Élevage

Des agriculteurs qui s’adaptent au changement climatique

Pour mieux faire face aux épisodes de sécheresse, certains agriculteurs transforment leurs systèmes. Parfois rapidement, comme cela a été le cas sur l’exploitation de Vincent et Patrick Geffroy dans le sud – ouest d’Ille-et-Vilaine.

Si les terres agricoles regorgent d’eau actuellement, il n’y a pas si longtemps, elles souffraient d’un manque de pluie prolongé qui a eu des répercussions sur l’alimentation des troupeaux et les stocks fourragers, en particulier dans les zones plus séchantes. Le changement climatique se fait sentir, obligeant les agriculteurs à s’adapter. Certains ont déjà pris le chemin d’une meilleure résistance face aux aléas.

« Le maïs n’est pas une sécurité chez moi avec des rendements de 10 t MS/ha en moyenne », a souligné Vincent Geffroy, éleveur laitier à Comblessac dans le sud – ouest d’Ille-et-Vilaine, lors d’une journée sur la thématique des adaptations fourragères organisée sur le bassin versant Couesnon aval. L’agriculteur s’est installé avec son père en 2011 sur un système « classique » avec maïs toute l’année pour les 80 laitières Prim’Holstein et 1 750 kg de concentrés/VL. « Les crises laitières nous ont poussés à réfléchir à un système plus économe en intrants, qui pourrait mieux nous rémunérer. » Ils ont été accompagnés par l’Adage 35 dans leur transition.

Dactyle, fétuque, luzerne…

Mais augmenter la part d’herbe n’était pas simple dans cette zone séchante où le RGA seul montre ses limites. La pluviométrie est ici de 650 à 700 mm/an. Les associés ont donc joué sur les espèces en ajoutant du dactyle (tétra et diploïde) pour la production estivale, du trèfle blanc (3 variétés) pour l’appétence et l’azote, ainsi que de la fétuque des prés pour les vaches et de la fétuque élevée pour les génisses présentes sur un autre site. Les prairies de fauche contiennent de la luzerne qui apporte valeur alimentaire, fibrosité et production estivale. « Chez nous, il ne faut pas compter sur des stocks sur pieds en été… »

Quatre routes à traverser

Par ailleurs, le parcellaire accessible est limité à 28 ha sur les 93 ha de SAU, et avec 4 routes à traverser. Pas simple donc. « Mais j’arrive à faire passer les vaches seul en utilisant un « sas » et deux ficelles. Il faut éviter les heures de pointe ! » Dans un premier temps, les prairies accessibles ont été aménagées en paddocks pour réaliser du pâturage tournant. Le silo de maïs restait ouvert toute l’année.

La transformation du système s’est vraiment faite suite à la signature d’une MAEC en 2015, limitant à 18 % la part de maïs dans la SFP. « 25 ha d’herbe ont été semés la 1re année et 25 ha supplémentaires la 2e année. Presque toute la surface accessible a été passée en prairie, les vaches sortent 10 mois de l’année. Nous gérons 33 paddocks de 80 ares chacun avec un fil avant. Nous avons aussi acheté une autochargeuse qui nous permet l’affouragement en vert. Le déprimage est primordial, même s’il n’y a pas beaucoup d’herbe. Je déprime aussi mécaniquement les parcelles en fauche, cela me permet d’enclencher le cycle de pousse. »
Au printemps, les vaches vont rapidement sur les parcelles. En mai, des fauches sont réalisées toutes les semaines. « Les couches sont empilées sur le silo : cela offre un fourrage plus homogène. » Le silo de maïs est aujourd’hui fermé autour du 20 avril et est rouvert vers le 15 – 20 juillet. Il peut parfois être refermé en septembre ou octobre. « Nous donnons au maximum 5 kg MS de maïs par vache laitière. »

Pâturage raccourci à l’automne

Cet automne, malgré la pluie incessante, les vaches sortent au pâturage mais plus rapidement, en restant une journée par paddock. Point positif à cette période, « nous avons des terres portantes. »
Implantées pour 5 ans minimum, les prairies produisent annuellement autour de 8 t MS/ha. 

Des stocks fortement réduits
Avant de passer vers un système plus herbager et plus autonome, les producteurs avaient beaucoup d’interrogations. « Nous n’avions aucun repère la 1re année. Sortir d’un schéma avec beaucoup de stocks n’est pas facile… » Ils ont commencé par garder une bonne part de maïs tout en travaillant sur la gestion du pâturage. Le volume de production a alors augmenté ce qui a permis de les conforter dans leur stratégie et de réduire ensuite le maïs. Grâce à cette transition, le coût alimentaire est passé de 180 à 70 €/1 000 L ; le lait est vendu en bio depuis 2018. Avec une trésorerie renforcée, les adaptations sont plus simples à envisager.

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