L’étiquetage n’est pas une solution

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Pour Serge Moly, directeur approvisionnement chez Lactalis, l’étiquetage d’origine des produits transformés n’a pas de sens dans un pays qui exporte la moitié de sa production. La cessibilité des contrats dynamise le maillon production.

Serge Moly était invité à l’assemblée générale de l’organisation des producteurs Lactalis Grand Ouest (OPLGO) mardi dernier à Ploërmel. Il s’est exprimé sur les sujets d’actualité devant de nombreux éleveurs : étiquetage, différenciation des produits, organisation des producteurs,  cessibilité des contrats, sans oublier le niveau de prix du lait dans les mois à venir. Sans langue de bois. Il a captivé son auditoire avant de se faire chahuter en fin de séance.

Que pensez-vous du système des OP (organisation de producteurs) ?

Ce n’est pas une assurance tout risque car, au final, c’est toujours la loi de l’offre et de la demande qui s’impose. Si tous les éleveurs français étaient réunis au sein d’une même OP, le prix serait le même. 60 % des 12 500 producteurs de Lactalis sont adhérents d’une des 20 OP livrant à la laiterie. C’est un avantage pour gérer les volumes.

Pourquoi ne mettez-vous pas en avant l’étiquetage d’origine ?

La moitié de la production française est exportée. Pour l’Ouest, la proportion est encore plus importante. Quelle sera la réaction de nos voisins si nous encourageons une politique protectionniste ? Les autres bassins européens produisent aussi du lait de qualité. C’est une fausse bonne idée dans un monde très concurrentiel. Attention au retour de bâton. D’autant plus que dans les faits, la filière française est déjà vertueuse.

Pourquoi ne pas augmenter la valeur ajoutée en différenciant les produits ?

Il faut être lucide. Les AOC ou le bio sont des niches. La montée en gamme se heurte au pouvoir d’achat des consommateurs, qui, en plus, font des arbitrages futiles : choix de téléphones portables, écrans plats, etc., au détriment de l’alimentation. En GMS, ils achètent les produits les moins chers.

Certaines laiteries le font, leurs producteurs ont des prix et des volumes supplémentaires…

Ces entreprises sont des PME situées dans des zones en déprise laitière qui valorisent 100 % de leur production en PGC (produits de grande consommation) sur le marché français. On ne joue pas dans la même cour. Lactalis est un grand groupe qui exporte sur le marché mondial avec un mix-produit très différent.

La cessibilité des contrats n’est-elle pas un achat d’une licence hors de prix ?

Le transfert contractuel est une opportunité pour encadrer le volume global tout en permettant un développement individuel des exploitations. Nous avons enregistré 500 dossiers à 200 000 litres en moyenne. Cela permet une restructuration nécessaire. Nous nous opposons seulement aux transferts lointains pour préserver nos zones de collecte et l’approvisionnement de nos 62 usines. La contractualisation va évoluer dans les prochaines semaines avec, peut-être, un encadrement de sa marchandisation par la loi.

Pourquoi ne pas augmenter le prix d’intervention au niveau européen ?

C’est un leurre, une mauvaise solution. L’augmentation de ce prix d’intervention (210 €/1 000 litres actuellement) équivaudrait à un dopage de la production européenne dans une période de surproduction. C’est une solution de court terme qui est une bombe à retardement. La production a déjà augmenté de 4 % en Europe.

Quel sera le prix dans les prochains mois ?

Le prix beurre-poudre n’augmentera pas tant que la production ne baissera pas. Cette production devrait continuer d’augmenter. Sur les PGC exportés, il n’y a rien de favorable à attendre dans les 6 prochains mois et pour les PGC écoulés en France, la négociation est âpre avec la grande distribution. Rien ne pousse à l’optimisme. Il n’y aurait qu’un facteur positif : une baisse de production.

Pourquoi ne pas mieux payer les producteurs qui s’engagent à baisser la production ?

(Pas de réponse)

Propos recueillis par Bernard Laurent


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