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Les éleveurs orphelins d’un abattoir de proximité

Le projet de Sérent a été enterré faute d’accord de financement. La fermeture de l’abattoir Gallais de Pontivy accentue le besoin d’un abattoir de proximité dans le Centre-Est 56 .

Le volume de production semblait assuré, les collectivités locales soutenaient le projet et les subventions étaient à la hauteur des espérances. Ne manquait que l’accord des banques pour compléter le financement d’un investissement de l’ordre de 2,4 millions d’euros. Le projet de l’abattoir de Sérent a été abandonné. Dans le même temps, plusieurs abattoirs de proximité ferment leurs portes, comme celui de Pontivy. Mises aux normes trop onéreuses et absence de soutiens politiques. « C’est plus facile de défendre un abattoir comme Gad car beaucoup d’emplois sont concernés sur un seul site. Un outil de proximité embauche peu de salariés mais il fait vivre beaucoup d’agriculteurs dans le secteur, notamment tous ceux qui développent la vente directe de porcs, de bovins ou de moutons », explique Jean-Louis Le Normand, élu à la Chambre d’agriculture.

Les alternatives sont peu nombreuses: les camions itinérants d’abattage ne sont pas adaptés aux gros bovins et l’abattage à la ferme est interdit… « Il est autorisé dans des pays voisins, comme l’Allemagne ou l’Espagne, mais les normes imposées sont aussi rigoureuses qu’en abattoir. Du coup, la rentabilité pour un ou plusieurs éleveurs est difficile à envisager », indique Dominique Loubère, conseillère à la Chambre d’agriculture.  Alors, que faire pour combler le manque d’outil d’abattage-découpe dans le Centre-Est du département ? Jean-Claude Galland, éleveur dans l’Indre et Loire, raconte le combat qu’il a mené, avec d’autres éleveurs, pour la construction d’un tel abattoir dans sa région.

Lobbying

« En 15 ans, 5 abattoirs ont fermé. Et quand un outil est fermé, c’est trop tard. Il faut anticiper ». C’est ce qu’ils ont fait quand le dernier des abattoirs de proximité de la région, celui de Bourgueil, a montré des signes de faiblesse. « Les mises aux normes successives avaient permis de maintenir l’abattoir tant bien que mal. Mais cet outil centenaire était situé en ville ».  Un gros handicap pour développer l’activité. « Nous avions pourtant les volumes et le savoir-faire ». Avec une petite équipe motivée et la volonté de nombreux éleveurs, ils ont entrepris un travail de lobbying auprès des élus et des collectivités et reçu le soutien des Chambres d’agriculture, de commerce et des métiers. « La communauté de communes a mis un terrain à disposition; les collèges et lycées se sont engagés à s’approvisionner sur le site et nous avons eu des soutiens inattendus comme celui du maire de Tours qui y a vu une solution pour gérer certains évènements comme la fête de l’Aïd et les abattages rituels ».

Une construction à neuf a donc été envisagée. « Deux à trois ans ont été nécessaires pour monter le dossier. Nous avons créé une SCIC (société coopérative d’intérêt collectif) qui permet d’intégrer des associations de consommateurs ou des particuliers. Nous avons dépassé nos divergences syndicales entre agriculteurs. Bref, tout le monde a tiré dans le même sens ».  Le projet, qui prévoit une production de 700 tonnes pour équilibrer le coût de fonctionnement, (approvisionnement dans un rayon de 80 kilomètres autour de Bourgueil), avec une partie découpe, revient à 3 millions d’euros, dont quasiment 2 millions de subventions. L’abattoir ouvrira ses portes en janvier 2016.

Nouveau projet en 56

« Continuez à vous battre dans votre département. Un abattoir de proximité permet de répondre à une demande sociétale de plus en plus importante de produits locaux », encourage Jean-Claude Galland. La fermeture de Gallais à Pontivy accentue le besoin. 350 éleveurs supplémentaires s’ajoutent à ceux du secteur de Sérent déjà demandeurs. De nouvelles communautés de communes sont intéressées. De quoi envisager un nouveau projet susceptible de convaincre les financeurs? « On repart à zéro », déplore Dominique Loubère. « Il faut remobiliser et rebâtir un dossier ». Avec, quand même, un peu plus d’arguments et d’expérience. Bernard Laurent

L’avis de Pierre-Yves Le Floch, éleveur à Muzillac

Je vends, en direct, 200 porcs et 120 agneaux par an. Actuellement, ils sont abattus à Vannes, à 25 kilomètres de chez moi.  Beaucoup de questions se posent au sujet de la pérennité de l’abattoir de Vannes. Si cet outil ferme, je serai dans l’obligation d’aller sur l’Ille-et-Vilaine ou le Finistère. Pour moi, la construction d’un abattoir fiable et durable est nécessaire pour avoir l’assurance de pouvoir développer mon activité. La demande existe, les consommateurs sont présents. La vente directe de mes produits permet aussi de consolider l’activité du boucher qui réalise la prestation de découpe.

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