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Devenir éleveur d’insectes

Des agriculteurs auvergnats s’intéressent à l’élevage de larves d’insectes. Chaque module de production de 600 m2 devrait permettre de dégager au minimum un Smic pour 8 à 10 jours de travail par mois.

Devenir « coléoptèriculteur » ? Quel agriculteur en recherche de diversification y penserait au premier abord ? Et pourtant. La société Invers, basée au Biopôle de Clermont-Limagne (63), proposera bientôt aux agriculteurs d’élever du Tenebrio molitor ou ténébrion meunier ; des grands ténébrions qui n’ont rien à voir avec les petits ténébrions ravageurs de l’isolation des poulaillers. « Le Tenebrio molitor est un insecte que l’on trouve couramment dans les déchets de farine, de son, d’aliment du bétail », explique Sébastien Crépieux, président de la société auvergnate qui a construit un atelier pilote de 600 m2 sur la commune de Saint-Ignat.

En lien avec les cultures

Ce projet d’élevage d’insectes s’inscrit dans une réflexion plus globale visant à conforter les exploitations céréalières, dominantes dans cette plaine de la Limagne. « Les vers de la farine sont nourris avec du son, mais aussi avec de la féverole. Développer ce type d’élevage permet de réintroduire des protéagineux dans les rotations ; ces cultures permettant de diminuer la pression sanitaire et d’enrichir les sols en azote. Ce qui, à terme, permet de réduire l’emploi d’engrais azotés chimiques qui ont un bilan carbone assez mauvais », observe Sébastien Crépieux. Cette diversification des exploitations constitue aussi une sécurité financière face à des cours de céréales de plus en plus volatils. Ce projet mené en collaboration avec la société Limagrain permettra entre autres de valoriser le son issu de la meunerie.

Le site pilote devrait accoucher de deux unités de production dès 2020. L’objectif étant de passer au développement opérationnel en 2021 avec, à terme, l’installation d’une centaine d’unités de production. Les sites d’élevage qui doivent être déployés dans les exploitations agricoles s’inscrivent dans une démarche de développement durable comme le revendique Invers dont le slogan est : « Ensemble, inversons la dynamique de destruction des écosystèmes ».

« Les approvisionnements pour nourrir les vers seront locaux et les débouchés uniquement régionaux », poursuit le responsable de la société Invers. Et d’ajouter que les « bâtiments couverts de panneaux solaires participeront, avec une bonne isolation thermique et une ventilation optimisée, à utiliser le minimum d’énergie fossile pour créer les conditions d’élevage optimales comprises entre 26 et 30 ° C ». Le président d’Invers annonce également que les bâtiments seront conçus pour avoir la plus faible emprise au sol. « Nous avons imaginé un cercle le plus vertueux possible ».

Des sites robotisés

Chaque unité de production de 600 m2 doit produire en routine quelque 10 tonnes d’insectes par an. Un cycle de production durant en moyenne de deux mois et demi à trois mois. Pour limiter la pénibilité de manipulation des caisses d’élevage pour l’alimentation, la surveillance, etc. l’idéal est de robotiser. Pour mutualiser cet investissement conséquent dans un automate, la société Invers conseille de regrouper géographiquement plusieurs projets. « Avec trois bâtiments par site, un robot peut-être plus facilement amorti », indique le responsable qui évalue à quelque 300 000 € l’investissement par unité de production. Cet investissement étant potentiellement rentabilisé par un bon de prix de vente du Tenebrio molitor.

Un aliment pour les spationautes
L’élevage du ténébrion meunier est réputé simple. Il peut tolérer des températures allant de 0 à 45 °C, mais est actif entre 15 et 40 °C ; les meilleurs taux de croissance sont observés entre 25 et 28 °C. C’est pourquoi cet insecte intéresse même la Nasa pour son potentiel de production alimentaire dans les missions de longue durée dans l’espace. Sa valeur nutritive étant élevée (483 g/kg de protéines, 334 g/kg de lipides, 4903 kcal/kg).

Booster les poussins

Le Tenebrio molitor peut, par exemple, servir à fabriquer de la farine utilisée pour booster le démarrage des poussins. Les insectes entiers sont aussi destinés aux piscicultures d’étang locales. Sans oublier leur utilisation potentielle pour la fabrication des croquettes pour chiens et à terme pour les chats. Les insectes devraient également intéresser les jardineries : nourriture pour poissons rouges. Reste que la réglementation est actuellement un frein pour certaines utilisations.

Sébastien Crepieux, président Invers
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