Qu’il est agréable en ce début de printemps de se balader à proximité du Rocher de l’impératrice, à Plougastel-Daoulas (29). Ce petit bois laisse par moment apparaître à travers les feuilles de ses arbres le pont de l’Iroise puis, plus au fond du paysage, l’immensité de la mer et de la rade de Brest. Soudain, une masse vivante apparaît. Silencieusement mais avec une force impressionnante qui fait se reculer d’un pas, un cheval tire un tronc, se faufile habilement et disparaît avec sa meneuse. Un chantier de débardage est en cours, les stigmates toujours présents du passage de la tempête Ciaran sont encore là. Il faut rendre à l’endroit son aspect d’origine, sécuriser les lieux. Ce travail est l’œuvre de la famille Séité, débardeurs de métier, installée à Plouigneau (29). Pour le labeur du jour, Anne-Louise mène tranquillement J’Viens du paradis, nom de ce cheval de race Trait breton. Cela ne s’invente pas, l’animal bienheureux affiche ses origines célestes.
Des chevaux courageux qui donnent tout ce qu’ils ont
Une histoire de famille
Vincent Séité a grandi entouré de chevaux. Ces grands-parents, cultivateurs, les utilisaient pour leurs légumes. Puis « mon père a commencé son activité en 1997 avec cette traction animale, il y avait un peu de demande, pour du bois de chauffage ». Petit à petit, le fils aide son père et le remplace quand il le faut, avant de se lancer lui-même à son propre compte.
Sa ferme compte aujourd’hui 30 chevaux. Côté race, il a choisi le Trait poitevin et les Traits bretons. « C’est notre cheval de cœur, que nous avons toujours connu. C’est l’animal du pays, il est important de le valoriser, les effectifs sont faibles ». Le Trait breton a en quelque sorte été sauvé par les débouchés boucherie, « Nous, nous les sauvons par le travail, les activités de loisir, les compétitions ». La race est « attachante, ils savent nous sortir de situations difficiles, ils donnent tout ce qu’ils ont, sont puissants et très courageux ». Concernant le Trait poitevin, « mon père en avait déjà, il a fait connaissance avec cette race lors d’une visite au Salon de l’agriculture. C’est un cheval qui est peu utilisé pour le travail, mais plutôt pour des accouplements pour donner naissance à des mules poitevines. Les éleveurs ont donc fait des mules, mais ont oublié de faire des chevaux de trait. Chaque année en France, il n’y a que 60 naissances de Trait poitevin : si l’animal était sauvage, il serait considéré en voie d’extinction ».
Une force dont ils n’ont pas toujours conscience
Mais revenons à notre petit bois et à son Rocher de l’impératrice. « Nous intervenons là où personne ne peut ou ne veut aller ». L’endroit est parsemé de grosses pierres, et est apprécié pour des promenades ou pour de l’escalade. C’est dans cet environnement que Vincent et Anne-Louise doivent couper puis débarrasser le bois. Tel un train tirant son wagon de marchandise, J’Viens du Paradis donne tout ce qu’il a pour ramener de longs et imposants troncs en bordure de route. Cet alezan de 7 ans a été élevé dans la famille. Il a appris le métier de débardage avec ses éleveurs. « Au départ, ils n’ont pas la notion de leur force, ce qui fait que l’on peut les travailler. Tout est une histoire de confiance, qui se gagne en s’exerçant tous les jours. Il faut être très rigoureux, strict sur les points de sécurité : le cheval doit respecter les arrêts, pour que ni lui ni nous ne soyons en danger ». Cette formation se poursuit sur des chantiers, afin d’habituer ces tracteurs vivants à différents bruits, comme un arbre qui tombe ou les pétarades du moteur de la tronçonneuse.
La fusion est telle qu’au bout d’un certain temps les rênes longues ne servent plus à rien. « On les incite très vite à travailler à la voix ». L’arrêt, la marche en avant ou en arrière, s’acquièrent assez rapidement. La droite et la gauche sont deux notions plus longues à maîtriser. Et la langue bretonne se prête très bien à l’exercice, avec « son intonation forte, ses mots courts ». Anne-Louise fait remarquer que pour les chevaux les plus expérimentés, « quand ils ont fait 3 tours, ils connaissent le chemin ». L’animal puissant pourrait alors évoluer seul.
Travail, puis repos
Les jeunes chevaux ne sont utilisés pour la traction qu’1 heure le matin, et 1 heure l’après-midi. À l’âge de 5 à 6 ans, les journées de 6 heures commencent. Le compagnon est employé 4 à 5 jours par semaine, et est laissé au repos pendant 2 jours « pour se vider la tête et l’esprit ». Pour exercer son métier, le trait est équipé : collier de traction, écarteur pour casser la ligne de trait et pour ne pas compresser le cheval, palonnier spécifique avec amortisseur. En plus du débardage, Vincent Séité propose de l’arrachage de plantes invasives, comme des bambous ou des lauriers palme. La force du cheval vient à bout des racines les plus récalcitrantes et empêche ces végétaux non désirés de proliférer.
À la fin de la journée, la famille profite d’un repos bien mérité. Pour se requinquer, J’Viens du Paradis prend son dernier repas de la journée, il en a 3 par jour quand il est en activité. Au menu : céréales, compléments alimentaires, minéraux et levure pour la digestion. Demain, une autre journée dans un autre endroit ; mais ce magnifique cheval très puissant en aura sous le sabot.
Fanch Paranthoën
En Finistère et ouest Côtes-d’Armor
Vincent Séité et ses chevaux interviennent sur le Finistère et sur l’ouest des Côtes-d’Armor. Pour le joindre : 06 84 82 33 07, ou à vincent.seite@bbox.fr.



