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Un réseau local bio à haut débit

En ces temps chahutés, les consommateurs se tournent en masse vers les circuits courts. L’engouement est tel que les producteurs ont dû s’organiser pour répondre à la forte hausse de la demande. Témoignage d’un couple d’exploitants morbihannais.

Situé sur l’exploitation, le magasin est idéalement placé, en bordure de la petite route qui dessert la ferme de Gourhert, à Ploërmel. Habillé de panneaux OSB, l’espace commercial, dont la surface de vente a été multipliée par deux il y a un an et demi, dégage une atmosphère à la fois simple et chaleureuse. «  Le magasin à la ferme est notre principal débouché commercial », explique Dominique Dubreuil, qui avec sa compagne Céline Nafteux, est à la tête d’une exploitation bio combinant maraîchage, élevage de poules pondeuses et de moutons. Et en cette période de lutte contre la pandémie, leur canal de vente directe est plébiscité par les consommateurs.
« L’augmentation de la demande a commencé à se faire ressentir une à deux semaines avant le début du confinement. Et ensuite, cela a été véritablement l’explosion ». Entre les habitués qui ont augmenté le volume de leurs achats et les nouveaux clients attirés par le bouche-à-oreille, le chiffre d’affaires du magasin au mois d’avril a triplé par rapport à l’an passé. Une hausse également perceptible dans l’activité de « Clic ta berouette », collectif de producteurs bio du pays de Ploërmel pour lequel le magasin à la ferme sert de dépôt.

Les 5 serres représentent près de 2 000 m² sous abri, la partie maraîchère comporte également 1,5 ha de légumes en plein champ. Côté élevage, l’exploitation bio compte 200 poules pondeuses, 30 brebis et une soixantaine d’agneaux.

La carte de la solidarité

Il a fallu s’adapter rapidement à la nouvelle donne engendrée par la crise du Covid-19. Pour respecter les mesures sanitaires et les règles de distanciation sociale, le nombre de clients pouvant être présents simultanément dans le magasin a été revu à la baisse. Un marquage au sol a également été installé. Côté paiement, les règlements par carte, et notamment le « sans contact » sur le terminal de paiement électronique, ont été privilégiés. Et afin de faire face à l’afflux de clients, les plages horaires d’ouverture ont été élargies et l’une des pâtures des moutons reconvertie en parking…

Entamée depuis plusieurs mois, la réflexion sur le site Internet s’est accélérée. « Nous avons pris contact avec une prestataire locale pour sa réalisation. C’est une belle vitrine qui permet d’effectuer une précommande, explique Céline. Les prix sont ensuite ajustés en fonction des poids et des disponibilités. Cela me libère des appels téléphoniques et permet de gagner du temps ».

À vrai dire, pour le couple, la problématique ces dernières semaines a plutôt été de satisfaire la demande. « Cette crise est survenue au printemps. Pour nous, c’est une inter-saison avec la fin des légumes d’hiver et ceux d’été qui n’ont pas encore pris le relais  ». En temps normal, la ferme de Gourhert complète sa production « maison » avec quelques radis et primeurs achetés auprès d’autres maraîchers bio locaux. Mais là, c’est toute la gamme qu’il a fallu réapprovisionner. Pour ce faire, les deux agriculteurs ont joué la carte de la solidarité en se fournissant en particulier chez des collègues qui avaient perdu leurs débouchés habituels (marchés, demi-gros…). Dans le même esprit, l’offre du magasin, déjà riche du savoir-faire d’une trentaine d’exploitations et d’artisans, s’est encore étoffée pour dépanner quelques autres producteurs.

Un révélateur

« Ce type de crise agit comme un révélateur, analyse Dominique. C’est dans de tels moments que l’on peut juger de la qualité de son réseau. En bio, nous avons déjà pour habitude de travailler en collectif. Et je constate que nos systèmes basés sur le local et la vente directe ont démontré leur résilience, leur capacité à fonctionner et à nourrir la population, même avec des frontières fermées. Cela me conforte dans mes choix  », conclut celui qui, après avoir exercé durant 15 années comme conseiller en centre de gestion, s’est installé en 2012, avant d’être rejoint par sa compagne quelques années plus tard.

Bien sûr, cette crise ne va pas tout changer. Une partie des néo-convertis aux vertus des circuits courts retournera bientôt à ses habitudes précédentes. « Cela va rebaisser forcément, mais nous espérons fidéliser un tiers de cette nouvelle clientèle. Cette période particulière est aussi l’occasion pour nous de faire de la pédagogie. D’expliquer, par exemple, pourquoi on ne propose pas de tomates en cette saison ». La ferme de Gourhert va donc continuer à grandir. À son rythme et en restant fidèle à ses convictions.

Un accompagnement monétique sur-mesure

L’exploitation de Dominique et Céline, située aux portes de Ploërmel, a su conquérir une clientèle urbaine consommatrice de produits locaux et/ou bio mais surtout de qualité. Parmi les différents circuits de distribution (amap, clic ta berouette, biocoop de Ploërmel, restaurants…), le magasin de vente à la ferme a progressivement pris de l’importance. Son agrandissement, en 2018, a permis d’élargir la gamme de produits par le biais d’achat/revente auprès d’autres producteurs locaux bio. Nous avons bâti une offre monétique sur-mesure, dédiée aux « circuits courts » avec l’installation d’un terminal de paiement carte à un tarif préférentiel. Ce service favorise la fluidité lors du passage en caisse et permet de développer le panier moyen, sans oublier le traitement automatique des opérations. Antoine Hammelrath, responsable de clientèle agricole, Pôle d’expertise CMB de Ploërmel (56).

En savoir plus : www.fermedegourhert.fr

Jean-Yves Nicolas

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