À quelques encablures de la Côte de Granit Rose, un autre incontournable de la Bretagne se fait remarquer par sa couleur : sous les serres de Thomas Balcou à Ploubazlanec (22), on est en pleine cueillette des fraises. Le producteur s’est lancé dans cette culture en 2010 après le départ à la retraite de ses parents, en lieu et place de pomme de terre primeur. Après différentes tranches de travaux, 9 000 m2 sont désormais dédiés à ces petits fruits rouges. La ferme familiale a conservé 15 ha de pomme de terre en plein champ, 10 ha de brocolis, 25 ha de chou-fleur et 1,5 ha de tomate sous abris.
Quatre variétés se succèdent pendant la saison chez le serriste, avec des fraises Gariguette, Demoiselle (fraise allongée et sucrée), Maras des bois et Favori.
15 jours d’avance
L’acidulée Gariguette et la Maras des bois « sont très sensibles aux excès de chaleur et aux drosophiles qui, quand elles piquent les fruits, les font couler », explique le producteur.
Les récoltes manuelles de fraises « commencent vers mars avec la Gariguette et s’étendent jusqu’en juillet pour cette variété. La Maras débute quant à elle vers avril et se termine en octobre ». Thomas Balcou arrive à déterminer le volume produit quelques semaines avant la récolte, quand la météo se situe dans les normales de saison. Mais les premières fortes chaleurs apparues en avril ont fait avancer la récolte de 2 semaines. Une réalité à laquelle les producteurs vont devoir s’adapter avec les changements de températures qui deviennent très fréquents.
À la récolte, le fruit ne se touche qu’une fois
Huit salariés permanents sont présents sur l’exploitation, une trentaine de saisonniers vient renforcer l’équipe dès le printemps. Treize personnes assurent la récolte manuelle des fraises, le conditionnement précis se fait pour certaines variétés comme la Gariguette « pointe en l’air ». Fragile, « le fruit ne se touche qu’une seule fois ». Aussi, « nous devons fidéliser notre main-d’œuvre, en proposant une production étalée dans le temps ». Côté vente, le serriste propose ses produits sous la bannière Prince de Bretagne, 35 % de la récolte est contractualisé « pour sécuriser notre revenu. On ne fait des contrats que si on est sûr de rémunérer les producteurs ». Le cadran est la seconde façon de fixer un prix. Au total, Prince de Bretagne regroupe 20 maraîchers qui cultivent sur 19 ha, pour 500 t de fraises produites par an.
Louise Suignard
Revenir au local
Si la Bretagne reste un territoire privilégié face au réchauffement climatique, d’autres n’ont pas cette chance. En Espagne, la production baisse, « les eaux de forage, parfois riches en silice, font blanchir la pointe des fraises ». Mais la péninsule ibérique conquiert également de moins en moins les consommateurs, qui se tournent davantage vers des produits locaux. « Un comportement que l’on a pu observer depuis le Covid », explique Camille Aguer, cheffe produit diversification sous abris pour Prince de Bretagne.

