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Les variétés anciennes ramènent leur poire

Peut-être 150, peut-être 200 ? Et peut-être bien plus. Aucun inventaire complet des variétés de poires dites paysannes n’existe en Bretagne. Lopérec en sauvegarde une trentaine dans son verger conservatoire.

Des noms de village (Péren à Châteaulin, Restambern à Scaër, Botper à Baud, etc.), de champ (Park Per, Alez Gwez Per) et de famille (Pérennec, Cospérec) attestent de la présence courante de poiriers dans la campagne bretonne. Jadis. Car aujourd’hui leur présence est beaucoup plus rare. Les spécimens séculaires qui ont résisté à l’outrage du temps ou la brusquerie des hommes passent quasi inaperçus. Au faîte d’un talus, dans un coin abandonné de champ, là où il ne gêne pas, le poirier indigène breton fait désormais profil bas. Sauf au prélude du printemps quand explosent en ombelle les fleurs d’un blanc immaculé souligné chez certains types génétiques par des anthères d’un rouge vif.

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La récolte des fruits se fait souvent au sol.

Poires paysannes, poires bourgeoises

Ce sont ces poiriers porteurs d’un précieux patrimoine génétique menacé d’extinction que les membres de l’association « Vivre à Lopérec », épaulés par la municipalité, Arborepom et Avalou Plougastel-Daoulas, ont traqué et traquent encore dans la campagne. Objectif, enrichir la collection de « poires paysannes » rassemblées dans l’Arborepoire communal. Un site de bientôt 3 hectares, dont la première tranche a été aménagée à proximité du bourg sur un coteau abrité versant sur La Doucine, le ruisseau où les jeunes Lopérecois élisent leur plage d’été ; dans quelques années, ils n’auront qu’à tendre la main pour se rafraîchir de fruits juteux.
Depuis 2018, ce verger conservatoire est le refuge d’une trentaine de variétés de poires locales, consommées dans les campagnes par des générations successives de familles paysannes. Rien à voir avec les « poires bourgeoises » plus volumineuses, plus sucrées, autrefois privilège de la noblesse, du clergé et de la bourgeoisie. Et tant pis si les poires paysannes n’ont pas toujours ce goût sucré du fruit défendu consommé par les aristocrates : « La Gabrillière est par exemple une poire très dure, avec plein de petits grains, que l’on mettait à mûrir dans le foin », se rappelle Alain Queffélec, président de l’association.

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Blanc éclatant de fleurs de poiriers avec anthères rouges.

Saveurs d’antan

Les poires paysannes, d’un calibre moyen, à la peau hâlée par le soleil d’automne, ne sont pas, contrairement à ce que l’on peut penser, des fruits sauvages. Il s’agit de variétés greffées que les paysans s’échangeaient entre eux. C’est pourquoi, les noms qui ont traversé le temps évoquent souvent un lieudit, une caractéristique particulière du fruit ou un nom de personne qui en était le gardien et la mémoire. « Sur Scaër, nous avons récupéré des greffons de deux variétés : la Guerné, du nom d’un village ; la Gouel-Mikael qui arrive à maturité à la Saint-Michel », raconte Hervé Guirriec, membre de l’association. Et de se remémorer « les saveurs de l’excellent poiré » fabriqué par son beau-père dans sa ferme de Scaër. « Après les foins et la moisson, c’était vraiment rafraîchissant. 45 ans après, j’ai toujours le goût en bouche ».

Aigre ou douce rousse

Sur les trente variétés de l’Arborepoire, huit sont originaires de la commune de Lopérec : Per Coat-Rusquet (Le Nivot), Per Kervent, Per Marguerite, etc. Une quinzaine ont été fournies par l’Arborepom d’Arzano. Plusieurs d’entre elles ont été repérées à Plouay, Berné : Per Tossec, Per Bergamote, Per Aigre ; et d’autres sur tout le territoire du Finistère : Per Lanvoy, Per Plabennec, Sucré Vert (Plougastel-Daoulas), Per Saint-Urbain, etc. Seule la Fondante des bois peut se prévaloir d’une origine hors armoricaine.
Parfois ce sont tout simplement les caractéristiques propres au fruit qui sont à l’origine du nom comme l’évoquent les panonceaux piqués au pied de chaque arbre : « Per rous » (poire rousse) ; « Per dous rous » (douce rousse). Autant de poires qui étaient destinées, à être croquées, cuites ou transformées en poiré. Et qui, n’en doutons pas, étaleront bientôt leurs atours sur l’autel d’une fête communale consacrée à la poire paysanne. « Nous espérons quelques bouteilles de poiré de Lopérec en 2025 », promet Hervé Guirriec.

Faire vivre le patrimoine
L’objectif de l’association est de sauvegarder le patrimoine fruitier de la région en collectant et en identifiant les poires paysannes. Mais aussi de les diffuser pour que la conservation génétique de ces arbres soit assurée. Voire que ces fruits anciens deviennent le support de nouvelles activités économiques locales. Encore jeunes, les poiriers de Lopérec sont également destinés à fournir des greffes aux personnes qui souhaitent participer à la pérennité des variétés anciennes en plantant des arbres chez eux. « L’idéal est de planter des porte-greffes haute tige Kirchensaller, une variété allemande rustique, très vigoureuse, convenant pour tous les terrains… et faite pour vivre 100 à 120 ans », indique Hervé Guirriec.
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Un commentaire

  1. bonjour
    suite à un article paru dans le télégramme je vous signale la présence d’un poirier ancien qui a
    survécu une fois débarrassé du lierre qui l’étouffait .Dans mon enfance j’ai cru entendre l’appeler:
    “per pardon langolen” ,sans doute à cueillir vers la date du pardon de Langolen
    J’habite Coray
    S cela peut vous intéresser je reste à votre disposition
    cordialement jean mévellec (ou jean rené)

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