Élevage

GénoSanté sort deux nouveaux index contre les boiteries

Évolution et ses partenaires ont créé deux index Santé du pied, disponibles dès les prochains catalogues de décembre.

« Avant, on avait des aires paillées. Depuis qu’on est passé en logettes avec le robot, les vaches sortent moins, on a vu augmenter les problèmes de pattes », témoigne Jérémie Feuillet, éleveur à Saint-James (50). On évalue qu’en moyenne, 11 % des femelles d’un troupeau présentent des boiteries cliniques (et 22 % des boiteries sub-cliniques). « Quand une dermatite atteint un troupeau, il n’y a pas de moyens médicaux de la faire sortir », décrit Luc Manciaux, vétérinaire-conseil à BCEL Ouest. « On va avoir besoin de ces nouveaux index », considère Jérémie Feuillet. Mardi 28 novembre, c’est sur son Gaec que se déroulait la présentation des deux index mis au point par le consortium constitué d’Evolution et de ses partenaires(1). Ils viennent compléter GénoSanté après la mise en place de l’index Acétonémie en 2016.

Les catalogues qui seront imprimés à la mi-décembre et les 190 000 femelles aujourd’hui génotypées par les partenaires du consortium afficheront donc deux nouvelles lignes avec ces index : résistance aux maladies infectieuses et résistance aux maladies non infectieuses, les deux grandes familles de maladies du pied. Les maladies infectieuses comptent les dermatites (Mortellaro), la limace, l’érosion du talon (fourchet). Dans les non infectieuses, on retrouve la bleime diffuse, la bleime circonscrite, l’ouverture de la ligne blanche, l’ulcère de la sole. Ces sept lésions ont été retenues parmi les 21 lésions observables pour établir les index, car elles sont les plus représentatives ou limitantes.

Trois ans de collecte

La mise au point de ces index résulte de trois années de collecte minutieuse de données. Les pareurs des entreprises de conseil en élevage partenaires ont enregistré les lésions qu’ils observaient sur chaque vache (grâce à des logiciels adaptés). Au préalable, tout le monde s’était mis d’accord sur la définition de ces lésions. Par ailleurs, grâce au génotypage d’animaux, les marqueurs (QTL) indicateurs de boiteries dans l’ADN ont été détectés, permettant d’établir les liens entre performances (phénotype) et ADN (génotype). « Il nous reste à affiner la compréhension des mécanismes et des interactions entre caractères », précise Maëlle Philippe, cheffe de projet R&D génétique chez Évolution.

En tout, les données de plus de 126 000 vaches Prim’Holstein et Pie Rouge et 2 500 mâles ont été passées à la moulinette. Grâce à ce protocole suffisamment large et rigoureux, les chercheurs ont mis au point des équations de prédiction fiables. « Ce sont des index qui fonctionnent en élevage », promet Luc Manciaux. Pour autant, on va continuer « à voir ce qui se passe sous les pieds des filles » pour améliorer encore le CD (coefficient de détermination) des index des pères. D’ici là, l’application pour les Normandes est encore attendue, la base de référence est en cours de constitution. Par ailleurs, GénoSanté annonce l’arrivée de nouveaux index de santé dans les mois à venir.

Quels gains ?
Difficile d’estimer les dommages causés par des boiteries. Le vétérinaire Luc Manciaux évalue une boiterie à 265 €, incluant les coûts d’intervention (direct) et les pertes de lait, de reproduction (indirectes). « C’est un minimum ! », commente un éleveur. Calculé autrement, on évalue à 5 775 € €/an pour un troupeau de 100 VL. En première génération, on peut espérer une réduction de 10 % des boiteries, soit 5,8 €/VL. En 2e génération, les économies se cumulent, on double donc à 11,6 €/VL/an.

Rémi Hagel

(1) Agrial, Allice, Auriva, BCEL Ouest, Eilyps, Elitest, Inra, Institut de l’élevage, Seenergi.

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