Élevage

« Basculer de la gestion des boiteries à la gestion des pieds »

Pour Marc Delacroix, le problème des boiteries est avant tout dû à une détection et une prise en charge bien trop tardives. Apprendre à anticiper davantage doit permettre de s’occuper aussi « des vaches qui risquent de boiter  ».

« Les boiteries sont une problématique importante en élevage laitier et elles prennent de l’ampleur dans les troupeaux allaitants et les ateliers de JB  », rapporte Marc Delacroix, vétérinaire et formateur des pédicures bovins au CFPPA du Rheu (35). Pour lui, « les éleveurs n’ont pas forcément conscience de l’énormité des sommes qu’ils perdent à cause des boiteries.  »

Repérer tôt les défauts de postures et d’aplombs

A ses yeux, la surveillance des  pieds ne doit pas être « une corvée  » mais bien intégrée au suivi régulier de l’élevage comme la santé mammaire ou la reproduction. « Le parage de tout le troupeau une fois par an n’est pas très utile. Sauf exceptionnellement, pour assainir dans l’urgence une situation de boiteries généralisées et poser un diagnostic de pathologie dominante  », explique le vétérinaire. Il recommande au contraire des interventions plus fréquentes dans le calendrier, sur des groupes de vaches identifiées au préalable. « En travaillant en petits lots, on stresse moins le troupeau et on pénalise moins la production.  » La visite de l’opérateur, plus rapide, est ainsi également plus facile à placer dans le planning de l’éleveur. 

Si, dans les campagnes, cette approche plus ciblée commence à rentrer dans les mœurs, Marc Delacroix regrette que la détection des boiteries demeure trop tardive. « Il existe par exemple une méthode de scoring développée par le Rheu et l’Idèle. Il faut que les éleveurs se l’approprient et se consacrent à repérer les défauts de postures et d’aplombs des animaux le plus tôt possible. Aujourd’hui, le temps entre le début de la pathologie et la prise en charge reste bien trop long.  »  

En apprenant à anticiper, Marc Delacroix espère qu’un jour le « retard accumulé  » en la matière sera comblé pour « basculer de la gestion des boiteries à la gestion des pieds  ». Pour lui, les pédicures sont encore trop appelés en urgence. « Aujourd’hui, ils interviennent pour soigner des lots de boiteuses. D’une certaine manière, c’est déjà trop tard », considère le vétérinaire qui estime que, considérant la taille des cheptels qu’on connaît, le pareur devrait plutôt faire une visite tous les deux ou trois mois.

« Celles qui boitent et celles qui risquent de boiter »

« En passant plus souvent, il acquiert peu à peu une vision précise du troupeau et devient un maillon important de la chaîne de conseil à l’éleveur.  »   En systématisant la détection précoce et le suivi régulier des pieds, l’objectif à terme est de présenter à son prestataire ou à son vétérinaire « bien sûr les vaches qui boitent mais aussi celles qui risquent de boiter ». Marc Delacroix détaille les animaux qui devraient ainsi constituer les lots présentés au pareur pour contrôle :
1) Toutes les vaches qui vont être taries. « Le maître-mot est zéro boiterie pendant la période sèche car elle prépare à la lactation suivante.  »
2) Dans les 2 mois après vêlage, la plupart des primipares car elles subissent un gros stress qui peut générer des boiteries.
3) Toutes les multipares qui ont eu des difficultés en peripartum (vêlage difficile, fièvre vitulaire, métrite, mammite, acétonémie…
4) Tous les animaux présentant de mauvais aplombs au moment de l’intervention.
5) Et enfin, les boiteuses. 

Et le spécialiste de conclure : « Quand on entreprend ce travail-là, à l’arrivée, les pieds ne posent plus problème. Les vaches et les éleveurs sont plus sereins. » 

Le robot mesure la qualité du parage
Pour Marc Delacroix, le robot de traite est un outil formidable et délateur. « Quand vous faites parer 20 vaches, dans la semaine qui suit, vous devez avoir remboursé votre investissement ou au moins constater une belle amélioration sur la production, la fréquentation de la stalle, l’expression des chaleurs… Mais si l’automate enregistre une baisse de lait plus de 24 ou 48 heures après l’intervention, ce n’est pas normal. Après le passage du pareur, le troupeau doit être immédiatement mieux. »
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