Energies et environnement

Sous le soleil exactement

Rien de nouveau sous le soleil ? Si, justement ! L’arrivée des trackers, ces panneaux photovoltaïques « intelligents », donne un nouveau souffle à l’énergie solaire. Une opportunité que certains élevages hors-sol, gros consommateurs d’électricité, entendent bien saisir.

Ils ont poussé il y a un peu plus d’un an, dans cette prairie verdoyante de Pleyber-Christ (29), située en bordure de la route départementale qui, quelques kilomètres plus loin, serpente à travers le Parc naturel régional d’Armorique. Tels des tournesols géants, les six trackers suivent la course du soleil. Perchés au sommet de mâts de 7 mètres, ces panneaux photovoltaïques mobiles assurent ainsi, quelle que soit la luminosité, un rendement maximum. À intervalles réguliers, un léger bruit se fait entendre lorsque la motorisation se met en route. Mais pas de quoi perturber les bovins qui paissent au pied, ni effrayer les poules qui évoluent non loin en plein air.

Traquer la bonne formule

Éleveurs de bovins viande et de poules pondeuses, Annick et Alain Corbel ont choisi de se tourner vers l’œuf alternatif dès 2018. « Lorsque nous avons vu l’évolution du marché et la pression des lobbys, nous nous sommes dit que nous allions dans le mur. Nous avons alors décidé de basculer vers le système alternatif, explique l’agriculteur. Pour nous, cela a également été l’occasion de contractualiser et de sécuriser notre production ». Exit les 150 000 poules en cages, celles-ci ont cédé la place à 90 000 pondeuses en plein air et 90 000 poules au sol. Certaines des anciennes cages, dont une partie achetée en 2012 qui n’était pas encore amortie, ont heureusement pu être transformées en volières. Entre la reconversion d’anciens bâtiments et la construction de nouveaux équipements, « au final, cela donne un investissement, par poule, qui n’est pas excessif ».

Alain Corbel s’est équipé de six trackers solaires pour alimenter en énergie son élevage de poules pondeuses.

Avec la volonté d’optimiser son prix de revient, le couple d’éleveurs s’est intéressé de près au poste énergie. « La poule pondeuse est une production qui consomme beaucoup d’électricité. Avant nos travaux, la facture mensuelle réglée à EDF avoisinait les 6 000 euros ». Dès 2012, la possibilité de poser des panneaux photovoltaïques sur les toits est donc envisagée. Avant d’être abandonnée, « car nous ne souhaitions pas toucher à la structure des bâtiments de l’exploitation ». L’éolien ne les attirant pas, restait l’option de la méthanisation. « Mais pour moi, la méthanisation constitue un métier à part entière, souligne-t-il. Et nous, nous sommes éleveurs de bovins et de poules pondeuses ». La réflexion en était là, jusqu’à ce qu’émerge la solution des trackers. « J’en ai d’abord entendu parler par un autre agriculteur. Puis j’ai échangé avec un collègue éleveur de pondeuses, Jean-Luc Le Saout. L’intérêt de cette formule où l’électricité générée est auto-consommée nous est apparu évident. Nous avons tous deux franchi le pas. D’autant plus facilement que dans notre production, il y a une très bonne corrélation entre les besoins en courant électrique et la production solaire ».

Si la production couvre en moyenne 30 à 40 % des besoins, lors de journées très ensoleillées, comme au mois de mai dernier, le pourcentage peut atteindre 65 %.

Une véritable énergie verte

Contact est alors pris avec OKWind, société vitréenne ayant déjà à son actif plus de 700 trackers sur 480 sites à travers la France. Grâce à la pose de capteurs sur place durant la phase d’étude, le profil de consommation de l’exploitation d’Annick et Alain Corbel a pu être déterminé. Ce qui a permis de dimensionner au plus juste l’équipement par rapport aux besoins. Six trackers d’une surface unitaire de 117 m² ont ainsi été installés. Capable de suivre précisément le soleil en bougeant selon deux axes, chaque panneau reste toujours perpendiculaire aux rayons, ce qui permet d’augmenter le rendement par rapport à un matériel « classique ». La technologie bi-face des cellules photovoltaïques contribue elle aussi à améliorer la production électrique en captant la lumière réfléchie par le sol. « L’emprise au sol étant faible, cela facilite l’implantation. Il faut simplement veiller à ne pas être trop loin du point d’injection sur le réseau, pour une question de coût du câble », précise-t-on chez OKWind.

Annick et Alain Corbel, dont les trackers fonctionnent depuis mai 2018, ne regrettent pas un seul instant leur investissement de 300 000 euros. « Nous produisons en moyenne entre 30 et 40 % de l’électricité consommée par l’atelier pondeuses. Sur une année, cela représente déjà aujourd’hui une économie de près de 30 000 euros… Et chaque nouvelle augmentation du tarif de l’électricité nous conforte encore un peu plus dans notre choix. Au départ, l’amortissement était prévu sur une période de 12 ans. Mais il est possible que cela se fasse sur 10 ans ».

Très assidu sur l’outil de suivi de la production d’électricité au démarrage de l’activité, l’éleveur se contente aujourd’hui d’y jeter un œil de temps à autre. « Et s’il y a le moindre souci, je suis averti par des alertes. Moi, j’aime ce qui est simple. Et ce système répond à mes attentes ».
Autre motif de satisfaction : l’acceptation sociétale de l’équipement. « Nous n’avons pas eu un seul commentaire négatif. Nous produisons une véritable énergie verte. Et en période de pic de production, le surplus est réinjecté dans le réseau. Cela véhicule une image positive de l’agriculture et démontre que nous participons activement au respect de l’environnement ». Avec de tels atouts, le solaire n’a pas fini de briller !

Se garantir pour l’avenir

Dans les exploitations hors-sol, depuis des années, les agriculteurs ont réalisé de gros efforts afin d’optimiser leurs coûts alimentaires. Aujourd’hui, pour améliorer encore le prix de revient, il faut aussi veiller à la bonne maîtrise du poste énergie. Et il y a là des marges de manœuvre. La formule des trackers solaires avec autoconsommation est une solution particulièrement adaptée aux élevages de porcs ou de poules pondeuses, avec de gros besoins électriques en journée quand les panneaux produisent à plein. Cette formule permet, en outre, à l’agriculteur de se garantir un coût constant du kilowattheure pour les 25 années à venir sur une bonne partie de ses besoins en électricité. Une garantie intéressante par les temps qui courent !

Georges Ravalec, responsable de clientèle agricole, CMB de Morlaix

Jean-Yves Nicolas

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