Récolte sous canicule : Un été brûlant pour les cultures

La moisson se termine par endroits, beaucoup plus précocement que d’habitude. Mais ce sont surtout les fortes chaleurs qui ont marqué cette semaine. Les chauffeurs des machines ont dû redoubler de vigilance.

Un tracteur et une moissonneuse au travail dans un champ - Illustration Récolte sous canicule : Un été brûlant pour les cultures
Au Gaec des Blés à Lannéanou (29), une cuve à eau est attelée au tracteur, ici sur une parcelle d'avoine récoltée par l'ETA Michel Combot. | © Paysan Breton – F. Paranthoën

« Pour la fin de semaine, tout sera terminé ». Clap de fin précoce pour cette campagne de battage 2026 pour Jean-Yves Orain, un des gérants de cette entreprise de travaux agricoles basée à Pancé (35). Lundi dernier, il ne lui restait que 90 ha à moissonner. « Nous terminons habituellement vers la fin juillet ». Trois semaines d’avance donc pour ce millésime.

Les dernières semaines ont été favorables à la récolte ; lors de la semaine caniculaire, les machines n’ont tourné que la nuit, « par peur des départs de feu. Il ne faut rien risquer pour les chauffeurs et pour les machines », rappelle l’entrepreneur. On marche sur des œufs en entrant dans les parcelles. Cette semaine, des arrêtés préfectoraux ont encadré les horaires des chantiers, certains ont préféré prendre les devants en attendant que la température redescende et que le soleil se couche. Une forme de crainte a touché les chauffeurs, la moindre étincelle a fait partir en feu des champs par endroits, touchant aussi le matériel de pressage de la paille.

Entre 35 et 50 q de rendement en orge au sud de Rennes

Au niveau rendement, « les derniers blés sont peut-être un peu mieux, mais ce n’est même pas sûr », essaie de rassurer l’entrepreneur. Les résultats ne sont pas bons, avec seulement entre 35 et 50 q/ha sur ce territoire du sud de Rennes. Les excès, qu’ils soient d’eau pendant l’hiver ou de chaud en fin de printemps et en ce début d’été se sont largement fait sentir. Rien de mieux au niveau paille, les cultures de céréales ne laissent que 3 à 3,5 t/ha après le passage de la moissonneuse, contre habituellement 5 t. Toute la région a souffert de ces conditions chaudes et sans eau : « Ma crainte va aussi vers les maïs, qui sont en train de sécher debout. On ne sait pas comment les agriculteurs arriveront à nourrir leurs troupeaux… ». Si cette météo persiste, « nous allons sans doute commencer à ensiler en août des maïs sans valeur alimentaire qui n’auront pas de poupées. Pour le maïs grain, ça risque d’être très compliqué ».

Il faut qu’il pleuve dans les 15 jours

Sur le secteur de Guer (56), Pierre-Henri Hamon et ses salariés étaient dans les blés en début de semaine. « On ne fait plus d’échantillons d’humidité », observe-t-il, tous les grains sont forcément secs. Très secs même, des colzas ont été livrés avec seulement 4 % d’eau. Avec une bonne teneur en huile, ces colzas rendent bien. « Beaucoup sont entre 35 et 40 q/ha. Et heureusement : avec un cours qui fluctue entre 500 et 515 €/t, c’est correct ». L’entrepreneur estime que la qualité des récoltes est au rendez-vous : le poids spécifique des blés est élevé, mais le prix et le rendement déçoivent. Là aussi, concernant les maïs, le Morbihannais croise les doigts pour que les précipitations arrivent. « Il faut qu’il pleuve dans les 15 jours qui viennent ». Le baromètre reste pourtant très haut, mais des orages viendront peut-être localement doucher les plantes.

Ventiler les grains chauds

« Un soir de cette semaine, j’ai chargé à 19 h une remorque d’orge. Le grain était toujours à 37 °C », témoigne Alexandre Paul, éleveur de porcs à Scrignac (29). Cette espèce de céréale « est encore plus sensible au stockage. Il faut absolument la ventiler dans les silos, sous peine de voir se développer des moisissures et des charançons ». L’agriculteur estime être un peu privilégié par la fraîcheur de la nuit, qui permet d’abaisser la température des récoltes. « Les tôles des silos peuvent être plus froides, le grain peut condenser à cause de la différence de température s’il n’est pas refroidi rapidement ».

Côté organisation des chantiers de récolte dans cette partie du Centre-Finistère, les machines se sont arrêtées vers 23 h pour les orges, « mais ont pu continuer la nuit dans les blés ». L’éleveur regarde également du côté de ses maïs. « On ne manque pas d’eau, c’est la chaleur qui est inquiétante, surtout à l’approche de la floraison », conclut-il.

Fanch Paranthoën

Grosse incertitude pour les maïs

Opinion – Benjamin Collin – Ingénieur régional Bretagne pour Arvalis

Les fortes chaleurs en plein cœur de l’après-midi tirent sur les maïs. De fortes températures avant la floraison pénalisent le nombre d’ovules. Quand le stress arrive après ce stade floraison, il peut y avoir des avortements jusqu’au Slag (stade limite d’avortement du grain). Un stress en maïs fourrage impacte forcément la biomasse, une culture conduite en grain pourra compenser à condition que les pluies arrivent au bon moment. Cette année pourrait être pire que 2022, les plantes ont déjà été touchées par endroits par des géomyzes. Il y aura de l’hétérogénéité. Pour l’orge, certaines parcelles ont été impactées à des stades sensibles, d’autres non… c’est pourquoi les rendements peuvent aller de 45 à 90 q/ha.


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