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Ostréiculture : La victoire des fêtes

Peut-être y aura-t-il de la neige à Noël… En tout cas, c’est certain, il y aura des huîtres sur la plupart des tables de fêtes. Une bonne nouvelle pour la profession ostréicole qui aura connu une année 2020 chahutée. Le point avec Philippe Le Gal, producteur morbihannais et président du Comité National de la Conchyliculture.

Les fêtes de fin d’année sont traditionnellement synonymes de retrouvailles en famille et de repas copieux. Et au pays de la gastronomie, il est des habitudes bien ancrées. Comme la dinde ou le chapon, les huîtres constituent un véritable marqueur du calendrier. Difficile d’imaginer des réveillons de Noël ou de la Saint-Sylvestre sans la présence de ces coquillages. Plates, creuses, de Bretagne, de Marennes ou d’ailleurs… La variété des terroirs permet de satisfaire tous les goûts et les Français ne s’y trompent pas. « Les deux tiers de la production nationale d’huîtres sont ainsi commercialisés à l’occasion des fêtes de fin d’année », précise Philippe Le Gal, ostréiculteur installé à Surzur (56), sur la rivière de Pénerf.
À quelques jours de ces grands rendez-vous annuels, celui qui est aussi président du Comité national de la conchyliculture s’affiche raisonnablement optimiste.
« Après ces deux  périodes de confinement, les gens ont envie de se faire plaisir. Et nous, tout ce qu’on veut, c’est qu’ils puissent trouver nos produits à proximité de chez eux », explique le Morbihannais qui a milité pour l’ouverture de chapiteaux sur les parkings des magasins de la grande distribution.

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Covid ou pas, il y avait du travail à réaliser sur les parcs à huîtres. Les ostréiculteurs n’ont donc eu que très peu recours au chômage partiel.

Trouver des solutions alternatives

S’il est encore trop tôt pour dresser un bilan exhaustif des conséquences de la Covid-19 pour la profession ostréicole, il apparaît d’ores et déjà évident que les structures travaillant beaucoup avec la restauration figurent parmi les plus impactées. « On estime que ce débouché permet d’écouler environ 15 % de la production nationale. Avec la fermeture des restaurants, c’est un marché qui a disparu ». Les producteurs concernés ont essayé de s’adapter, de trouver des solutions alternatives avec la vente en direct, aux poissonneries, aux grandes et moyennes surfaces… « Mais se réinventer deux mois avant Noël, mettre sur pied un nouveau réseau de commercialisation si rapidement, cela n’a rien d’évident », analyse Philippe Le Gal.

Sur l’année 2020, les ostréiculteurs n’ont eu globalement que peu recours aux mesures de chômage partiel. Mais cela s’explique par la spécificité du secteur. « Nous travaillons sur une production animale, on ne peut pas s’arrêter de s’occuper des huîtres. Covid ou pas, il y avait du travail à réaliser sur les parcs ». L’ostréiculture ayant été intégrée à la liste établie par décret des secteurs dépendant des activités directement impactées par la crise sanitaire, la filière bénéficie des dispositifs de soutien gouvernementaux tels que l’allègement des charges sociales. Des mesures de compensation des pertes de chiffre d’affaires via le Fonds européen pour les affaires maritimes et la pêche (FEAMP) ont également été instaurées.

De grands chantiers sur l’agenda

Reste que pour certaines structures, comme les plus jeunes qui n’ont pas eu le temps de se constituer une trésorerie, ou celles dont la situation était déjà fragilisée, cette année 2020 pourrait s’avérer difficile à digérer. « Nous allons suivre tout cela avec beaucoup d’attention dans les mois qui viennent », prévient Philippe Le Gal.
Sur l’agenda 2021 du président du CNC, figurent déjà plusieurs autres grands chantiers. « Nous devons travailler au développement de la conchyliculture. Cette crise sanitaire a souligné la nécessité de diversifier les productions, les modes de commercialisation… Il nous faut également continuer à travailler sur la qualité de l’eau et la sécurisation de nos entreprises. Quant à la question du renouvellement des générations, nous regardons de près ce qui se fait en agriculture ».
La formule de portage du foncier proposée par le Crédit Mutuel de Bretagne, en lien avec la Safer, avec pour objectif de faciliter les reprises, pourrait ainsi faire des émules du côté des « paysans de la mer ».

Jean-Yves Nicolas

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