La Bretagne a collecté 5,46 milliards de litres de lait en 2025, dépassant légèrement le sommet de 2019 (5,44 milliards). Ce niveau de collecte repose sur des élevages toujours moins nombreux : 7 700 livraient à l’industrie en janvier 2026, soit 180 de moins en un an. Le cheptel poursuit lui aussi son érosion : -3,9 % entre juin 2025 et juin 2026, selon la note économique de rentrée de la Chambre d’agriculture de Bretagne. Les difficultés climatiques et économiques pourraient accélérer le mouvement de décapitalisation pour des raisons de trésorerie et de stocks fourragers insuffisants.
Le décrochage de juin
Sur le premier semestre, la collecte régionale ne recule que de 1,1 % par rapport à 2025. La tendance s’est inversée en avril. La FCO a d’abord décalé les vêlages, puis les fortes chaleurs ont affecté la production. En juin, les livraisons chutent de 7,6 %, avec un creux proche de -15 % la dernière semaine. Pour juillet-août, les sondages hebdomadaires de FranceAgriMer laissent prévoir un recul plus modéré, de 2 à 4 %, indique la note de la Chambre.
Ronan Le Denmat, président du GIE Élevages de Bretagne, distingue deux chocs : « La canicule, qui a immédiatement éprouvé les animaux, et la sécheresse, dont les conséquences s’étaleront sur les mois à venir ». En Centre-Bretagne, il estime avoir perdu 30 % de rendement en maïs sur son exploitation. « On sent de la fatigue accumulée dans les campagnes en ce moment », observe-t-il.
Le constat de terrain rejoint celui de l’étude du service économie-emploi de la Chambre d’agriculture : au 20 août, l’indicateur de rendement des prairies bretonnes était inférieur de 31 % à la normale. Les rendements des maïs fourrages sont annoncés en retrait moyen de 30 %. Frédéric Conq, président de l’Organisation de producteurs (OP) lait d’Eureden, décrit de forts écarts : « Le Nord-Finistère paraît moins pénalisé que le Sud-Morbihan, où certains éleveurs ont perdu la moitié de leur ensilage ».
Il y a de l’avenir dans la production laitière
Les réserves de 2025 amortissent encore le choc dans certains élevages. D’autres ont déjà entamé leurs stocks d’hiver. Chez Eureden, la reprise de production observée en juillet-août, liée aux décalages de vêlages, ne rassure donc qu’à moitié Frédéric Conq qui s’attend à une baisse dans les six mois à venir, sous l’effet du manque de fourrages et de leur qualité plus incertaine.
Car acheter pour maintenir les volumes devient plus difficile à rentabiliser. En fin de premier semestre, le lait breton est payé 425 €/1 000 L, toutes primes et qualités confondues, soit à peine plus de 400 € ramené à une composition standard. La moyenne annuelle de 2025 atteignait 470 € à composition standard. Des échos de terrain rapportent des achats de maïs sur pied à 1 600-1 800 €/ha. À ce prix, remplir le silo ne garantit pas la marge sur les litres supplémentaires.
La moindre offre de lait bretonne ne suffira évidemment pas à redresser les cours : la collecte progresse dans les principaux bassins exportateurs, dont l’Union européenne. « La consommation de produits laitiers se tient pourtant », souligne Frédéric Conq. « Les trésoreries restent sous pression. Pour les éleveurs qui doivent acheter, la dépense est immédiate ; pour les autres, il redoute surtout les tensions au printemps ».
Préserver la capacité de rebond
Le risque est de voir anticiper les réformes pour réserver la nourriture aux vaches les plus productives. « Faire leur lait avec moins d’animaux », résume Ronan Le Denmat. « Si les rendements fourragers restaient durablement dégradés, il faudrait aussi revoir le chargement à l’hectare. Une deuxième année sèche, après consommation des réserves, compliquerait encore l’équation ».
La Bretagne garde toutefois des ressources. Frédéric Conq compte sur le retour de l’herbe et les semis de couverts d’automne susceptibles de fournir 3 à 4 t MS/ha. De son côté, la coopérative Eureden « accompagne l’adaptation des rations et met en relation vendeurs et acheteurs de fourrages. De quoi regarnir une partie des silos dans un esprit de solidarité ».
Le responsable rappelle aussi les atouts des entreprises laitières bretonnes, coopératives et privées, et les progrès de productivité des troupeaux. À condition de préserver la marge. « Je crois encore qu’il y a de l’avenir dans la production laitière », insiste Ronan Le Denmat. Les bouleversements à venir appellent des adaptations, pas un renoncement. « Il faut continuer à avoir des projets », appuie Frédéric Conq.
Didier Le Du
Consultez les chiffres du nombre de vaches laitières par commune en Bretagne
Accompagner les investissements
Opinion – Frédéric Conq – Président de l’OP lait Eureden
Les fortes chaleurs imposent de repenser des bâtiments longtemps conçus pour protéger les troupeaux du vent et de la pluie. Un déplacement en Italie avec le Conseil lait de la coopérative nous a montré que des solutions existent. Je retiens notamment la ventilation et l’isolation des toitures. Il faudra intégrer ces enjeux dans les constructions neuves et étudier les adaptations possibles dans l’existant, en tenant compte du retour sur investissement. Il nous faudra un accompagnement accru de l’État et de la Région, dans le prolongement d’Agri Invest. La filière devra mieux valoriser le lait pour financer ces évolutions. L’accès à l’eau concerne aussi les éleveurs : sa sécurisation et son partage doivent se construire avec tous les usagers.

