Élevage

Pas plus de production avec le fractionnement

Les animaux modifient finalement peu leur comportement alimentaire avec la multiplication des distributions de rations mélangées.

Huit, dix, voire douze distributions par jour. Avec l’arrivée des nouvelles technologies dans les étables, la multiplication quotidienne des distributions de rations mélangées n’est plus un problème. Réel intérêt technico-économique ou simple argument commercial ?

Un essai à La Jaillère

Un essai conduit, début 2013 pendant 6 semaines, à la station expérimentale de La Jaillère (44), a comparé trois pratiques sur des lots de 16 vaches avec une ration classique à base d’ensilage de maïs et d’enrubannage d’herbe : une conduite classique avec un apport de la ration une fois par jour et deux repousses manuelles (1D) ;  trois distributions par jour (3 D) ; huit distributions par jour (8 D).
Les vaches étaient en phase descendante de lactation (16e semaine de lactation en moyenne). Les lots tenaient compte des rangs de lactation, de la production laitière, du taux butyreux et protéique, ainsi que du poids vif. Les vaches ont suivi une période de 2 semaines de pré-expérimentation pour les « mettre en condition ».

Les ingestions des lots « un repas par jour » (1 D) et « 3 repas par jour » (3 D) ont été conformes à celles attendues, avec 19,2 kg de MS ingérée en moyenne sur 6 semaines. Les ingestions du lot 8 D (8 repas par jour) ont été légèrement supérieures aux deux autres lots, avec 19,8 kg MS ingérée. « Ces niveaux d’ingestion relativement faibles s’expliquent notamment par la forte proportion de primipares », font remarquer les responsables de l’étude d’Arvalis et de l’Institut de l’élevage.

Production laitière équivalente

Les performances laitières corrigées aboutissent à une production laitière équivalente pour les 3 lots (24 kg de lait). « L’analyse statistique n’a pas révélé de différence significative ni sur les taux, ni pour le TB, ni pour le TP », font remarquer les ingénieurs de recherche. Et d’ajouter : « Aucune différence significative n’est observée entre les traitements sur la reprise de poids. Les efficacités laitières observées pour les lots 1D, 3D et 8D sont respectivement de 1,31, 1,29 et 1,25 (kg de lait à 40 de MG par kg MS). » Cet essai montre donc que l’augmentation du nombre d’apports alimentaires n’a pas significativement influencé les performances de production laitière.

Ces résultats sont en accord avec des essais précédents conduits en 1985, 1998 et 2006. « La légère augmentation de l’ingestion observée pour le lot 8 D pourrait s’expliquer par le passage régulier du robot distributeur qui stimule les animaux à revenir à l’auge lors des distributions de ration fraîche », résument Arvalis et l’Institut de l’élevage. « Les observations  de comportement menées en parallèle et l’observation des refus à l’auge au cours de la journée montrent cependant que cet effet est limité ; les animaux modifieraient peu leur comportement alimentaire(1) »

Une buvette à tous les « coins de rue »

Même chose pour l’abreuvement. En traite robotisée, certains circuits prévoient d’inciter les vaches à venir se faire traire en passant par la case « buvette ». Or, une étude montre que l’accès totalement libre aux abreuvoirs dans l’aire de couchage ne perturbe pas la fréquence de traite. « Au contraire, cette pratique favorise la consommation en eau des vaches et augmente leur production laitière par rapport à une accessibilité des abreuvoirs limitée exclusivement à l’aire d’alimentation ».

D’abord une place par vache

L’incidence de cette pratique sur l’ingestion pourrait être différente dans des situations de concurrence à l’auge. A la Jaillère, chaque vache avait une place au cornadis : la base pour favoriser la consommation. Au-delà de l’effet sur l’ingestion quotidienne et la production laitière, l’automatisation de la préparation et de la distribution des rations a cependant d’autres atouts. Elle permet d’adapter plus facilement la ration aux différents lots en fonction des objectifs de production ; elle permet de soulager la pénibilité du travail et de diminuer le temps consacré à la distribution. Autant d’aspects à prendre en compte dans l’approche économique qui accompagne tout investissement.

(1) Faucet et al, 2013

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