Découvertes

Les likès sur le chemin de l’école

À Quimper (29), Le Likès a été créé en 1838 pour accueillir les likès, ces petits campagnards auxquels leurs parents voulaient donner de l’instruction. Pendant plus de 100 ans, cette école a dispensé des cours d’agriculture.

Début du XIXe siècle. Les paysans cornouaillais les plus aisés ont pris pour habitude d’envoyer leurs enfants à l’école à Quimper (29). Mieux vaut « avoir de l’instruction », comme on dit à l’époque, pour pouvoir lire les actes notariés et autres documents officiels ; et pourquoi pas, plus tard, pour devenir maire de sa commune comme le sont alors souvent de nombreux paysans notables en quête de pouvoir et surtout de reconnaissance.

Jean-Yves Pondaven, ancien professeur de l’établissement passionné d’histoire, et Dominique Le Guichaoua, responsable de la revue interne de l’école, ont retracé les origines de la ferme du Likès dans le dernier magazine de l’établissement.
Jean-Yves Pondaven, ancien professeur de l’établissement passionné d’histoire, et Dominique Le Guichaoua, responsable de la revue interne de l’école, ont retracé les origines de la ferme du Likès dans le dernier magazine de l’établissement.

Charlemagne, premier frère directeur

« Ces enfants de la campagne sont des kloareks quand ils vont suivre des cours au collège en vue d’un engagement dans le clergé et des likès quand ils vont apprendre le français auprès d’instituteurs privés », explique Jean-Yves Pondaven, ancien professeur au Likès et « historien » de cette grande institution quimpéroise.

Le vitrail représentant Saint-Isidore, patron des agriculteurs a été construit en 1898 pour la grande chapelle. Il est maintenant présent dans le self des élèves depuis la transformation de la chapelle : des nourritures spirituelles aux nourritures terrestres…
Le vitrail représentant Saint-Isidore, patron des agriculteurs a été construit en 1898 pour la grande chapelle. Il est maintenant présent dans le self des élèves depuis la transformation de la chapelle : des nourritures spirituelles aux nourritures terrestres…

Au départ, faute d’école pour les accueillir, les likès doivent se contenter de quelques heures de cours dispensés par des instituteurs avec qui « leurs parents ont presque toujours fait connaissance au cabaret et dont ils n’ont éprouvé la capacité que le verre à la main ». Le reste de la journée les petits campagnards errent dans la ville, ce qui n’est pas pour plaire au baron Boullé, préfet du Finistère. « Le représentant de l’État ne veut plus que le Finistère, situé à l’avant-dernier rang devant la Corrèze, soit un point noir sur la carte de France ».

Ainsi écrit-il au ministre de l’Instruction publique pour lui exposer la triste situation des likès et exprimer son souhait de leur créer une école. L’établissement ouvre en 1838. Pendant 8 ans, la direction est assurée par le clergé diocésain, puis en 1847 le Frère Charlemagne en devient le premier frère directeur.

Tous fils d’agriculteurs

En 1842, l’école compte 160 pensionnaires, tous fils d’agriculteurs. Le baron Boullé voit rapidement l’intérêt pour l’économie finistérienne de donner à ces futurs paysans des cours d’agriculture. Dans ses premières années d’existence, l’établissement est désigné sous le nom « d’École spéciale d’agriculture et de la langue française » ; il n’emprunte le nom usuel « Likès » qu’en 1919.

Avec l’accord des ministres concernés et du Conseil général qui finance la location d’une ferme à Kerfeunteun, le préfet y crée une chaire d’agriculture départementale. Son titulaire est  Clément-François Olive. Originaire de Vitré, cet élève distingué de l’Institution royale agronomique de Grignon n’a que 24 ans quand il est nommé. Personnage haut en couleur, un brin autocratique, il assure sa fonction pendant 43 ans. Il fut le premier et l’unique titulaire de la chaire d’agriculture départementale du Likès.

Une ferme modèle

Dans la salle d’agriculture : le Frère présent, Monsieur Brodeur, est le professeur d'agriculture de 1922 à 1928, un Frère sécularisé et en civil.
Dans la salle d’agriculture : le Frère présent, Monsieur Brodeur, est le professeur d’agriculture de 1922 à 1928, un Frère sécularisé et en civil.

Grâce à la ferme, les élèves peuvent suivre des cours théoriques et pratiques. Toutes les activités de l’élevage, des cultures, du travail du sol, l’horticulture et même la comptabilité sont enseignées aux likès. En 1873, M. de Rosencat, conseiller général de Rosporden fait observer que « la ferme est prospère avec un très beau troupeau de 27 vaches laitières et génisses, type breton ; 2 taureaux Breton-Durham qui donnent de belles espérances. L’installation de la porcherie est achevée et les animaux gras ainsi que les élèves (sic) sont de bonnes races ».

Le tournant de l’entre-deux-guerres

Après la guerre de 1870, Le Likès fait évoluer l’organigramme de ses enseignements. Raoul Olive, fils du professeur décédé, bénéficie du soutien de la Société des agriculteurs de France qui décerne prix et médailles aux meilleurs élèves. Mais la période d’entre-deux-guerres marque un tournant. Les jeunes cultivateurs qui sont revenus du champ de bataille ont découvert un autre monde et d’autres idées. « Beaucoup de jeunes n’ont plus confiance dans l’avenir de leur profession. Il n’est pas rare de voir les meilleurs et les plus capables déserter les champs : on ne veut plus être appelé paysan ».

À partir de 1923, avec l’ouverture du Nivot, Le Likès n’est plus la seule école privée enseignant l’agriculture en Cornouaille. En 1932, la section agricole du Likès ne compte plus qu’une soixantaine d’élèves soit 60 % de l’effectif total. Fermée pendant la guerre et l’occupation allemande, la section agricole va tenter un redémarrage. Elle ferme définitivement en 1953.

La Jac et l’Office Central

Le groupement jaciste existait au Likès depuis le 12 mars 1932. Les élèves de la section agricole sont naturellement adhérents de la Jeune agricole catholique (Jac).

L’enseignement agricole reste sous la tutelle de la Société des Agriculteurs de France qui définit la formation et qui, tous les ans, délègue un certain nombre de professeurs pour présider les examens de la section agricole. Concrètement, c’est l’Office Central de Landerneau qui établit les épreuves d’examen et qui, dans les années 1920, évalue les candidats sous la présidence de M. Jacq, ingénieur agronome, directeur régional des études agricoles.

Pour en savoir + : http://www.likes.org/L-enseignement-agricole-au-Likes

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