Moins d’Europe, plus de liberté. À l’approche de la présidentielle, la promesse trouve un écho chez des agriculteurs excédés de remplir des dossiers pour justifier leurs pratiques. À force de se sentir dépossédés de leur métier, certains voient dans une prise de distance avec l’Union, ou du moins dans une réduction de la contribution française à son budget, le moyen de redevenir maîtres chez eux. Cette lassitude mérite certes d’être entendue.
En 2016, les partisans du Brexit promettaient, eux aussi, de reprendre le contrôle. Dix ans après le référendum, les agriculteurs britanniques font les comptes. Dans la presse agricole d’outre-Manche, des éleveurs jugent les compensations insuffisantes et les nouvelles règles trop complexes. En Angleterre, les aides directes s’effacent au profit de dispositifs environnementaux. Avec leurs conditions, leurs dossiers, leurs contrôles. Bruxelles s’est éloignée. La paperasse est restée, les contraintes aussi.
Bruxelles s’est éloignée. La paperasse est restée
Ce détour anglais nous parle. Le Royaume-Uni a quitté l’Union ; ses agriculteurs n’ont quitté ni les tracas administratifs ni la dépendance aux décisions publiques. Sortir du cadre commun déplace la question sans la régler. Une fois Bruxelles écartée, il reste un gouvernement pour décider de ce que l’agriculture mérite. Et des moyens qu’il entend lui consacrer.
Qui garantit qu’un budget voté à Paris protégerait mieux le revenu agricole ? Et que chaque euro économisé sur la contribution européenne reviendrait aux fermes ? Voilà bien la chimère. Dans un pays qui peine à boucler ses comptes, il faudrait, à chaque vote du budget, disputer ces crédits à la santé, à la défense ou à l’éducation. Avant de sauter la clôture, mieux vaut s’assurer qu’il y a de l’herbe de l’autre côté…
