Edito

Compter sur soi

« Dans les années 60, Sicco Mansholt, commissaire européen, est venu dans le Jura et nous a dit qu’il fallait planter des sapins parce que notre agriculture n’était pas compétitive ». Philippe Monnet, président de la FDSEA du Doubs, adore raconter cette anecdote. Surtout devant des Bretons, quand il ajoute : « Mais, comme en Bretagne, chez nous il y a des têtes de Turcs ».

Cinquante ans plus tard, tous les producteurs de lait français rêvent de la pépite laitière jalousement gardée par les Jurassiens qui vendent leur lait 450 €/1 000 L et revendiquent 3 fromages AOC/AOP : Comté, Morbier et Bleu de Gex. Résister à du bon. Afficher un optimisme forcené est encore mieux. En Bretagne aussi, les agriculteurs ont pris leur destin en main dans les années 60 pour conserver une agriculture nombreuse. Et ils n’ont pas si mal réussi. Notamment en Bretagne occidentale où il n’y a guère d’alternative pour limiter la désertification des campagnes. Ainsi, le Finistère, comme le Doubs, compte aujourd’hui 5 % de sa population active dans l’agriculture quand la moyenne française frôle avec les 3 %.

À l’heure de la campagne présidentielle, où chaque candidat a (ou pas) « Sa » solution pour les territoires ruraux en déclassement comparativement aux riches métropoles, une seule promesse semble valoir : celle des habitants des territoires déterminés à assurer seuls leur avenir ; sans compter sur les autres. Construire ces lendemains enchanteurs passe par le maintien d’une activité économique forte. Car la première cause d’appauvrissement des territoires est bien le délitement de l’activité économique qui, selon une spirale bien connue, entraîne un appauvrissement social, mais aussi intellectuel par la fuite des jeunes bien formés vers les centres urbains.

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