Élevage

Externaliser le renouvellement par l’achat d’agnelles

En l’absence d’agnelles à sélectionner sur l’élevage naisseur, le confort de travail s’améliore, la conduite du renouvellement est simplifiée avec la gestion d’un lot d’âge resserré et un haras de béliers uniquement orienté sur les qualités bouchères.

La pratique est peu développée en ovin viande. Outre les filières mises en place avec les organismes de sélection et le schéma britannique, celle du Lot en France a la taille la plus significative avec 52 élevages spécialisés : les sélectionneurs commercialisent plus de 11 000 agnelles Causse du Lot à des multiplicateurs. La moitié est croisée avec des Ile de France, pour produire 6 000 F1 46, agnelles revendues en élevages à utiliser avec des béliers de qualités bouchères. Les Pays de la Loire ont conduit une étude en 2017 auprès de 25 éleveurs de l’Ouest achetant des agnelles pour analyser leurs motivations, dévoilées lors de la journée régionale ovine, le 16 octobre à Campbon (44).

Acquérir et maintenir des lots à contre-saison

« L’externalisation stricte du naissage des agnelles est avant tout un moyen pour simplifier la conduite de la reproduction, tout en bénéficiant du travail génétique du sélectionneur », relève Stéphane Migné, de la Chambre d’agriculture des Pays de la Loire. On retrouve cette tendance dans des élevages qui travaillent aussi un 2e type génétique. « Cela leur permet aussi d’avoir une meilleure valorisation des agneaux », avec un croisement terminal sur les Romane par exemple, ainsi que de gérer plus facilement des lots en contre-saison, pratique rencontrée plus souvent chez les éleveurs de Mouton Vendéen.

Le prix d’achat, le principal frein

Les prix relevés varient de 123 € pour des F2 Britanniques, 150 à 160 € pour les Romanes et 165 € en Mouton Vendéen, à mettre en lien avec le gain de temps lors des premières semaines d’élevage des agnelles, variable selon les élevages en fonction du nombre d’interventions (vaccinations…) et de manipulations (tris, pesées…). Outre le coût d’achat qui représente un frein pour un grand nombre d’éleveurs, reste à maîtriser les risques sanitaires. Confiance et transparence entre vendeur et acheteur sont les maîtres mots pour la réussite de cette pratique. Le faible effectif de sélectionneurs ne permet pas toujours de constituer un seul lot d’animaux d’âges resserrés provenant de la même exploitation pour limiter les risques sanitaires, déplorent certains utilisateurs. « L’acheteur doit anticiper sa demande. Plus il tarde à faire sa commande en saison, moins il aura de chances d’avoir des lots homogènes », insiste un des éleveurs participant à la table ronde.

Mickaël Evain, Campbon (44)
Mickaël Evain, Campbon (44)

Gérer un seul lot d’agneaux

Je renouvelle 80 % de mon cheptel par des achats pour ne pas gérer de lot spécifique pour les futures reproductrices. J’ai opté pour la Romane, pour ne plus poser d’éponges. Depuis 4 ans, mon lot d’agnelles provient d’un élevage sélectionneur que j’ai visité et qui correspond à mes attentes en matière de gabarit d’animaux. Nées en mai, elles sont mises à la reproduction en octobre/novembre, pour des livraisons d’agneaux pour Pâques. Depuis, ma conduite d’élevage est simplifiée. Je n’ai pas de bélier Romane, plus d’éponges à poser. Les mâles sont uniquement orientés sur des qualités bouchères, permettant une meilleure valorisation de mes agneaux. La sortie de trésorerie peut cependant s’avérer importante lorsque l’arrivée des agnelles est décalée avec la vente des agneaux. Mickaël Evain, Campbon (44)

Christian Chatelier,  Gaec les Rives du Chanvron, Saint-Hilaire-de-Voust ( 85)
Christian Chatelier, Gaec les Rives du Chanvron, Saint-Hilaire-de-Voust ( 85)

Une simplification du travail

Pose d’éponge, pas de mélange des lots au pâturage… Notre système s’avérait chronophage, et d’autant plus au printemps, avec les semis de maïs, les dérobées, les 400 agnelages. De plus, la productivité plafonnait à 1,5. Alors nous avons opté pour l’achat d’agnelles F1 Romane x Ile de France. La prolificité a grimpé à 2. Un contrat nous lie avec le sélectionneur : un seul lot d’agnelles nées en septembre livrées en février à 35 kg en moyenne (> 32 kg), à 160 €/tête. L’élevage naisseur fait le tri. Notre relation est basée sur la confiance. Les agnelles sont croisées avec du Charollais. Tous les agneaux sont vendus en boucherie, je ne garde pas de F2. Quand on a goûté à l’achat d’agnelles, on ne revient pas en arrière, vu la simplification du travail qui en découle…Christian Chatelier, Gaec les Rives du Chanvron, Saint-Hilaire-de-Voust (85)

Stéphane Giteau,   Gaec de la Bouillère, Les Hauts d'Anjou (49),
Stéphane Giteau, Gaec de la Bouillère, Les Hauts d’Anjou (49),

Travailler soi-même la génétique de son troupeau

À trois sur l’exploitation (180 ha – 100 VL – 300 Moutons Vendéens), on essaie de s’organiser. L’agnelage se déroule du 15 novembre au 15 janvier, pour conserver l’aptitude des agnelles et brebis au désaisonnement. On élève toutes nos agnelles (20 à 25 % de renouvellement). Je n’achète que mes béliers, en étant attentif à l’index laitier. Je veux garder la main sur la génétique de mon troupeau. En gérant tout le cycle de production, je trie mes agnelles de renouvellement de bonne heure, et je valorise mieux les animaux à la réforme en mai. Les agnelles sont sevrées à 80 jours. Elles passent ensuite à l’aliment fermier et sont mises à l’herbe sur des parcelles riches en légumineuses. Des prairies avec du colza, navet et RGI assurent le rôle de flushing pour les agnelles. Stéphane Giteau, Gaec de la Bouillère, Les Hauts d'Anjou (49)

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