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Un demi-siècle de marché au cadran

Il y a 50 ans, le marché aux bestiaux de Guerlesquin (29) était inauguré. Jean-François Morvan, ancien chef des ventes, revient sur cette période qui a transformé la vie des cultivateurs de l’époque.

17 janvier 1972. Bernard Pons, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Agriculture de l’époque, vient en personne inaugurer le marché au cadran flambant neuf de Guerlesquin (29). La petite cité de caractère s’organise pour mettre en place une solution équitable pour les paysans des communes environnantes. Avant la mise en place de ce marché, les foires fleurissent çà et là. « Les paiements étaient durs à avoir, le monde agricole s’inquiétait de ne pas être payé. Il fallait des garanties », résume Jean-François Morvan. Ce fils de cultivateur de Plouigneau (29), classeur rangé chronologiquement et agrémenté de photos et de divers articles de presse, se souvient de ce moment d’il y a 50 ans presque jour pour jour comme si c’était hier.

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Les bétaillères sont de sortie!

Besoin de locomotives

En 1968, un groupe se réunit pour réfléchir à une nouvelle organisation du commerce. « Les foires déclinaient alors que la production de bovins était plus importante qu’aujourd’hui. De gros marchands de bestiaux et des éleveurs se sont rendus en Irlande pour voir comment moderniser et éviter la fin des foires ». Guerlesquin, ville réputée pour ses foires et idéalement placée à proximité des Côtes-du-Nord d’autrefois, s’inspire de ces enchères irlandaises et sert de lieu de création au Simof (Syndicat intercommunal des marchés organisés du Finistère). Ce marché d’enchères « a été appuyé par le maire Jacques Tilly, qui a servi de véritable locomotive ». Une certaine euphorie gagne les campagnes lors de cette mise en place, « on n’était pas conscient de ce que l’on vivait : c’était une révolution ». Landivisiau (29) emboîte le pas, poussé par la famille Quéguiner, suivi de Châteauneuf-du-Faou (29).

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En 1968, des éleveurs et des acheteurs se sont rendus en Irlande, pour s’inspirer des ventes aux enchères en place dans le pays.

Les années casquettes

Les bovins, Jean-François Morvan les connaît bien. Sur la ferme familiale au lieu-dit Quilidien à Plouigneau (29), son père élève des veaux de boucherie. Dès le plus jeune âge, « je savais reconnaître ce qu’était un animal prometteur ». Au cours des années 70, il intègre le marché devenu Sicamob. Le chef des ventes Michel Thépault le prend alors sous son aile. Homme à tout faire, il apprend petit à petit. Parfois, le chef des ventes lui laisse sa place pour le remplacer au cœur du marché. Le goût de la vente et une forte personnalité font de Jean-François le chef des ventes en 1977. « Les gens étaient différents, sans doute moins compliqués qu’aujourd’hui. Le marché était fait pour eux ». De son bureau en verre, il n’hésite pas à saluer ou à interpeller un éleveur qui rentre dans la salle, mais jamais sur un ton railleur. Si l’animal dans le ring ne présente pas ses meilleurs profils, le bouvier se fait rappeler à l’ordre, gentiment. « Ce sont des bons gars, tous fils de paysans ». Une fois, une vache a pris la poudre d’escampette et s’est retrouvée dans les gradins, parmi la foule. Les barrières du ring seront progressivement remontées, à 3 reprises, pour éviter ce genre de péripéties.
Dans ces « années casquettes à carreaux », en référence au couvre-chef que tout le monde porte à l’époque, le cadran fixe les prix. « Le 1er cadran fut fabriqué par M. Le Bris de Saint-Pol-de-Léon (29). Je connaissais les petites pannes, il m’arrivait aussi de le dépanner ». Le marché est un lieu de vie locale, de fête. Des éleveurs « arrivaient en bétaillère, mais pouvaient repartir en estafette… »

2 millions de bêtes

En 40 années de carrière, ce ne sont pas moins de 2 millions de bêtes que Jean-François Morvan voit passer, « entre les petits veaux, les génisses, les broutards… mais aussi des lapins, des truites, des ânes ou des chevaux. En ce temps-là, tout se vendait ! » Pour les équidés, pas de boucles à l’oreille, à cause du risque de tétanos. « Des macarons étaient collés directement sur leur robe pour les identifier. Un jour de pluie, tout s’est décollé… mais les gens arrivaient à reconnaître leurs animaux. Il m’est arrivé de procéder à des ventes de matériels lors de cessation d’activité de ferme. Il fallait quelqu’un qui ait de la voix ».

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Les Normandes de l’époque.

L’Histoire se répète

Sur une photo vieille de 50 ans et imprimée sur une planchette de bois, l’Ignacien remarque les génisses normandes, qu’il qualifie de « fleuries. Une génisse, c’est comme un fruit : elle mûrit ».
Et l’histoire se répète : il y a 6 ans vers la mi-janvier, Nathalie Le Goux a pris la suite de celui qu’elle nomme « Jeff. Il m’a tout appris dans la vente, c’est un sacré professeur ». Une transmission par tuilage, Nathalie a démarré en l’observant dans son métier, puis a pris la place sous l’œil de son prédécesseur. La jeune femme originaire de Plouagat (22) a repris le flambeau, et vit avec passion ce métier si particulier.

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