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Le combat contre l’ambroisie est mal embarqué

La plante invasive, aux effets préjudiciables à la santé humaine, colonise les bords de la voie express Vannes-Quimper. L’arrachage des plants est le seul moyen de lutte appliqué.

Il y a deux ans, la DIR (direction interdépartementale des routes de l’Ouest) et la Fredon (fédération régionale de défense contre les nuisibles) invitaient la presse en bordure de la voie express, à hauteur de Lorient. On allait voir ce qu’on allait voir. Six agents en tenue de choc, étaient réquisitionnés pour arracher une dizaine de plants d’ambroisie, dans l’un des premiers espaces colonisés en Bretagne. La méthode d’éradication retenue était (et est toujours) l’arrachage des plants. Nous doutions alors, dans nos colonnes, de l’efficacité de la méthode : l’arrachage manuel aurait dû être complété par un traitement phytosanitaire ou thermique pour être réellement efficace. À la décharge des deux organismes précités, les traitements phytosanitaires sont interdits à proximité d’un fossé. Ce que nous redoutions est arrivé.

L’indésirable a profité des périodes intermédiaires à deux passages pour monter en graines et coloniser d’autres lieux. Elle s’épanouit désormais sur 5 kilomètres, du premier foyer à Quéven jusqu’à Guidel, à la frontière du Finistère (les recherches devraient débuter prochainement au delà de la frontière…). La Fredon défend pourtant la méthode de lutte. L’arrachage, avant la montée en graines, serait préférable aux moyens de traitements chimiques ou thermiques car les autres plantes sont conservées et étouffent les plants d’ambroisie. Il est permis d’en douter : en quelques mois, plus de 500 plants ont déjà été arrachés sur la zone. Un plant, à maturité, produit 3 000 graines par an, qui survivent jusqu’à 40 ans dans le sol. Nul doute que de nouveaux foyers émergeront prochainement en bordure de la voie rapide, avant de coloniser toute la Bretagne (Deux foyers ont été signalés en Ille-et-Vilaine et à Brest, au printemps dernier).

Préjudiciable à la culture du tournesol

L’ambroisie à feuilles d’armoise est une plante envahissante et très allergisante. Elle pose un véritable problème de santé publique, environnemental et agronomique. Elle est dite « très allergisante » puisqu’il suffit de 5 grains de pollen par mètre cube d’air pour que les symptômes apparaissent : pathologies respiratoires (rhinites, trachéites), conjonctivites et parfois urticaires. Elle est présente dans le sud de la France et surtout dans la vallée du Rhône . Dans les Balkans, où la plante est fortement implantée, 30 à 40 % de la population subit des allergies. Au niveau agronomique, elle pose un problème, notamment dans la culture de tournesol (plantes de la même famille) où elle est difficile à combattre.

Un coût de 20 millions d’euros en Rhônes-Alpes, en 2011

La réduction voire l’interdiction, dans certaines situations, de l’utilisation des produits phytosanitaires est une bonne chose. Son interdiction, dans un cas comme celui-ci, paraît étonnante. Une dérogation eût été bienvenue. Comme pour les chardons, que la DIR combat chimiquement dans les endroits peu accessibles. La présence de l’ambroisie coûte cher en termes de santé publique. Les allergies qu’elle provoque ont coûté 20 millions d’euros en 2011, dans la région Rhônes-Alpes où elle est très présente. 200 000 personnes touchées chaque année. De quoi se poser les bonnes questions… Le traitement d’une trentaine de mètres linéaires aurait plus sûrement, en début de colonisation, permis d’éradiquer le foyer (en renouvelant l’opération une ou deux fois après germination des graines déjà dans le sol). Ou comment une mesure de protection de la biodiversité et de la santé humaine peut avoir un effet inverse à celui recherché. L’ambroisie a, naturellement, de sérieux atouts pour coloniser la région. Elle méritait une lutte plus efficace grâce à une adaptation de la loi. Les personnes allergiques et la sécurité sociale paieront la note. La DIR aussi, qui a désormais en charge la surveillance et l’arrachage des plants sur plusieurs kilomètres de voie rapide. Cela ne fait que commencer… Bernard Laurent

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