Découvertes

L’ancien fort abrite les Verreries de Bréhat

Yves Neumager a un parcours atypique. Ce kiné de formation après avoir exercé son métier pendant plusieurs années a ensuite ouvert une discothèque. Aujourd’hui propriétaire d’un atelier de verrerie sur l’île de Bréhat, ses créations se vendent dans le monde entier.

Yves Neumager est un homme de défis. Ce kiné de formation arrête son activité en 1977 pour se lancer dans le projet un peu fou de création d’une discothèque : « Je n’avais mis les pieds que trois fois dans ce genre d’établissements. » L’entrepreneur avoue : « Ce qui me plaît c’est avant tout de créer, mais moins d’exploiter au bout d’un certain temps. » Ce qui le pousse à vendre son affaire en 1996 afin de se lancer un nouveau challenge. Entre-temps, il s’est acheté une résidence secondaire sur l’île de Bréhat, appelée aussi l’île aux fleurs, pour pouvoir se ressourcer et fuir l’agitation de son quotidien. Il tombe littéralement amoureux de ce lieu avec ses magnifiques maisons en pierre, la mer bleu turquoise, les jardins aux fleurs colorées et à la végétation luxuriante. C’est le déclic. L’homme décide de chercher un moyen de créer son activité sur Bréhat. « J’ai voulu faire quelque chose pour le tourisme et compatible avec une rentabilité sur l’île. »

Les verriers investissent le fort

Le lieu est tout trouvé, ce sera dans l’ancien fort de l’île baptisé « Citadelle » qu’il établira ses quartiers. Le bâtiment, construit en 1863, est constitué d’une cour centrale, entourée de pièces à usages divers (casernement, prison, logement…), ce qui en fait un endroit très original. N’aimant pas faire comme les autres, Yves s’interroge : « Quelle activité artisanale est compatible avec un développement sur l’île et qui, en même temps, est peu répandue en Bretagne ? » Le travail du verre intéresse particulièrement l’entrepreneur. Il imagine déjà la mise en avant dans la Citadelle du savoir-faire des verriers qui est assez spectaculaire lorsque la matière est en fusion. Après de longs travaux, et de nombreuses anecdotes, les Verreries de Bréhat ouvrent leurs portes au public en 1998. Yves Neumager est confronté à un problème. « Sur Bréhat, il n’y a pas de gaz pour alimenter les fours et chauffer le verre à 1 300 °. Il a fallu trouver une solution alternative. C’est aux Etats-Unis que j’ai trouvé des fours électriques compatibles avec notre activité. » Aujourd’hui les verriers apprécient ces fours qui ne font aucun bruit à l’inverse de ceux alimentés au gaz. De plus les pièces qui en sortent sont de très bonne qualité car il n’y a pas dépôt de gaz brûlé sur la surface du verre.

Les boules d’escalier font décoller l’activité

L’embauche de cinq artisans verriers au moment de l’ouverture des Verreries de Bréhat a fait naître les premières créations. Parmi celles-ci, les visiteurs trouvent des animaux en verre, des presse-papiers, des verres à boire, des lampes… Mais l’activité peine à décoller et le gérant se demande comment il peut rebondir et se diversifier. « L’idée m’est venue suite à une conjonction de faits curieux : en 2 mois, 3 personnes m’ont demandé de faire des boules d’escalier en verre. Je me suis dit qu’il y avait quelque chose à faire car ce produit était inexploité par les verriers. » La compétence et la persévérance des verriers a permis de mettre au point ce produit atypique. Au fur et à mesure du temps, ils ont trouvé des techniques pour optimiser les coûts de fabrication. « Sur ce marché de niche, nous sommes devenus de plus en plus compétents et créatifs, et nos produits sont aujourd’hui très demandés. Afin de créer cette gamme de quincaillerie décorative de luxe nous avons créé des boutons de meuble ou de porte, des robinets, des extrémités de tringles à rideaux… » Yves Neumager est allé ensuite présenter ses créations à des architectes d’intérieur, décorateurs et designers qui travaillent dans le secteur du luxe.

Bréhat séduit le monde du luxe

Les oeuvres originales et uniques des Verreries de Bréhat ont séduit ces architectes d’intérieur qui suggèrent alors au gérant de lancer la création de modèles associant l’or et l’argent au verre. « Nous avons obtenu des marchés que je n’imaginais pas au début. Notre premier gros marché a été de fournir des boutons de porte pour le Grand-Hôtel à Saint-Jean-Cap-Ferrat. » Depuis les commandes s’enchaînent en France, à l’étranger et la liste des grands palaces déjà clients s’allonge : George V, Plaza Athénée, Spa Dior du Plaza, Shangri-La, Prince de Galles, Bristol, Sofitel Arc de Triomphe, Hôtel de Paris à Monaco, Sacher à Vienne, Four Seasons à Beyrouth, Dafna Palace à Doha… Les boutiques Dior Couture du monde entier font appel aux verriers de Bréhat pour fabriquer les grandes poignées de porte, appelées aussi « bâtons de Maréchal », qui ornent les portes d’entrée des magasins.

En 2006, les Verreries de Bréhat ont obtenu le prestigieux label « Entreprise du Patrimoine Vivant » attribué par l’Etat français en reconnaissance d’un savoir-faire rare et renommé. Dernièrement les verriers ont réalisé un lustre artistique monumental de 400 kg, de 2,5 m d’envergure, décoré de 338 pièces de verre animées et éclairées individuellement par Led. Une demande de création d’un lustre de 6 à 12 m de haut est arrivée ces derniers jours sur le bureau du gérant. En 16 ans d’existence, les verreries de Bréhat se sont créées une vraie signature en France et à l’international. « Le fait d’être à Bréhat raconte une belle histoire aux gens et ils s’interrogent. On n’aurait jamais eu la même réussite si on s’était implanté dans la zone industrielle d’une grande ville. » Aujourd’hui, Yves Neumager, à bientôt 70 ans, est content d’avoir créé une activité qui dure et qui soit reconnue dans le temps. Il déclare : « Je suis fier de voir mon fils s’y impliquer, apporter sa part de créativité et prendre ma suite petit à petit avec son identité, ses idées et ses compétences. » Nicolas Goualan

En savoir plus :

Les Verreries de Bréhat
Tel : 02 96 20 09 09
Site : www.verreriesdebrehat.com
Mail : info@verreriesdebrehat.com

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