« Prairies, fourrages annuels et dérobées, la diversité des fourrages va apporter de la robustesse aux systèmes d’élevage face aux aléas », a précisé Jean-Marc Seuret de l’Équipe Herbivores de la Chambre d’agriculture de Bretagne lors d’un atelier Expert proposé sur l’Espace pour demain au Space.
« Alors que le RGA stoppe sa pousse à 22-23 °C, les prairies multi-espèces peuvent mieux résister à la chaleur, contenant par exemple de la fétuque élevée ou du dactyle, du trèfle violet ou hybride, de la chicorée ou du plantain disposant de racines à pivot… » Le conseiller précise qu’il a été quantifié que les mélanges (2 à 3 graminées + 2 à 3 légumineuses) permettent « d’améliorer le rendement de 30 % en conditions pédoclimatiques difficiles ».
La luzerne, de la production avec des précautions
Résistante à la sécheresse et aux fortes températures, la luzerne peut être implantée sur sols sains et profonds, offrant régulièrement des rendements autour de 12 t MS/ha et 21 % de MAT. En pur, elle pourra être semée à 20-25 kg/ha. Cette quantité sera abaissée à 15-20 kg/ha en mélange avec du dactyle (2-4 kg/ha), pour du pâturage par exemple. Avec de la fétuque élevée (15 kg/ha), mettre 15 kg/ha de luzerne.
Adapter les espèces
Les méteils fourragers deviennent aussi une stratégie intéressante pour faire du stock avant l’été quand ils sont récoltés au stade laiteux-pâteux des céréales, entre mi-mai et fin juin (6 à 10 t MS/ha). « Récoltés plus tôt, au stade début épiaison de la céréale et/ou floraison du pois, ils sont plus riches en MAT mais le rendement est moindre, de 4 à 8 t MS/ha. »
Des dérobées sur l’été
Les dérobées estivales, implantées mi-mai après prairie ou méteil, sont une solution pour assurer une production sur l’été. « Les différents essais réalisés pendant 3 ans en Bretagne ont permis une production moyenne de 4,3 t MS/ha en 100 jours, proche de 1 en UFL/kg MS et de 22 % de MAT. » « L’avoine, le colza et le RGI permettent de mieux contenir la levée des adventices par rapport à des espèces à développement plus lent comme la chicorée ou le Teff grass qui, en revanche, produisent bien en conditions séchantes et sur une 2e récolte. » Le trèfle d’Alexandrie s’adapte à tout mélange mais reste sensible aux fortes chaleurs. Le RGI est pénalisé lors des faibles précipitations et des fortes températures.
Agnès Cussonneau
Bilan fourrager et stock de sécurité
« Des bilans fourragers réguliers permettent d’activer les leviers le plus tôt possible », préconise Jean-Marc Seuret. La notion de stock de sécurité est aussi « à repenser avec l’accélération du changement climatique », en trouvant « un équilibre entre coûts et risques ». « On peut prévoir entre 800 et 1 000 kg MS/UGB de stocks de sécurité, soit 15 à 20 % de plus par rapport aux besoins du troupeau. » L’agroforesterie ou le semis de prairie sous couvert de méteil peuvent aussi être des réponses.

