Découvertes

Des tourneurs au grand tour

Quatre cent six pièces de bois ont été nécessaires pour fabriquer la coupe de 2 m de diamètre conçue par 5 membres de l’Association des passionnés du bois du Finistère. Un pari un peu fou. Juste un peu.

Si la circonférence de la coupe en bois est de 6,33 mètres, quel est son rayon ? À Édern (29), dans le local de menuiserie de Jean-Claude Le Corre, agriculteur en retraite, c’est un peu l’ambiance « Maths sup ». Mais, entre l’odeur de bois, du gâteau breton gavé de beurre qui attend son heure et la bonne humeur qui transpire dans ce hangar de ferme, le π et son indissociable 3,14 sont nettement moins indigestes cuisinés à l’école de la ferme que sur les bancs du primaire. On en rigolerait presque du – mauvais – souvenir de potache quand on apprenait que π est « le rapport de la circonférence d’un cercle à son diamètre ». Une définition à la complication feinte que l’on s’empresse d’oublier pour ne retenir que l’essentiel : π = 3,14.

« Ça cogite, ça cogite »

Cinquante ans plus tard, Jean-Claude Le Corre et ses trois compères du jour, Jean Guyader, Guy Lefèvre et Jean Le Seach n’ont rien oublié de la formule. Et ils s’en servent avec aisance quand il s’agit de modéliser la coupe de 2 m de diamètre qu’ils présenteront à la fête du bois qui se tient le week-end prochain à Landrévarzec (22). « D’ailleurs, ce n’est pas tout à fait 2 m, mais 2,04 m. On en revient à notre fameux π qui fait aussi que la circonférence ne s’établit pas à l’entier 6 mètres, mais 6,33 m », précise Jean Guyader qui a fait les plans de la future œuvre. Mais en tant qu’anciens de l’agriculture pas question pour le groupe de faire une confiance aveugle aux calculs et aux dessins. « Nous avons réalisé une petite maquette au 1/6e pour vérifier que le résultat final était conforme aux souhaits, puis nous avons réalisé un prototype de 1,50 m de diamètre qui a servi d’exercice pour faire la TGP ».  Comprenez la « Très Grande Pièce », le nom de code que donnent ces artisans du bois à leur pièce finale. Si tout le monde procédait ainsi, tous les trains pourraient crier gare sans frotter les quais…

En croisant la formule mathématique et l’acquis pragmatique, les quatre paysans-menuisiers ont abouti à une certitude : il faut 406 trapèzes de bois pour fabriquer la coupe. Et Jean Guyader d’expliquer qu’avec 16 trapèzes pour boucler chaque couche sur la totalité de la circonférence, l’angle des trapèzes sera de 11,25 ° (360 °/16/2). Ça devient compliqué là, non les gars ? « C’est sûr que mener un projet comme celui-ci, on y pense la nuit », avoue Jean-Claude Le Corre. Et les copains d’ajouter : « Ça cogite, ça cogite quand on veut réaliser quelque chose d’harmonieux où les proportions sont respectées ».

Avec un moteur de machine à traire

Si réaliser le prototype a demandé quelque 35 après-midis de travail à l’équipe, la fabrication de l’œuvre finale dévorera encore plus de temps. « Notre objectif était de battre le record du monde de la plus grande coupe en bois, mais nous avons appris qu’il existait un record autrichien avec 4,01 m de diamètre. Pour réaliser cette prouesse, le tourneur, Peter Anders, avait fixé son énorme bol sur le moyeux d’une roue arrière de tracteur ».

Les Finistériens n’utiliseront pas un tracteur, mais un moteur électrique de machine à traire pour faire tourner leur machine aux dimensions un peu spéciales. Une fois encore, ces passionnés du bois ont combiné les astuces pour démultiplier la vitesse de rotation par un jeu de poulies ; l’ensemble étant relié à un variateur de fréquence qui réduit la vitesse de rotation du moteur entre 100 et 180 tours. « L’objectif est d’obtenir une vitesse tangentielle de 4 à 5 m/seconde ». Tangentielle ? « Oui,  la vitesse à laquelle la pièce en construction passe devant la gouge que nous tenons à la main ».

Le bois en fête

La coupe en bois sera achevée à l’occasion de la manifestation « Le bois en fête », organisée samedi 14 et dimanche 15 juin, salle Hermine, à Landrévarzec, par l’Association des passionnés du bois du Finistère
(APB 29).

  • À découvrir : démonstrations de tournage, sculpture, sciage de grumes, chantournage, intarsia.
  • Et encore : tournage ornemental, boule chinoise, finitions colorées, vanniers, lutherie, serre-joint en bois, etc.
  • Entrée gratuite.

De l’épicéa et du palapi

Quelques jours avant d’entreprendre les finitions en public, la coupe en devenir laisse deviner le résultat final. Dégauchies, rabotées, les 38 planches d’épicéa et de palapi (un bois exotique rouge) taillées en trapèzes ont été assemblées par collage et vissage. « Les angles du champ des planchettes ont été écrêtés à la tronçonneuse », indique Guy Lefèvre avant de montrer l’étoile qui orne le fond de la coupe. « Un effet esthétique obtenu par assemblage de trapèzes de différentes essences de bois ».

À présent que la structure a pris forme, place au tour et à la gouge pour réduire cet assemblage à une épaisseur finale de 8 cm, tout en respectant les courbes harmonieuses d’une véritable coupe du monde de football. Et, à défaut de pouvoir décrocher le record du monde de la plus grande coupe en bois, la fabrication de la TGP aura été une TGA : « une très grande aventure » humaine. Et cela vaut bien un record du monde… Didier Le Du

Mots-clés

Peut vous intéresser

Bouton retour en haut de la page
Fermer