Diversifier pour mieux résister

Herbe plus précoce au printemps, sécheresse estivale plus fréquente, rendement de plus en plus variable en maïs… Repenser la gestion des fourrages, les diversifier, devient essentiel.

Un champ de méteil en mai avec de l'avoine triticale, des pois et de la féverole - Illustration Diversifier pour mieux résister
Récoltés entre mi-mai et fin juin, les méteils permettent d'assurer du stock avant l'été. | © Paysan Breton

« Prairies, fourrages annuels et dérobées, la diversité des fourrages va apporter de la robustesse aux systèmes d’élevage face aux aléas », a précisé Jean-Marc Seuret de l’Équipe Herbivores de la Chambre d’agriculture de Bretagne lors d’un atelier Expert proposé sur l’Espace pour demain au Space.

« Alors que le RGA stoppe sa pousse à 22-23 °C, les prairies multi-espèces peuvent mieux résister à la chaleur, contenant par exemple de la fétuque élevée ou du dactyle, du trèfle violet ou hybride, de la chicorée ou du plantain disposant de racines à pivot… » Le conseiller précise qu’il a été quantifié que les mélanges (2 à 3 graminées + 2 à 3 légumineuses) permettent « d’améliorer le rendement de 30 % en conditions pédoclimatiques difficiles ».

La luzerne, de la production avec des précautions

Résistante à la sécheresse et aux fortes températures, la luzerne peut être implantée sur sols sains et profonds, offrant régulièrement des rendements autour de 12 t MS/ha et 21 % de MAT. En pur, elle pourra être semée à 20-25 kg/ha. Cette quantité sera abaissée à 15-20 kg/ha en mélange avec du dactyle (2-4 kg/ha), pour du pâturage par exemple. Avec de la fétuque élevée (15 kg/ha), mettre 15 kg/ha de luzerne.

Adapter les espèces

Les méteils fourragers deviennent aussi une stratégie intéressante pour faire du stock avant l’été quand ils sont récoltés au stade laiteux-pâteux des céréales, entre mi-mai et fin juin (6 à 10 t MS/ha). « Récoltés plus tôt, au stade début épiaison de la céréale et/ou floraison du pois, ils sont plus riches en MAT mais le rendement est moindre, de 4 à 8 t MS/ha. »

Des dérobées sur l’été

Les dérobées estivales, implantées mi-mai après prairie ou méteil, sont une solution pour assurer une production sur l’été. « Les différents essais réalisés pendant 3 ans en Bretagne ont permis une production moyenne de 4,3 t MS/ha en 100 jours, proche de 1 en UFL/kg MS et de 22 % de MAT. » « L’avoine, le colza et le RGI permettent de mieux contenir la levée des adventices par rapport à des espèces à développement plus lent comme la chicorée ou le Teff grass qui, en revanche, produisent bien en conditions séchantes et sur une 2e récolte. » Le trèfle d’Alexandrie s’adapte à tout mélange mais reste sensible aux fortes chaleurs. Le RGI est pénalisé lors des faibles précipitations et des fortes températures.

Agnès Cussonneau

Bilan fourrager et stock de sécurité

« Des bilans fourragers réguliers permettent d’activer les leviers le plus tôt possible », préconise Jean-Marc Seuret. La notion de stock de sécurité est aussi « à repenser avec l’accélération du changement climatique », en trouvant « un équilibre entre coûts et risques ». « On peut prévoir entre 800 et 1 000 kg MS/UGB de stocks de sécurité, soit 15 à 20 % de plus par rapport aux besoins du troupeau. » L’agroforesterie ou le semis de prairie sous couvert de méteil peuvent aussi être des réponses.


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