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De la Holstein à l’Angus

L’élevage Kerneis s’est séparé de son troupeau de 70 Prim’Holstein pour constituer un troupeau d’Angus. Du lait à la viande, une chose n’a pas changé sur cette ferme : le goût pour la sélection.

Elles se sont croisées, mais ne se sont jamais vues. Quand une bonne partie des laitières embarquaient dans une semi-remorque à destination de la Loire-Atlantique, l’ensemble du futur cheptel allaitant tenait dans une bonbonne d’azote liquide. « Grâce à la confiance du CMB, nous avons acheté 200 embryons en Argentine. Que des animaux inscrits au herd-book », explique Thierry Kerneis en EARL avec son épouse, Corinne.

La page laitière est tournée

« À 45 ans, nous avions envie de faire autre chose. Envie de nous soustraire à la traite qui nous accaparait depuis 15 ans. Avec 70 laitières et 120 ha à deux, les corps commençaient à fatiguer », avouent les éleveurs qui ont toutefois eu un pincement au cœur en se séparant de leur troupeau de Prim’Holstein sélectionné de longue date. « Nous avions beaucoup investi dans la génétique ». Aujourd’hui, la page laitière est tournée ; la salle de traite est démontée. Subsistent quelques Prim’Holstein mutées en receveuses pour la transplantation embryonnaire. « Notre objectif est de monter un troupeau de 50-60 allaitantes. L’essentiel en race Angus, dont un petit rameau originaire d’Écosse, et le reste en Wagyu, cette race japonaise que l’on connaît mieux sous le nom de bœuf de Kobé ». Si Corinne et Thierry Kerneis ont choisi ces races peu communes, ce n’est pas par pur exotisme.

Carlos Munar, responsable du Centre génétique Eolia (2e à gauche) a guidé Thierry Kerneis (2e à droite) et son frère, Mickaël, ainsi que Jean-Luc Cornec, éleveur à Plonéis, à la découverte d'élevages de sélection argentins.
Carlos Munar, responsable du Centre génétique Eolia (2e à gauche) a guidé Thierry Kerneis
(2e à droite) et son frère, Mickaël, ainsi que Jean-Luc Cornec, éleveur à Plonéis, à la découverte d’élevages de sélection argentins.

Sélectionnée pour des viandes à griller

« Nous avons décidé de faire de la vente directe. Et nous sommes convaincus par la qualité gustative de leur viande naturellement tendre et persillée à cœur. Ce qui leur donne un fondant que l’on ne retrouve pas dans les grandes races allaitantes sélectionnées en France. La raison est simple : en France, les races à viande ont été sélectionnées pour faire des plats à bouillir et à mijoter ; en Argentine et aux États-Unis, l’Angus a été sélectionnée pour produire des viandes à griller », expliquent les éleveurs. Et de faire la démonstration en faisant griller une belle côte de bœuf qui se révélera fondante et savoureuse à souhait : « La viande d’Angus, il y a du beurre dedans ».

« L’avantage, c’est qu’avec l’Angus pour la vente directe vous avez peu de bourguignon et de pot-au-feu. 80 % de la viande se grille. Nous avons des clients qui font des brochettes avec des morceaux théoriquement prévus pour du bourguignon. Quant aux steaks hachés, ils profitent également de ce gras interne qui leur procure un moelleux incomparable », assurent les éleveurs devenus promoteurs indéfectibles de « cette viande appréciée des restaurateurs ».

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3 000 à 4 000 € la vache
Pour développer son troupeau, l’EARL Kerneis a également acheté des doses de taureaux américains et australiens importées par Bovec. « Sur laitière, je réalisais moi-même les inséminations ; j’ai continué à le faire sur allaitantes. Pour cela, je les habitue au cornadis en les laissant bloquées 1 heure par jour en hiver. Quant à la transplantation, elle est réalisée par Évolution ». Thierry Kerneis a pu remarquer que « les troupeaux argentins et américains de 1 000 à 10 000 vaches inséminent massivement. S’ils le font c’est que cela se justifie économiquement », glisse-t-il au passage, en notant que le prix d’une reproductrice Angus sélectionnée tourne autour de 3 à 4 000 € ; à comparer aux 600 à 700 € pour un embryon. « J’ai d’ailleurs commencé à en vendre sous la marque « l’Angus du Cranou ». Contact : 06 88 72 68 58

La vache extensive-intensive

Cette race habituée aux maigres pâturages argentins affiche une bonne efficacité alimentaire. Sa précocité sexuelle autorise des vêlages à 2 ans et un veau par an sans problème. « C’est la vache à la fois extensive et intensive. Extensive parce qu’elle valorise bien les prairies de type MAE, et intensive car en 2-3 mois elle est engraissée à l’herbe et avec un complément d’orge aplatie. Chez nous, elle reçoit en plus des drèches de la brasserie du Bout du monde, la « bière de Terenez, de Rosnoën », précise Thierry Kerneis. Pour constituer un troupeau de haute valeur génétique, l’éleveur n’a pas hésité à traverser l’Atlantique pour acheter des embryons.

« Nous avons visité une dizaine d’élevages de sélectionneurs. Par rapport à la génétique d’origine écossaise, l’argentine est musculairement plus rebondie », détaille l’éleveur finistérien, en précisant qu’une vache adulte fournit 380-400 kg de carcasse. « De quoi constituer 18 caissettes de 12-13 kg par bête, vendues 16 €/kg. L’abattage est effectué au Faou et la découpe est réalisée par Kig à Saint-Ségal. Pour l’heure nous commercialisons une bête par mois et tout est vendu pour les 6 mois qui viennent ».

Réunion herd-book
Un livre généalogique français de l’Angus est actuellement en projet, en partenariat avec la race Hereford. Une réunion d’information sera organisée lors du Space, jeudi 14 septembre, de 10 h 30 à 12 h 30 au restaurant « Le Gourmet ». Ouvert à tous.
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