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Marcher dans les pas d’un cordonnier-bottier

Michel Giachino fait partie de ces femmes et hommes qui ont de l’or dans les mains : il sait redonner une seconde vie aux bottes et souliers, ainsi que fabriquer des pièces sur-mesure.

Le petit atelier est situé dans une coquette longère en pierre, à Rostrenen (22). En poussant la porte, les machines silencieuses attendent les mains expertes de l’artisan. L’odeur de cuir embaume l’air, le cordonnier-bottier est affairé à son établi. Michel Giachino travaille le cuir qui, après des mesures précises et des coups de tranchoirs chirurgicaux, donnera naissance à diverses bottes ou chaussures, suivant la commande de ses clients. « Il peut y avoir une panne de courant, le cordonnier pourra tout de même travailler », aime-t-il dire.

Le talent dans le talon

L’utilisateur doit pouvoir y entrer facilement dans sa botte, sans déchausser à la marche.
L’utilisateur doit pouvoir y entrer facilement dans sa botte, sans déchausser à la marche.

Issu du compagnonnage, le maître à chausser est passé par tous les métiers, de la réparation à la création de tiges pour des modèles parisiens prestigieux. Si le Costarmoricain avoue que le réparateur de soulier et le bottier utilisent les mêmes outils, « l’organisation est différente. Pour la réparation, le prix de la chaussure limite les frais à engager. Il me faut alors être astucieux. En botterie, je respecte les règles de l’art. Quand ces règles sont bien appliquées, on est sûr du travail ». L’aventure commence par une attirance pour les chevaux, mais surtout par un tableau ornant le mur de la maison de ses grands-parents et représentant une scène de chasse à courre où les cavaliers sont chaussés avec des bottes à revers, « pour protéger le genou des cornes de l’animal ». La botte plus que la scène elle-même restera dans l’esprit de l’homme.

Plus tard, Michel Giachino entre chez les bouifs, qualificatif argotique pour les compagnons cordonniers-bottiers, en 1977. Il en ressortira en 1984, en réalisant son travail de réception : une paire de bottes. Ces connaissances, Michel Giachino les a acquises en mettant son talent au service de différents cordonniers-bottiers, comme l’enseigne Dréan, de La-Roche-Bernard (56), « où j’ai appris en observant. Ce bottier m’expliquait que la botte était une forme individuelle facile à réaliser après 40 ans de métier… » Bottier depuis 1705, la famille Dréan aura vu se succéder 9 générations. « Ce fut pour moi une découverte. J’ai été marqué par tout le patrimoine, saisi par les connaissances de l’ancien temps. Depuis, une page s’est tournée, un nouveau style de botte a été adopté par les cavaliers ».

Le travail manuel demande rigueur  et précision. « Il peut y avoir une panne de courant, le cordonnier pourra tout de même travailler ».
Le travail manuel demande rigueur
et précision. « Il peut y avoir une panne de courant, le cordonnier pourra tout de même travailler ».

Prendre son pied

En plus d’être habile de ses mains, Michel Giachino a une très bonne connaissance de l’anatomie du pied, en ayant travaillé dans l’orthopédie. « Nos pieds ont 26 ou 28 os. Un des os les plus importants reste l’astragale qui, avec 8 faces articulaires, répartit le poids du corps sur le pied. Si on ne connaît pas ce squelette, on ne peut produire une chaussure anatomique, et on risque de créer par la suite des problèmes de colonne vertébrale ».

Les mouvements du pied sont complexes, c’est pourquoi le cordonnier-bottier demande à ses clients de marcher avant la prise de cotes. « Les 2 pieds sont toujours différents, avec des tailles inégales, pouvant aller jusque 5 mm : un droitier aura son pied droit plus développé ». Après avoir trouvé chaussure à son pied, l’arrière doit être maintenu fermement, alors que l’avant doit être libre. Les veines ne doivent pas être comprimées, sous peine de sensations de fourmillement ou de pieds froids. « Pour une botte, l’utilisateur doit pouvoir y entrer facilement, sans déchausser à la marche. La botte est une pièce difficile à réaliser, pour laquelle il faut beaucoup d’expérience ».

Du bœuf au poisson

Le pied est une des parties du corps qui transpire le plus, « et qui est enfermé. Les cuirs de qualité absorbent l’humidité pour la diriger vers l’extérieur, en restant toutefois imperméables de l’extérieur. Les peaux utilisées par le compagnon proviennent d’élevages où les animaux sont bien nourris, non blessés et sans maladies. Le Black Angus convient très bien ». Les peaux issues de fermes anglaises partent ensuite pour des tanneries alsaciennes. « Les cuirs argentins ou brésiliens sont un peu moins chers, mais ont beaucoup de défauts. L’Inde propose de la marchandise de très bonne qualité, mais l’emploi et la main-d’œuvre y sont non protégés ». Plus original, le cordonnier a même réparé des bottes de cow-boy, en cuir de caribou, qui a craqué, car « pas nourri régulièrement ».

Il y a quelque temps, Michel Giachino réparait les bottes des marins-pompiers de Marseille (13), qui usaient leurs souliers en crapahutant dans les calanques. « Les cuirs de dessous proviennent de bœufs ou de taureaux. La peausserie du dessus peut aussi bien venir de veau, de chèvre ou de poisson, comme pour le galuchat ». Aujourd’hui, l’artiste chausseur aimerait bien passer du côté créatif du métier. « J’ai toujours été du côté de la production, en répondant à des commandes sur-mesure. Je souhaiterais évoluer », pense-t-il. Si ses réalisations sont classiques, elles ne demeurent pas moins impressionnantes tant la perfection et la reproduction de gestes anciens aboutissent à des œuvres uniques.

Rien ne se perd, tout se transmet
Après la réalisation de son travail de réception, Michel Giachino a rédigé un compte-rendu très détaillé, qui vient enrichir le collège des métiers du compagnonnage. « C’est un recueil de comptes-rendus, qui sont ensuite diffusés sous forme de manuels ». Des jeunes apprenants ont ainsi pu s’inspirer des travaux réalisés.
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