Côtes d'ArmorPolitique et Syndicalisme

« On ne s’en sortirait sûrement pas mieux sans coopératives »

Cette année, l’assemblée générale de la FDSEA a reçu Henri Brichart de la FNSEA et Michel Prugue de Coop de France comme témoins. Au programme, un débat nourri sur la place et l’avenir de la coopération.

La FDSEA des Côtes d’Armor a tenu sa 73e assemblée générale à Quintin ce lundi 21 mars. Une soirée articulée autour d’une question posée par les responsables du syndicat : « La coopération peut-elle encore apporter de la valeur ajoutée aux producteurs ? » Un sujet finalement bien dans l’air du temps dans un département qui abrite le siège social de la plus grosse coopérative porcine et où, entre autres, l’extrême majorité des producteurs laitiers sont collectés par des laiteries coopératives…

Alors qu’en pleine crise des filières, tous les yeux sont rivés vers l’aval, l’assemblée nombreuse (près de 250 personnes) attendait des réponses. De la base, de nombreuses remarques ou interrogations ont émergé sur la rémunération des administrateurs et présidents, la distance entre la réalité du terrain et le fauteuil de responsable, le manque de présence de certains élus sur leur exploitation, le besoin de renouvellement des conseils d’administration, le nombre de salariés dans les coopératives et le salaire des dirigeants, l’attrait du privé et bien sûr le pouvoir de décision réel des agriculteurs dans des structures qui grossissent, fusionnent, se ramifient, se complexifient sur le plan juridique…

Avoir l’esprit tranquille pour arbitrer

Invités à la tribune à débattre, le producteur de volaille landais Michel Prugue, président Coop de France et de Maïsadour (8 000 adhérents, mar-ques Delpeyrat, Comtesse du Barry, Saint-Sever…) et Henri Brichart, éleveur dans l’Aisne (ateliers laitier, allaitant, ovin et céréalier), 2e vice-président de la FNSEA et siégeant au conseil d’administration de FranceAgriMer. En préambule, ce dernier a rappelé que « l’idée de la coopérative reste de détenir collectivement des outils qui créent de la valeur qui puisse revenir aux agriculteurs.

S’il faut reconnaître que l’activité des coopératives n’est pas un long fleuve tranquille, attention, on ne s’en sortirait sûrement pas mieux sans coop. » Il regrette et même combat « cette remise en question des administrateurs ». Pour lui, ils restent « avant tout » des agriculteurs. Des administrateurs qui doivent être « bien formés » et « avoir le temps nécessaire, la disponibilité » pour jouer pleinement  leur rôle. « Si on arrive au siège après une traite à 11 h pour quitter à 16 h pour la suivante, on n’est pas dans les meilleures conditions… »

Le syndicalisme, dans un esprit constructif, doit s’exprimer dans les coopératives. Henri Brichart (FNSEA)

Se pose, entre autres, la question des indemnités de représentation. Pour Michel Prugue, il ne faut pas les « prendre en valeur absolue » et se poser la question de « qu’est-ce que le responsable a payé sur sa ferme pour se libérer » du temps et l’esprit. Salarié, service de remplacement, mécanisation, organisation des ateliers… « Ailleurs, dans les autres corporations, les gens sont payés pour faire ce travail de représentation. Ils en tirent un revenu. » Sans cela, « l’administrateur n’aura pas la force nécessaire quand il faut rendre des arbitrages, décider avec les cadres des structures. »

Et Henri Brichart, qui a avoué ne pas avoir « d’a priori sur les administrateurs », de rebondir : « Une coop fonctionne sur un principe démocratique. Mais elle ne fonctionne bien que s’il y a un contre-pouvoir. »

« Le syndicalisme dans la coopérative est mortifère »

« Le syndicalisme, dans un esprit constructif, doit donc avoir la capacité à s’exprimer sur la coopération, sur une coopérative. » Michel Prugue n’a pas semblé du même avis. « J’ai vu devoir composer avec différents syndicats et nous avons failli tuer la coopérative. La représentation syndicale dans la coopérative, c’est mortifère… » Il pense plutôt qu’un administrateur et un syndicaliste sont « deux paysans qui peuvent et doivent se parler. » Mais ailleurs… « Comme dans une interprofession. »

Repartir des marchés pour partager la valeur

Sur la transparence, Michel Prugue a martelé que « le débat appartient aux adhérents dans les assemblées de section. Y participer est le premier pouvoir de l’adhérent… » S’il reconnaissait que tout le monde n’y est pas à l’aise pour s’exprimer en public, il a rappelé « la force de la majorité silencieuse quand elle se met en mouvement ». Il a tout de même concédé « qu’on ne donne pas tous les chiffres dans ces assemblées pour permettre de mesurer la performance de l’entreprise. La vraie question à se poser est : le résultat net sur chiffre d’affaires de ma coopérative est-il dans la norme du secteur ? » Dans la salle un producteur de lait  recadre le débat : « On le fait tous, participer aux réunions, aux sections… Mais au final qui décide de la répartition de la valeur ? De la manière d’utiliser les fonds ? »

Henri Brichart poursuit « Dans le secteur laitier, je n’aime pas le terme « contrat d’apport ». L’apport total, ce n’est pas très stimulant : la coopérative prend tout, essaie de valoriser et renvoie ce qu’elle peut.. Non. Quel contrat peut-on passer avec sa coopérative pour la forcer à avoir des objectifs ? » Le Landais concède alors : « Dans ce monde volatil, il va falloir effectivement travailler sur des contrats volume – qualité – prix… Mais avec la Pac, tout le modèle économique agricole a explosé. Dans ce monde nouveau, nous devons repartir des marchés vers l’exploitation pour inventer ces contrats et, en complément, gérer une partie de risque d’une autre manière… »

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