Découvertes

Escapade dans le berceau de la Holstein

Carrefour de l’Allemagne vers la Scandinavie et le Danemark, le länder du Schleswig-Holstein est une grande région d’élevage bovin depuis 2 000 ans. Mais son visage agricole se transforme à grande vitesse.

Les imposantes bâtisses en briquettes de terre cuite, coiffées de chaume, font la fierté des fermes laitières du Schleswig-Holstein. Faisaient. Car nombre de ces granges abritant autrefois sous un même toit, vaches au rez-de-chaussée, fourrages à l’étage et habitation du fermier au pignon du levant, sont aujourd’hui silencieuses. Le meuglement des vaches s’est tu ; la dernière génération d’une longue filiation familiale de paysans a souvent quitté les lieux. Les Allemands ont un mot pour désigner cette désertification : höfesterben. Autrement dit : « La mort des cours de ferme ».

Des granges de caractère très recherchées

Aujourd’hui, seule la date de construction, fièrement gravée sur la façade de ces bâtiments de ferme édifiés dans les années 1900 à 1930, semble raconter en quatre chiffres l’épopée d’un siècle de prospérité de cette région d’élevage, berceau de la Holstein. Ces granges spacieuses aux accès empierrés de pavés romains impressionnèrent d’ailleurs beaucoup les paysans bretons contraints au service de travail obligatoire dans les fermes allemandes pendant la Seconde Guerre mondiale. À l’époque, leur modernité était sans commune mesure avec les modestes et exiguës constructions des fermes bretonnes.

Illustration de « l’höfesterben » terme utilisé par les Allemands pour désigner la mort des cours de ferme ».

Comme dans la plupart des régions laitières d’Europe, le tournant de la déprise des exploitations s’est accéléré avec la mise en place des quotas laitiers. Dans le Schleswig-Holstein, le nombre de fermes a diminué d’un tiers depuis l’an 2000. Comme partout, les terres libérées partent prioritairement à l’agrandissement. Au grand désespoir des défenseurs allemands de l’agriculture paysanne et de la vie des territoires qui ne peuvent pas rivaliser avec les loyers de 500 €/ha pour les terres arables et 300 €/ha pour les prairies permanentes. Seuls des citadins aisés peuvent batailler financièrement avec les gros fermiers pour emporter la mise en acquérant les biens quand ils sont mis en vente. Séduits par le charme et l’authenticité des constructions agricoles centenaires, des urbains en mal de vert sont disposés à mettre le prix pour transformer les grandes étables en belle demeure campagnarde. Une aubaine pour les agriculteurs qui n’hésitent pas à demander le million d’euros, et bien plus, pour une grange au caractère certain.

En même temps que les cours de ferme se sont vidées, les prairies – nombreuses dans cette région aussi arrosée et aussi verte que la Bretagne – ont vu leur vocation changer. Dans certains secteurs au nord de Hambourg, on y croise désormais plus de chevaux que de vaches dans les champs. Les prairies permanentes, jadis pâturées comme le témoignent poteaux et barrières métalliques embroussaillées au bord des haies et des talus – des talus similaires à ceux que l’on rencontre sur l’Ouest breton –, sont les derniers vestiges d’une époque qui fut et qui n’est plus.

Du maïs à la place des prairies permanentes

Désormais, les récoltes mécaniques d’herbe menées tambour battant ont remplacé le paisible pâturage des bovins à la robe pie. Aux remorques bondées de fourrage succèdent fréquemment dans la foulée de copieux épandages de lisier ; l’herbe en profite grassement comme le montrait le vert particulièrement prononcé des prairies au mois de juillet dernier.
Avec la disparition des fermes de taille moyenne, certaines prairies permanentes, aussi vieilles que mémoire d’homme s’en souvient, sont converties en monoculture de maïs pour alimenter les méthaniseurs qui se multiplient dans ce landër allemand très plat. Un landër autrefois appelé « le pays des horizons » en raison de sa topographie et que les détracteurs de la méthanisation s’amusent à nommer « le pays des horizons bouchés » pour dénoncer les emblavements massifs de maïs qui boucheraient la vue. Car cette nouvelle vocation énergétique des terres n’est pas toujours du goût des défenseurs de l’environnement et des élus de collectivités qui dénoncent notamment une augmentation concomitante des teneurs en nitrates des eaux drainées par ces sols très filtrants.

La campagne est sillonnée par de nombreuses routes interconnectées dont la partie centrale enherbée est « tondue » par le bas de caisse des voitures.

Une route des fromages

À défaut de pouvoir montrer des vaches dans les champs, le Schleswig-Holstein a tracé une route des fromages qui s’étire sur quelque 500 km, menant des rives de l’Elbe, à la Mer du Nord à l’ouest et à la Baltique à l’est. Une occasion unique de découvrir quelque 120 sortes de fromages de tradition, comme le « Holsteiner Tilsiter », créé au XVIIIe siècle et protégé par une IGP depuis 2013. Ou de goûter un beurre crémeux salé assez commun dans la région… De là à dire que le meilleur beurre salé ne serait pas breton, il y a un pas qu’un Breton pur beurre n’est pas prêt à franchir.

Sur les traces de la Holstein
La race Holstein est originaire de la longue bande littorale de la Mer du Nord que l’on nomme Frise et qui s’étend des Pays-Bas au Danemark en passant par l’Allemagne. Ce rameau bovin pie noir, déjà connu au XVIe siècle, aurait été domestiqué par les peuples germaniques et sélectionné pour sa capacité à donner le meilleur rendement possible sur des surfaces faibles dans les grasses plaines herbeuses de son terroir d’origine.
Mots-clés

Peut vous intéresser

Bouton retour en haut de la page
Fermer