« Pour attirer les gens dans les métiers du porc, il faut d’abord leur faire découvrir ces métiers. » Cette phrase résume à elle seule le message des différents intervenants de la table ronde organisée par la Chambre d’agriculture des Pays de la Loire, lors des journées Innov’action. « Dans les bac pro, les formations liées au porc ont tendance à disparaître au profit du bovin », déplore Odile Saudrais, éleveuse mayennaise et élue au CRP ligérien.
Céder, ça se prépare
« Quelqu’un qui est intéressé par le porc doit donc d’abord passer par le bovin. Résultat : même en bac pro, il y a des a priori sur notre métier. » Pour faire découvrir l’élevage porcin, elle accueille ainsi chaque année trois ou quatre classes sur son exploitation. Jean-François Osmond est éleveur de porcs dans la Manche, au cœur d’un secteur très laitier. L’agriculteur met lui aussi un point d’honneur à accueillir un ou deux stagiaires par an dans le but de faire connaître son métier. « On trouve parfois des pépites », affirme-t-il.
Attirer la main-d’œuvre
Travailler en élevage porcin peut présenter des avantages comparables à ceux d’autres secteurs d’activité. « Notre métier est extrêmement varié et aussi très organisé », souligne Jean-François Osmond. « Le fait de planifier les tâches à l’avance facilite l’organisation du travail et l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. » Pour Jean-Luc Fourmond, directeur de la filière porc d’Agrial, les nouveaux venus ne seront d’ailleurs plus forcément issus du monde agricole. « Les filles et les fils d’éleveurs n’ont plus systématiquement la vocation de reprendre la ferme », précise-t-il. « Nous serons obligés d’aller chercher des jeunes dans d’autres métiers. »
Fidéliser
« Mes quatre salariés, qui ont 22 ou 23 ans, ont des responsabilités différentes », explique Jean-François Osmond. « Certains ne s’occupent que de l’élevage tandis que d’autres gèrent également les cultures. Pour autant, je m’assure que les tâches ingrates, comme le lavage, sont effectuées par tout le monde, même pendant les pics d’activité dans les travaux des champs. Cela évite les frustrations. » L’agriculteur estime également être souple sur les horaires et laisse régulièrement son personnel s’arranger pour les astreintes du week-end. Lors des achats destinés à améliorer les conditions de travail dans l’élevage, les salariés sont impliqués. « Ce sont eux qui font leurs recherches et me proposent les devis. Pour moi, ils ne sont pas que des exécutants. » Concernant la rémunération, celle-ci varie en fonction des responsabilités, mais ne doit pas être inférieure à 1 800 € nets, selon l’éleveur. Le gasoil leur est également payé. « Enfin, je fais en sorte qu’il y ait une bonne ambiance dans l’équipe. Je leur impose deux pauses café par jour pour qu’ils puissent discuter entre eux. »
Préparer la reprise
« Céder, ça se prépare », martèle Jean-Luc Fourmond. « Dans l’idéal, le cédant doit s’y prendre au moins dix ans à l’avance. » Selon Odile Saudrais, plusieurs freins subsistent néanmoins. En plus du manque de candidats, les coûts d’investissements sont très importants et font peser une charge financière non négligeable sur les épaules du futur installé. « Il faut être raisonnable et ne pas surestimer son outil », souligne-t-elle. « Une estimation économique de l’exploitation est indispensable. Il est aussi crucial de maintenir l’élevage en bon état. » Afin de garantir une reprise pérenne, le nouvel éleveur devrait également se faire accompagner pendant ses cinq premières années par ses partenaires. « L’objectif est de faire deux réunions par an avec la banque, le centre de gestion ou les partenaires commerciaux », avance Jean-Luc Fourmond. « Cela permet de savoir si le jeune s’en sort techniquement et financièrement, mais aussi, tout simplement, de voir s’il va bien psychologiquement. »
Alexis Jamet
Ne pas se surestimer
Opinion – Véronique Manche – Chambre d’agriculture des Pays de Loire Chargée de mission relations humaines et organisation du travail
Certaines installations se font malgré de nombreuses alertes. Nous observons que 20 % des nouveaux installés appellent la cellule Réagir au bout de deux ans. Quand on est jeune, on se croit parfois invincible. On pense que l’on va pouvoir travailler énormément et supporter la charge mentale liée à ces métiers. Or, parfois la réalité nous rattrape et l’on se retrouve en détresse. Il est donc primordial de bien s’entourer, de bien préparer son installation, de se former. Certains outils, comme la GTE et la GTTT, sont par exemple indispensable pour suivre l’évolution technico-économique de son exploitation.
