Histoire de Bretagne : quand la terre délivre ses secrets

boutavent-vue-aerienne-domaine - Illustration Histoire de Bretagne : quand la terre délivre ses secrets
Situé sur un éperon rocheux naturel, le domaine de Boutavent dévoile petit à petit les ruines d’un château médiéval en pays de Brocéliande.

Mais que cachent ces monticules de terre, dans ce site idyllique, surplombant la forêt de Paimpont, du haut de l’éperon rocheux de Boutavent, lieu-dit de la commune d’Iffendic (35) ? À 500 m d’une route départementale, on y accède à pied, à travers un petit chemin jonché d’ajoncs et de genêts. Si, aujourd’hui, ce site se fait discret et silencieux, il fut un temps où un grand donjon dominant l’étang d’une vingtaine de mètres devait être visible de bien loin. Tout autour, derrière des murailles de schiste pourpre, pierre locale du pays de Brocéliande, toute une cité grouillait de vie sur ce domaine de 6 500 m²…

Un chantier en perpétuel mouvement

Depuis 2011, Montfort Communauté essaie de redonner vie aux vestiges de ce site laissé à l’abandon depuis 600 ans. De rares écrits d’érudits locaux prouvent l’existence d’un château médiéval à cet endroit. Pour le reste, il faut beaucoup d’imagination pour y voir les fondations d’une forteresse recouverte de buttes de terre sous une végétation dense, qui contrastent avec le paysage de landes aux alentours. Mais la terre délivre peu à peu ses secrets. Les enceintes de ce domaine sont mises à jour par des bénévoles passionnés du Centre de recherches archéologiques du pays de Rennes (Cerapar), sous le contrôle attentif du Service régional de l’archéologie (Sar).

Les premiers sondages ont mis en lumière, dans la haute cour du château, l’existence d’un donjon circulaire de 27 mètres de diamètre dont les murs ont une épaisseur de 2 mètres : la résidence du seigneur de Gaël Montfort et de sa cour. Un fossé le sépare de la deuxième enceinte, la basse-cour, cœur économique du château.

Découverte récente de l’entrée du château

La dernière fouille a permis de mettre à jour des bases de la tour-porte, l’entrée principale du château. Dans le mur de courtine nord-est, trois ouvertures à ébrasement laissent présager l’existence de meurtrières et une possible poterne. À l’opposé de ce mur, les fondations d’une tour de  flanquement, ayant fonction de défense, ont également été découvertes. Elles ont également permis de déterminer le positionnement de la tour-porte de l’entrée du château. Mais de ces murs, seul subsiste le moellon intérieur, les grosses pierres de parement ayant sûrement servi de carrière de pierres pour bâtir les fermes des alentours après l’abandon du château au XVIe siècle. Le mobilier découvert permet de confirmer l’hypothèse d’une occupation à la fin du XIIe siècle.

[caption id=”attachment_24788″ align=”alignright” width=”237″]Hypothèse de plan du château de Boutavent. Hypothèse de plan du château de Boutavent.[/caption]

Le déclin mystérieux

Ces découvertes sont désormais consolidées avec des techniques ancestrales afin de laisser une trace aux futures générations. Elles permettent également d’élaborer petit à petit des hypothèses de reconstitution du château. Mais de nombreuses questions se posent toujours, notamment sur l’histoire de cette forteresse médiévale. Pourquoi a-t-elle été détruite ? Sa construction a-t-elle été achevée ? Seules des fouilles approfondies pourraient donner quelques réponses… Pour l’instant, Montfort Communauté se concentre sur la mise au jour des vestiges, leur étude et leur préservation, une première étape qui demande déjà beaucoup de temps…

Un nouvel outil pédagogique

Dans les jardins du château, il vient d’être installé un carré de fouilles archéologiques, qui servira de support pédagogique lors des visites scolaires. Tout comme les bénévoles lors des sondages sur le terrain, ils y trouveront à l’aide de truelles et pinceaux des morceaux de tuiles, des ardoises, des pierres, des pavements, des tessons de céramique… Ils devront les dessiner et les répertorier, comme tout archéologue recense chaque pierre d’un chantier.

Sur les pas des seigneurs de Montfort

Tout remonte à la fin du XIIe siècle, quand le château de Montfort est incendié et ruiné par Alain de Dinan, alors allié des Anglais. Des écrits rapportent que le seigneur de Gaël Montfort, qui possède de nombreuses résidences, établit alors son fief à Boutavent. Deux siècles plus tard, le château est abandonné, les causes ne sont pas déterminées. A-t-il été détruit par les Anglais durant la guerre de Succession de Bretagne de 1341 à 1364 ou lors de la campagne militaire de 1373 de Bertrand Du Guesclin, tentant d’annexer la Bretagne à la France sous Charles V ?

Toujours est-il qu’à cette période, la famille de Montfort est au fait de sa puissance et est sans doute l’une des plus riches de Haute Bretagne. Vers 1376, les descendants entreprennent de reconstruire la forteresse de Montfort, dont il subsiste toujours la Tour du Papegaut. Ils abandonnent le site de Boutavent, qui leur a servi de refuge pendant près de 200 ans. Rien ne prouve que le château n’ait pas été habité ensuite. Le mystère reste entier.

boutavent-visite

La forteresse se situe en direction de Saint-Péran, depuis Iffendic (D61), après le hameau de Boutavent, à 3 km du domaine de Trémelin. Accès libre toute l’année. Visite guidée pour des groupes de 10 personnes minimum. Contact : Cécile Delarue, médiatrice culturelle de Montfort Communauté au 02 99 09 77 29. 3 € par personne.


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