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Ils redonnent vie aux socs et rasettes usagés

Les élèves du lycée de Kerlebost font des étincelles. Avec un peu d’imagination et l’appui d’un artiste métallier, ils coupent, meulent et soudent d’anciens outils agricoles pour en faire des œuvres d’art.

Jeanne et Alice, élèves de seconde pro, s’activent sur le tas de ferraille déposé dans un coin du hangar. Elles trient, jaugent, soupèsent les différentes pièces métalliques récupérées dans des fermes environnantes. Elles recherchent la dernière pièce du puzzle ; celle qui leur permettra d’achever le papillon qu’elles ont imaginé puis façonné lors des séances de sculpture sur métal précédentes. À deux pas, Élouan, Loïck et Jordan s’activent à couper et à tordre des tiges de fer, entravées dans l’étau sur l’établi. Soudées au corps déjà formé d’une fourmi, elles lui donneront l’illusion de marcher. Dans l’atelier de métallurgie attenant au hangar, les étincelles de la meuleuse et les éclairs des postes à souder témoignent d’une forte activité et de la motivation de la vingtaine d’apprenants. Sous l’œil avisé de Sylvain Pérouze, artiste métallier professionnel, ils mettent un dernier coup de collier à la réalisation d’une œuvre collective : une fleur de tournesol entourée d’abeilles butineuses.

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Sylvain Pérouze, artiste, et Brigitte Bolzec, professeur, devant des œuvres réalisées par les élèves.

Apprendre à créer

« Ils accrochent ! », se réjouit l’artiste, qui n’avait encore jamais encadré de scolaires. « Je les oriente bien sûr, mais ils se débrouillent plutôt bien ». À voir la concentration d’Allain sur son poste de soudure, on a aucun mal à le croire. « Je savais déjà souder mais je n’avais jamais fait de sculptures. C’est intéressant, on apprend à créer. Je continuerai à en faire chez moi », assure le fils d’agriculteur. Jeanne n’ira peut-être pas jusque-là mais assure s’amuser dans l’atelier : « Je n’avais jamais fait de soudure ; je trouve ça plaisant ». Un sentiment largement partagé par la vingtaine de leurs camarades de seconde « Conduite et gestion d’une entreprise agricole », affairés dans l’atelier.

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Notion d’entraide

Les quatre séances d’une demi-journée ont été appréciées, selon Brigitte Bolzec, professeur à l’initiative de la démarche. « Les jeunes des filières agricoles connaissent bien le matériel mais ont peu l’occasion de s’exprimer sur le plan artistique. Les séances de sculpture sur métal leur permettent de se découvrir de nouveaux talents ». Elle insiste sur les nombreux bénéfices de l’opération pour les élèves : la mise en relation entre les jeunes et des agriculteurs du secteur, « ce sont eux qui sont allés récupérer la ferraille dans les fermes », l’expression de certaines émotions grâce au travail artistique, l’apprentissage de gestes professionnels ou encore le développement de l’entraide pour la création d’une œuvre collective. Nicolas Le Poulichet, enseignant en machinisme, acquiesce : « Ils ont une initiation au travail du fer dans leur formation à la maintenance du matériel agricole mais, là, c’est différent du cours, c’est plus créatif. Je suis agréablement surpris par leur motivation ».

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Atelier de peinture

Les sculptures ont été exposées lors de la porte ouverte du lycée en février dernier, pour la plus grande fierté des élèves. Certaines seront offertes aux agriculteurs qui ont fourni les vieux outils, d’autres seront conservées par leurs créateurs. L’opération de travail du fer pourrait se poursuivre par un atelier collectif de peinture. La fleur de tournesol, réalisation collective, égayera le hall d’entrée du lycée, jusqu’à la prochaine opération de travaux de sculpture sur métal, l’année prochaine.

Ils ferraillent au festival des Soudeurs du soir à Lamballe
Sylvain Pérouze a quitté sa Drôme natale pour s’établir en Bretagne où il vit et expose ses œuvres métalliques, parfois conçues avec son épouse, elle-même artiste professionnelle. C’est en participant au festival des Soudeurs du soir, au haras de Lamballe, qu’ils ont eu un coup de cœur pour la région. Une soixantaine d’artistes croisent le fer tous les ans, à l’automne, lors du festival. Devant trois à quatre mille spectateurs, ils sautent dans des bennes de ferraille, jouent des coudes pour y trier des pièces prometteuses, et s’attellent à leur tâche finale : créer des œuvres d’art sur leur poste de soudure, sous l’œil amusé de néophytes. Les sculpteurs et les forgerons partagent la vedette avec des souffleurs de verre, des couteliers et des céramistes. De quoi illuminer le haras, le temps d’un week-end.

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