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Le drustuilh agence l’espace de vie

Utilisé jusque les années 80 et meuble typique des fermes du Cap Sizun, le drustuilh est un banc, dont le très haut dossier forme une cloison et sépare la pièce commune d’un espace restreint réservé à la cuisine.

La faible luminosité qui entrait par les petites ouvertures des façades sud des maisons paysannes bretonnes se reflétait sur le front des meubles cloutés et reluisants de cire, alignés en enfilade sur le pan opposé de la pièce. Un moyen d’illuminer la pièce de vie mais aussi  de faire étalage de la richesse et l’élégance ou le goût des belles choses de la famille, en surenchérissant les décors gravés sur les meubles par rapport à ceux des voisins. Des dispositions particulières du mobilier permettaient de délimiter les zones de vie de la maisonnée dans cet espace où plusieurs générations vivaient parfois dans une pièce de vie unique. Comme sur le territoire de Beuzec-Cap-Sizun où l’œil du visiteur est immédiatement attiré par un meuble-coffre, dénommé drustuilh, mis en valeur par sa position près de la plus grande fenêtre, là où l’étranger va être invité à s’asseoir. Ce meuble, apparu au XVIIIe siècle et utilisé jusqu’au début du XXe siècle, a été fabriqué jusque dans les années 1930.

Un meuble spécifique au coin repas

Ce banc-cloison ou simple cloison de bois délimite dans la pièce de vie le côté réception d’un côté plus intime, le plus souvent réservé à la cuisine, occultant aux visiteurs le bazar de la vie quotidienne, près du foyer de la maison. Il est placé en face du gwele kloz an daol, le lit clos réservé aux parents, équipé lui aussi d’un banc-coffre, de l’autre côté de la maie ou du coffre faisant office de table. Toujours élaboré de deux montants de trois éléments, certains drustuilhs sont également équipés de deux portes-armoirettes. « L’une est factice. L’autre s’ouvre sur un placard de dimensions réduites, au-dessus de la place du patron ou du chef de famille, en bout de table. Il y rangeait sa blague à tabac et la bouteille d’eau de vie ou de rhum, remède universel », retrace Marie-Paule Nevière, présidente de l’association du Musée du Marquisat, à Pont-Croix (29). On y trouvait aussi la vie des saints (Buez ar zent), dont la lecture était faite tous les soirs par le père de famille avant le coucher. Entre ces deux portes, l’ornementation est plus ou moins travaillée, avec des motifs géométriques, des rosaces ou des motifs végétaux.

Vers 1810, une niche réservée à la statue de la Vierge ou de sainte Anne est apparue au centre du meuble, servant aussi d’autel familial que l’on pouvait fleurir, apportant bénédiction et protection à la maison et à la famille. Peu d’écrits parlent de ce meuble. « On pense que le mot drustuilh provient de “tilenn”, désignant la cloison  que l’on montait dans les fermes pour séparer la balle d’avoine du grain à la moisson et de “dreuz”, pour désigner cette cloison mise en travers de la maison », explique la présidente. Il ressemble néanmoins à son voisin bigouden, l’arbel ar bank, présentant un dossier moins haut, sur lequel est fixée une armoire.

Son utilité disparaît entre les deux guerres

Derrière cette cloison, le coin cuisine est desservi en lumière par une petite fenêtre, sous laquelle une auge en pierre recueille l’eau du puits. Le banc de vaisselle est en général en granit, dans les fermes les plus riches, en face duquel, sur le pignon de la maison,  une étagère permet de préparer le repas. À proximité, la cheminée est équipée de trépieds supportant le billig et de chaudrons suspendus à la crémaillère. Une lampe à huile, lutic, permet d’éclairer cet espace durant les cuissons. Dans les années 30 et 40, la modification des décors, dans les ti nevez ou maisons neuves, à la recherche d’un plus grand confort, a cloisonné les espaces de vie, restreignant  ainsi la fonction des lits clos et drusthuils à celle de boiseries décoratives dans les maisons, quand ils n’ont pas fini au feu… Le formica a alors pris toute sa place. Carole David

En savoir plus

  • Le musée du Marquisat, à Pont-Croix (29). Ouvert du mercredi au vendredi, de 10 h à 12 h et de 14 h à 18 h, le samedi, de 14 h à 18 h et le dimanche de 10 h à 12 h et de 15 h 30 à 18 h 30.
  • Tél : 02 98 70 51 86.
  • Architecture rurale en Bretagne, 50 ans d’inventaire du patrimoine, éditions Lieux-dits.
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