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Le « semis direct » au secours du Midwest américain

Un manque d’eau, une forte érosion éolienne. Dans le Midwest américain, les conditions météo  ont entraîné une évolution du système de production. Aujourd’hui, le semis direct s’impose. 

De – 35 °C en hiver à + 35 °C en été. Dans le Centre-Nord des États-Unis, l’aridité, les agriculteurs connaissent. Ils la subissent avec les conséquences que l’on imagine : un cycle de végétation très court synonyme de course contre la montre au moment des semis. Le vent soutenu et régulier, qui dessèche le sol au moment des travaux, a eu raison du traditionnel système blé/jachère (une année de blé de printemps suivie d’une année de jachère pour conserver de l’humidité dans le sol).

Depuis une douzaine d’années, le semis direct dans des sols couverts, permet de limiter l’érosion et de conserver l’humidité (400-500 mm de pluie par an, en moyenne). La diversification des cultures, qui lui est associée, et notamment l’incorporation de légumineuses dans des rotations plus longues, solutionne un autre problème : le manque d’azote. Désormais, grâce à la couverture des sols, les cultures de maïs et de soja sont possibles ; elles gagnent vers l’Ouest des États-Unis. Un tandem performant économiquement, bien plus productif que le système traditionnel, à condition d’associer d’autres cultures dans la rotation.

Augmenter le taux de matière organique

« Nous avons pris conscience que nous devions changer radicalement de système », explique Dwayne Beck, agronome américain, intervenant à Blain (44), lundi dernier, à l’initiative du réseau Base (Biodiversité, agriculture, sol et environnement). « Le travail du sol détruit sa structure, empêche l’infiltration des eaux, abaisse le taux de matière organique et favorise l’érosion et la prolifération des adventices ». Selon lui, les agriculteurs doivent se focaliser sur les principaux éléments qui régissent la vie du sol : l’eau, l’énergie, les minéraux et la biodiversité. « Avec seulement 400 mm de pluie, nous devons conserver l’humidité dans le sol.

Le semis direct, dans des résidus de culture précédente ou dans des couverts permanents répond à cet impératif. Actuellement, dans les fermes qui ne labourent plus depuis plusieurs années, on peut irriguer à hauteur de 50 mm en 10 minutes sans fuite d’eau ». L’essentiel, selon le pionnier du semis direct, est d’augmenter le taux de matière organique dans le sol. « Lorsque l’on passe de 1 % à 3 % de matière organique, la quantité d’eau disponible pour les plantes est multipliée par deux. C’est un levier très important pour augmenter les rendements ».

Capter l’énergie solaire

La couverture du sol par des mélanges de légumineuses et de graminées permet de capter de l’azote de l’air et de produire du carbone. Des essais d’implantation de maïs dans de la luzerne semblent prometteurs, selon Dwayne Beck, qui évoque un autre avantage des couverts permanents. « Nous devons optimiser l’énergie solaire, gratuite, constante et non polluante, en faisant en sorte qu’elle soit captée et transformée par du feuillage ». On l’a compris : Une bonne couche de débris végétaux au sol et une plante qui se déploie au soleil pour, au final, couvrir toute la surface. « C’est l’idéal pour garder un sol humide et frais en période sèche et un peu de chaleur en période intermédiaire ». Et limiter les traitements phytosanitaires…

Rotation 2/2

La rotation doit offrir de la diversité, en termes de suite de cultures mais aussi en termes d’associations de plantes. « Les plantes compagnes du colza offrent un milieu favorable aux auxiliaires, par exemple, tout en couvrant le sol. La diversité permet d’avoir une intensité adéquate ». Entendez par là la quantité idéale de plantes que le biotope peut produire. Pas trop pour ne pas pénaliser les rendements, mais suffisamment car la nature est opportuniste. « Les vides sont comblés par des adventices ; il faut donc trouver le bon équilibre dans la rotation pour produire suffisamment de biomasse choisie ».

L’agronome propose des rotations de type : orge, blé d’hiver, pois, maïs, tournesol, millet et soja ; idéales en théorie, mais qui nécessitent d’avoir les débouchés commerciaux. Il propose aussi des rotations plus simples, mais néanmoins efficaces : deux cultures de blé suivies de deux cultures de maïs puis de deux cultures de soja (rotations 2/2). « L’intervalle de temps avant le retour de la culture permet d’éviter les pathogènes ». Le tout, dans la mesure du possible, sous un paillage continu et en y associant des plantes compagnes et des couverts inter-cultures. Bernard Laurent

L’avis de Thierry Magret et Dominique Luherne, Agriculteurs (56) en semis direct

Nous avons visité la région en juin dernier. Le semis direct y est bien développé et la tendance est au semis sous couvert permanent. Nous avons vu des semis de soja et de maïs (OGM) dans du trèfle Kura, implanté depuis 7 ans avec de très bons rendements. 60 à 70 unités d’azote seraient ainsi récupérées pour la culture. La période de végétation est courte ; les variétés de maïs vont de 75 à 110 jours (de culture).

Des semis de maïs et de soja dans un couvert de trèfle.

Nous avons vu également du soja implanté dans un couvert de radis. Ils ne travaillent que la ligne de semis (strip till), l’inter rang n’est pas touché (semoir à disques). Le fait de travailler le sol sur une petite bande, à l’endroit où sera semée la culture, permet d’accélérer le ressuyage, le réchauffement du sol et la mise en place de l’appareil racinaire. La gestion des intrants (phytosanitaires, carburant, fertilisants) est appréhendée de manière économique, tout comme la main d’œuvre. Un système doit être rentable ! Pas de place à l’idéologie. Ce que l’on a vu nous conforte dans nos choix en matière de semis direct.

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