Dans les archives de Paysan Breton

1983-1984 : le porc dans la tourmente des MCM

Avant l’euro, la CEE avait essayé les montants compensatoires monétaires (MCM) pour protéger les prix agricoles des fluctuations monétaires. Un lourd handicap pour l’agriculture bretonne.

C’est la baisse des cours du porc en dessous de 10 F/kg (1,50 €) qui en début d’année 1984 provoque la colère des éleveurs bretons. Alors que le porc tombe à 9,52 F/kg (1,45 €), le coût de revient est estimé à 10,60 F/kg (1,60 €). Les petits éleveurs évaluent à environ 12 F/kg (1,82 €) le prix nécessaire pour leur laisser l’équivalent d’un salaire mensuel charges comprises de 8 340 F (1 270 €). Il est intéressant de mettre ces chiffres en parallèle avec ceux d’aujourd’hui… 33 ans plus tard.

Distorsion de concurrence

Alors que les aliments n’ont cessé d’augmenter, les producteurs de porc se sentent prisonniers d’une distorsion de concurrence avec les Néerlandais et les Belges qui achètent les plus gros contingents de manioc et de soja, moins chers que le blé produit en France. S’ajoutent à cette compétitivité coût, les effets pervers des MCM, ces montants compensatoires monétaires mis en place par la CEE en 1969 ; un mécanisme demandé par la France, en principe pour une période provisoire.

On parle déjà de délocalisation de la production vers les pays à monnaie forte.

En 1983, la dévaluation du franc creuse encore les distorsions liées aux MCM. Ce dispositif devant en principe maintenir l’unité des prix agricoles européens joue en fait comme une taxe à l’exportation pour la France et à l’inverse comme une subvention aux exportations pour les pays à monnaie forte tels que l’Allemagne et les Pays-Bas. Dans un registre inversé, une sortie de l’euro provoquerait des effets similaires.

C’est surtout que le secteur porcin qui a été le plus touché par les effets des MCM du fait du très important flux d’importation de viande de porc qui s’écoule sur le marché français (le pays n’est pas encore autosuffisant). À l’époque,  on a qualifié le marché porcin français de « dépotoir du marché communautaire », notamment en période de surproduction européenne. Cette situation conduit à une profonde dégradation des cours. Et l’on parle déjà de délocalisation de la production vers les pays à monnaie forte.

Barrage de routes et chasse aux camions

La conjonction de tous ces éléments crée un cocktail favorable aux manifestations. Des manifestations contre les MCM avaient déjà eu lieu en 1977 et 1978. Mais les dévaluations du gouvernement Mauroy vont cristalliser la colère. Une première vague de manifestations éclate au printemps 1983. La mobilisation  s’exprime sous les formes classiques employées par les agriculteurs bretons quand ils sont mécontents : barrages de voies- express, occupation des DDA, réunion de 4 000 responsables agricoles et agroalimentaires à Saint-Brieuc, chasse aux camions étrangers, manifestations féminines, etc. L’action gagne d’autres régions françaises, puis s’éteint progressivement après la fixation des prix agricoles européens et une légère réduction des MCM… et avec l’arrivée des travaux de printemps dans les champs.

Deuxième mobilisation plus brutale

Une seconde vague de mobilisation plus brutale intervient durant l’hiver 1983-84 ; elle commence par la mise à sac de la perception de Carhaix en novembre et de la sous-préfecture de Brest en janvier.
À une nouvelle dégradation des cours et à l’impression que les pouvoirs publics n’ont pas réellement saisi l’enjeu des MCM s’ajoute la suppression de « l’annexe B ter » de la SNCF à partir du 1er janvier 1984 (mesure en place depuis 1962). Cette disposition ne permet plus à l’agriculture bretonne de bénéficier de tarifs préférentiels pour le transport de marchandises.

L’importation de porc hollandais sous escorte policière en plein cœur de la crise joue comme un détonateur. Progressivement, les pouvoirs publics prennent en charge le problème des MCM. De longues négociations européennes aboutissent au début de règlement de cette question épineuse au printemps 1984. Parallèlement, par suite d’une réduction provisoire de l’offre sur le marché porcin communautaire, les cours remontent pour se situer à un niveau confortable au cours de l’été 1984…

Le vent vient de l’ouest
Une fois de plus, la mobilisation s’opère de l’ouest vers l’est de la Bretagne. Comme à son habitude, le Finistère est le plus prompt à l’action. La longue tradition syndicale finistérienne explique que de nombreux mouvements musclés démarrent dans ce département. Les actions gagnent ensuite le Morbihan et les Côtes d’Armor, avant de s’étendre au Grand-Ouest. Cette diffusion par ondes n’est pas sans rappeler la grande vague d’agitation légumière de l’été 1961.
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