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Affourager en vert sans se mettre dans le rouge

Equilibre entre coût de récolte et coût de distribution

Alternative au pâturage, l’affouragement en vert nécessite un parc matériel spécifique. Sa durée d’utilisation va impacter directement le coût d’investissement et de fonctionnement.

Ensileuse à fléaux, combiné faucheuse frontale ou remorque faucheuse autochargeuse… L’offre de matériel s’est étoffée ces dernières années. « Mais investir dans un équipement pour l’affouragement en vert va générer des charges fixes annuelles (amortissement, frais financiers) auxquelles il faudra ajouter des frais de fonctionnement proportionnels à l’utilisation annuelle (entretien, consommation de fioul, coût de traction) », explique Christian Savary, conseiller machinisme à la Chambre d’agriculture de la Manche. Et d’ajouter : « Pour être le plus précis dans l’approche du coût, il convient d’estimer l’utilisation annuelle de cet investissement. »

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Plus l’investissement est lourd, mieux vaut étudier la polyvalence du matériel pour amortir l’outil sur une plus grande surface et une plus grande utilisation sur l’année.

Polyvalence ou pas ?

Il faut également tenir compte de l’utilisation annexe du matériel : « La remorque faucheuse autochargeuse peut servir à la distribution des fourrages tout comme la faucheuse et l’autochargeuse sont susceptibles d’être valorisées sur d’autres surfaces. » Chaque cas est donc unique et nécessite de faire appel à un budget partiel (voir tableau) qui rapprochera le coût de récolte et de distribution du fourrage face aux gains envisagés par ce changement de pratique. Et à ces charges, il convient d’ajouter le travail d’astreinte quotidien, qui avoisine une heure par jour en moyenne si les parcelles sont relativement proches du lieu de distribution. Mais, « si la récolte/distribution de 25 m3 à proximité peut prendre 30 minutes selon l’équipement, à une distance de 4-5 km, ce temps peut être allongé à 1 h 15. »

La météo fait la pluie et le beau temps

« Ce type de distribution nécessite de surveiller beaucoup la météo », rapporte Christian Savary. Si ce fourrage permet d’avoir peu de perte au champ et pas de refus en stabulation, le chantier de récolte doit être facilité par le choix de la taille de la faucheuse et sa robustesse. « L’ensileuse à fléaux va mieux correspondre à des périodes d’affouragement courtes permettant une récolte en un seul passage, car elle va nécessiter 20 minutes pour remplir 10 m3 alors que 10 minutes suffiront avec une coupe de 2,10 m de large, le plus rapide (5 minutes) restant la barre de coupe avant de 3 m avec la remorque autochargeuse. »

Penser à la robustesse du matériel

Le conseiller insiste sur la robustesse des outils, car le produit vert est relativement lourd, la machine doit donc être adaptée à ce type de fourrage. Car la durée de vie du matériel impactera aussi le coût de récolte. Il faut aussi penser à la puissance de traction adaptée. En cas de terrain en pente, le tracteur doit être assez puissant (140 CV au lieu de 100 CV) pour ne pas patiner et dégrader la prairie par temps pluvieux. Et plus l’investissement est lourd (qui peut varier de 25 000 à 55 000 €), plus il faut étudier sa polyvalence.

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Cas concret pour un élevage de 900 000 L de lait : investissement dans une remorque autochargeuse
avec faucheuse avant de 26 m3 (38 000 €), amortie sur 7 ans. (Source : Chambre d’agriculture de la Manche)

Mise en place d’un réseau breton

« Actuellement, les charges liées à la récolte et au fonctionnement de la distribution de l’affouragement en vert sont élaborées à partir de coûts forfaitaires », explique Gérard Losq, de la Chambre d’agriculture de Bretagne. Or les résultats montrent que les variations sont très importantes d’une exploitation à une autre sur le terrain. Les modalités de calcul doivent être affinées pour établir de nouvelles références. Aussi, un réseau d’une vingtaine d’exploitations laitières bretonnes pratiquant l’affouragement en vert va être mis prochainement en place. Ces structures seront suivies pendant trois années durant lesquelles les frais de fonctionnement de ce type de distribution de fourrage seront observés en détail.

 Carole David


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