Energies et environnementProductions Agricoles

De la fertilisation à la teneur en protéines

Lors de l’assemblée générale de la section céréales de Triskalia, à Josselin (56), il a été évoqué les moyens agronomiques à mettre en œuvre pour enrayer la dégradation du taux de protéines des blés tendres constatée depuis quelques années.

En quoi un plan national d’amélioration du taux de protéines concerne la production de blé tendre bretonne ?  Ce programme vise à corriger une dérive qualitative de la production française, pour laquelle 1 tonne produite sur 2 est exportée. En effet, depuis 2005, le blé tendre voit sa teneur en protéines diminuer, alors que les productions concurrentes – russes et ukrainiennes –voient leur qualité s’améliorer. Une tendance confirmée cette année, avec une moyenne française à 11,2 % (10,5 % en Bretagne) alors que le marché attend plutôt un seuil minimum de 11, limite fixée par la plupart des cahiers des charges pour l’exportation.

Mais en Bretagne, région déficitaire en céréales, la quasi totalité de la production est destinée à l’alimentation animale et la préoccupation majeure reste la sécurité d’avoir des blés sains, tout particulièrement au niveau des mycotoxines. Et certaines années, l’export reste difficile d’accès sur d’autres critères comme le poids spécifique ou le taux d’humidité… « C’est pourtant une sécurité nécessaire pour assurer les débouchés en alimentation animale et éviter que le blé export ne vienne concurrencer la production bretonne », assure Philippe André, président de la section Céréales à Triskalia.

Un impact climat non maîtrisable

La concentration en azote dans les grains est variable d’un terroir à l’autre. Les taux de protéines les plus élevés se trouvent plutôt dans des sols séchants ou dans des zones climatiques avec des fréquences d’échaudage importantes en fin de cycle. « Mais 2013 restera une année atypique pour ce faible taux de protéines », explique Eric Quemener, animateur du marché Céréales à Triskalia. « Les données les plus basses sont situées dans le Sud-Est de la Bretagne, contre les meilleures dans le Nord-Est, en lien direct avec les conditions météorologiques qui ont influencé la valorisation de l’azote ». Si ce facteur météorologique n’est pas maîtrisable, il reste des leviers agronomiques à activer.

Nouvelle orientation pour la sélection

Le gain de productivité des nouvelles variétés obtenues ces dernières années a entraîné un effet dilution au niveau des protéines. « Pour une même productivité, on observe une variation de 1 à 1,2 point en teneur en protéines », explique Thierry Rouxel, responsable de la station de production de semences Triskalia à Lamballe (22). Un fait qui va sûrement orienter les stratégies dans le secteur des semences. « Il faudra demain se positionner sur ces variétés présentant les meilleures teneurs en protéines, à même rendement et avec la même fertilisation », analyse Eric Masson, ingénieur régional Arvalis. Au niveau de l’inscription des variétés (CTPS), l’institut technique souhaite maintenant faire évoluer le portefeuille des variétés vers une génétique plus efficiente vis-à-vis de l’azote. Le cycle de sélection d’une nouvelle variété étant de l’ordre de 8 à 10 ans pour le blé, les résultats seront visibles d’ici quelques années.

Une gestion optimisée de la fertilisation azotée

Plus on met de l’azote, plus on fait du rendement… mais aussi de la protéine. La donnée « azote » est essentielle. Avoir le droit d’apporter de l’azote, c’est donc aussi avoir le droit d’accéder aux marchés… « Une baisse d’azote de 40 kg/ha entraîne une perte de rendement de 4 quintaux mais seulement de 0,8 point sur les protéines », indique Eric Masson. C’est de loin le premier facteur qui permettra d’atteindre le niveau de protéines recherché. Dès cette campagne, l’évolution de la directive nitrate permettra d’ajuster de manière plus précise la fertilisation si la plante l’exige, et ceci en justifiant ses pratiques par des outils d’aide à la décision (avec les méthodes Jubil, Hydro N-tester, Farmstar…). Une avancée non négligeable. Par contre, il sera aussi important de justifier d’un référentiel de rendement sur chaque exploitation pour échapper au calcul imposé sur les 71 qx  pour la région dans le plan de fumure prévisionnel. Et dans les années à venir, le développement de nouveaux outils de pilotage laisse présager une régulation de l’azote de manière plus précise au niveau de chaque parcelle.

Meilleure valorisation en fractionnant les apports d’azote

Ce problème de qualité des blés s’explique souvent par des apports d’azote trop précoces par rapport aux stades des cultures, des doses élevées apportées avant le stade épi 1 cm et par une moins bonne maîtrise de la dose du dernier apport. D’une manière générale, les pratiques qui génèrent un excès de tiges conduisent à une mauvaise efficience de l’azote et de sa transformation en protéines. Il faut donc éviter les sur-semis. La bande à double densité est un bon indicateur pour déclencher le premier apport d’azote. Mais c’est sur la fin de montaison que les besoins de la plante sont les plus forts. Le fractionnement des apports doit donc privilégier le report de l’azote du début de cycle vers le stade début de montaison, avec un dernier apport si besoin à gonflement, où l’efficience de l’azote est meilleure vis à vis de l’enrichissement en grain.

Dans la poursuite d’une meilleure valorisation de l’azote, d’autres critères de base sont à rappeler. L’épandage se planifie dans une plage calendaire où 15 mm de pluies cumulés sont attendus dans les 15 jours. De plus, il faut limiter les pertes par volatilisation. L’incorporation superficielle au sol, rapidement après l’épandage, limite les pertes d’azote ammoniacal. « On estime à 30% les pertes d’un lisier de porc épandu au sol contre 6 % s’il est enfoui dans les cinq heures qui suivent l’épandage », rappelle Eric Masson. Carole David

L’avis de Philippe André, Président section Céréales Triskalia

A Triskalia, 3 % du tonnage collecté part à l’exportation. Ces données relativisent tous les discours que l’on peut entendre sur le plan protéine. Pourtant, dans un contexte où les débouchés pour les céréales diminuent avec une baisse de la consommation animale par la restructuration des élevages, ce nouvel accord national pourrait donner à terme l’avantage au blé étranger. La production bretonne doit pouvoir maintenir son accès à ce débouché. De plus, quand les sources azotés sont chères, la richesse en protéine des céréales conforte une plus-value à notre production bretonne pour la filière alimentation animale.

Mots-clés

Peut vous intéresser

Bouton retour en haut de la page
Fermer