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« Le foin comme une culture de vente »

Depuis le démarrage du séchage en grange en 2016, les approches culturale et alimentaire à l’EARL Dolo ont profondément évolué et la vente de foin de haute qualité est développée. Un système original à découvrir vendredi 3 septembre.    

En 2016, l’EARL Dolo à Magoar (22) a inauguré son système de séchage en grange en parallèle du démarrage de son unité de méthanisation. « À l’époque, pour obtenir la prime chaleur venant financer une partie du projet énergie, nous devions valoriser la chaleur accompagnant la production d’électricité par cogénération », explique Pierre-Louis Dolo, l’un des trois associés. « Au départ, nous avons pensé à la culture de spiruline. Mais beaucoup semblaient partir dans cette direction et cela avait peu de sens par rapport à notre vocation première d’élevage. Au contraire, l’idée du séchage de l’herbe en vrac accompagné d’une partie séchage à plat multiproduits ouvrait des perspectives… »

15 ha d’herbe en 2015, 115 ha en 2021

Cette mise en service du séchoir et la signature concomitante d’un contrat de Maec SPE 28 (atteindre, la 3e année, plus de 55 % d’herbe dans la SAU et moins de 28 % de maïs dans la SFP) ont profondément bouleversé l’assolement et l’approche alimentaire du troupeau. « Auparavant, notre système laitier était basé exclusivement sur la distribution de fourrages conservés. Nous faisions des ensilages d’herbe de très bonne qualité bien complétés par de l’ensilage de maïs épi. » En 2015, la SAU de l’EARL comptait 15 ha en herbe seulement et autour de 100 ha de cultures de vente en céréales, légumes, pomme de terre… Aujourd’hui, 115 ha des 220  ha sont conduits en prairie alors que l’ensilage d’herbe a été abandonné. Et, sur l’EARL, les 120 vaches ont retrouvé le chemin du pâturage depuis 2018 : « Un choix en faveur de la santé des pattes, des nouvelles attentes des consommateurs et de l’attractivité de notre ferme pour les salariés à la fibre animalière alors que nous commencions à embaucher. »  

Des foins entre 20 et 25 % de MAT

« Notre pari a été d’envisager le foin comme une culture de vente », reprend Pierre-Louis Dolo qui dirige également une Entreprise de travaux agricoles avec ses associés. Après la fauche, l’herbe reste au sol deux jours en moyenne avant d’être ramassée à l’autochargeuse et disposée dans le séchoir. « On obtient quasiment un ensilage d’herbe sec. » Surtout, les éleveurs ont peu à peu développé une commercialisation de leur fourrage de qualité : secteur équestre, préparation alimentaire des bovins pour les concours, appoint pour des élevages en manque de stock… En 2020, une presse à poste fixe a été achetée d’occasion et installée à la sortie du séchoir pour pouvoir conditionner ce nouvel or vert. « Maintenant, nous sommes capables de nous adapter aux clients. Les foins les plus fibreux autour de 12 % de MAT conviennent aux chevaux. Pour les concours, on opte plutôt pour une herbe fauchée le soir, plus riche en sucres pour l’appétence, et une MAT intermédiaire autour de 15 % et 0,84 UFL par kg de matière sèche. » Mais sur l’EARL, grâce au séchage en grange, les meilleurs foins dépassent régulièrement les 20 % (jusqu’à 25 %) de MAT pour 0,86 UF… « Les éleveurs en manque de fourrages n’ont pas toujours une bonne image du foin ou n’y pensent pas forcément. Mais à un prix départ ferme de 200 € / t, pour de telles valeurs nutritionnelles, cela vaut peut-être la peine de s’y intéresser », sourit Pierre-Louis Dolo.

Porte ouverte le vendredi 3 septembre (10 h – 16 h), lieu-dit Kerhorong à Magoar. Information : 06 17 22 30 38. 

Du lait gagné grâce à l’eau dans la ration
À l’abandon de l’ensilage d’herbe au profit du foin, il a fallu retrouver le bon équilibre de ration. « Nos meilleurs foins sont très tendres et riches en azote soluble. Mais quand on rajoutait de la fibre, il y avait des bourrages à la distribution au bol, les vaches triaient… Dans le troupeau à la limite de l’acidose, il y avait des pieds rouges et des pics de cellules », raconte Pierre-Louis Dolo. En 2020, les associés ont donc opté pour une mélangeuse à pales Keenan « capable de couper sans défibrer ». Cet investissement s’est accompagné du rajout d’eau dans le mélange. « L’objectif pour les laitières est une ration entre 40 et 43 % de matière sèche. En dessous, le transit est accéléré et le risque d’instabilité ruminale augmenté. Au-dessus, l’ingestion est pénalisée. Ici, avant l’apport d’eau, le mélange frôlait les 60 % de matière sèche. En trois mois, l’efficacité alimentaire a fait un bond et la production par vache est passée de 22 à 25 kg de lait par jour », détaille Mickaël Jacq, responsable nutrition en Bretagne pour la marque verte.    
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