an ; les achats en morte-saison en 2021 se sont élevés à un peu plus de 21 000 HT. Pour le même montant investi ce printemps en prévision des mises en cultures de l’année prochaine, le producteur n’a reçu qu’un seul camion de big-bag. « J’ai acheté 25 t à 799 €/t. C’est un prix très élevé, mais si nous n’apportons rien sur nos cultures, nous ne récolterons rien. Dans tous les cas, le tarif morte-saison de cette année risque d’être très élevé », déplore-t-il.
Dans la note d’information publiée par Agrest en date du 19 avril et concernant le coût des intrants, le service de la statistique du ministère de l’Agriculture fait état pour février 2022 d’un prix d’achat qui « continue d’augmenter, avec + 20,5 % par rapport à février 2021 (après + 20,7 % en janvier) ». Comme les mois précédents, ce sont les prix des engrais et ceux de l’énergie qui augmentent le plus fortement sur un an, avec respectivement « + 82,0 % et + 35,3 % ». En février 2022, selon des données provisoires, le cumul des livraisons d’engrais azotés depuis le début de la campagne serait « en nette baisse sur un an (- 9,7 %), tout comme celui des engrais phosphatés (- 24,9 %) et celui des engrais potassiques (- 16,9 %) ».

Dans ce contexte brutal et jamais rencontré, la manne représentée par les fumiers et lisiers est une chance. « Merci à l’élevage », résume un producteur, « nous restons privilégiés par rapport aux plaines. Les contraintes du territoire nous ont finalement fait du bien, nous connaissons désormais précisément les besoins des plantes, notre fertilisation organique est raisonnée avec une répartition au plus juste. Les pouvoirs publics doivent tout faire pour que l’élevage garde sa place ici ».

Pas d’azote, pas de blé

Pour Benoît Piétrement, agriculteur dans la région champenoise et vice-président de l’AGPB (Association générale des producteurs de blé et autres céréales), « le plus terrible est de ne pas avoir de visibilité ». Sur ses terres, la fertilisation passe par l’utilisation de solution azotée. « Même si l’engrais est cher, le blé l’est aussi, le bilan financier reste positif. Les agriculteurs n’ont pas changé leur stratégie, il n’y a pas eu d’impasse en fertilisation pour cette saison. Pour 2023, nous essayons déjà de rentrer de la marchandise ». La crainte d’une absence de fertilisants à l’automne prochain plane, et cette situation pose la question de la dépendance, « la souveraineté alimentaire passe par la capacité à produire des fertilisants sur le territoire français. Si demain nous n’avons pas d’azote, nous n’aurons pas de blé, ou en quantité limitée ».

Dans cette région Est propice aux céréales à bon taux de protéine, les derniers apports via des solutions azotées se sont heurtés à des conditions sèches. « L’azote est beaucoup moins assimilable, il faut une pluie d’une dizaine de millimètres pour bien minéraliser. Cet azote sera efficace plus tard, les rendements risquent de diminuer au profit des taux de protéine ». Le responsable note toutefois comme point positif pour cette campagne le fait d’avoir enregistré des reliquats en sortie d’hiver plutôt élevés pour commencer à nourrir les plantes.

Les producteurs vont-ils s’orienter vers des cultures moins gourmandes en azote ? Pas si sûr, selon Benoît Piétrement, « les changements d’assolements seront marginaux. Nous faisons attention à ne pas tout bouleverser ». Commander ses fertilisants aujourd’hui pour la saison 2023 reste un pari sur l’avenir, « l’objectif est d’avoir de l’azote, le prix vient en second plan. Nous restons inquiets car il peut y avoir une réelle pénurie. Il est à souhaiter que les tensions géopolitiques se calment ».

Les semences seront indirectement impactées

Les semences ne sont pas directement impactées par le conflit ukrainien, l’Europe de l’Est est une zone où peu de graines sont produites. Pour les fourragères, les pays producteurs sont représentés par le Danemark et la Hollande. Mais l’impact est indirect car les coûts de production augmentent pour les multiplicateurs. Il y aura une augmentation des prix et des tensions à venir sur certaines espèces, comme les légumineuses, plus difficiles à produire en France. En semences de céréales, le pays est autosuffisant à 100 % ; c’est aussi le cas des semences de maïs où la France est leader en Europe, la quasi-totalité des graines provient de notre territoire. Les plans de production sont bien en place, mais avec ces frais supplémentaires liés à la hausse du prix des intrants, la filière semence devra réévaluer le coût d’achat pour garder des agriculteurs multiplicateurs.Vincent Poupard, Délégué régional de Semae Ouest

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