Sociologie : Qui sont les nouveaux installés ?

L’image classique du métier d’agriculteur transmis de génération en génération ne suffit plus à décrire la réalité. Si la transmission familiale reste importante, elle n’est plus la seule voie d’entrée.

cinq personnes de divers horizon de dos devant un champ - Illustration Sociologie : Qui sont les nouveaux installés ?
L'étude a montré que les parcours sociaux influencent la façon d’exercer le métier. | © ChatGPT

Une enquête sociologique récente du projet AgriNovo, pilotée par le Laboratoire de recherches en sciences sociales (Laress) de l’Esa d’Angers, met en évidence une transformation du recrutement social de la profession agricole. « Les nouveaux installés sont souvent plus âgés. Ils ont connu plusieurs expériences salariales avant de se lancer », déclare Caroline Mazaud, enseignante-chercheuse en sociologie à l’Esa. « Ces expériences peuvent ensuite influencer leur manière d’exercer le métier d’agriculteur, notamment dans leur rapport à l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. » La profession compte également davantage de personnes issues de reconversions. Ce travail a permis d’établir une typologie de cinq profils de nouveaux installés (voir encadré).

Le terme Nima est selon moi problématique

La socialisation est un avantage

L’enquête met en évidence un point central : la socialisation agricole reste un atout important pour réussir son installation. Les agriculteurs ayant grandi dans une exploitation ou ayant été exposés très tôt au métier rencontrent moins souvent de difficultés économiques. « L’héritage du capital – foncier, matériel mais aussi réseau professionnel – est primordial », affirme Caroline Mazaud. « Il change la donne par rapport à quelqu’un qui partirait de zéro. Par conséquent, les banques ont aussi tendance à accorder plus facilement leur confiance à un enfant d’agriculteur. » Les parents jouent ainsi un rôle central dans la transmission du métier. Ils sensibilisent très tôt « l’héritier désigné » (souvent masculin) au statut d’indépendant, au travail sur la ferme ou au fonctionnement de l’exploitation. « Ce modèle de transmission est très ancré dans le monde agricole », déclare la sociologue. « Il est par exemple moins prégnant chez les artisans ou les commerçants. » Ce mode de transmission vise aussi à assurer la reprise de l’exploitation familiale, à laquelle les parents ont souvent consacré toute leur carrière.

Les différents reconvertis

« Le terme ‘Nima’ (non issu du milieu agricole) est selon moi problématique », estime la chercheuse. « C’est un terme négatif qui désigne les gens par ce qu’ils ne sont pas et qui traduit fortement leur origine sociale. » Sous cette étiquette se cachent en réalité des profils très différents. « Il ne s’agit pas forcément d’urbains reconvertis qui se lancent dans du maraîchage bio », précise-t-elle. Le projet AgriNovo distingue notamment les reconvertis issus des classes moyennes de ceux provenant des classes supérieures. Les premiers initient souvent des projets de territoire et défendent une vision spécifique du métier (circuits courts, maraîchage, agriculture biologique…). « Ils disposent d’un capital économique plus limité, qu’ils compensent par du sur-travail », précise Caroline Mazaud. « Ce sont d’ailleurs eux qui citent le plus de difficultés économiques et de pénibilité dans leur métier. » Les seconds sont souvent diplômés de l’enseignement supérieur (Bac +5) et disposent d’un capital plus important. Ils sont aussi fréquemment en couple avec un cadre, dont les revenus constituent une sécurité financière. « Nous avons observé que ces profils diversifiaient aussi leurs activités sur la ferme, mais cela passe souvent par des projets énergétiques comme du solaire ou de la méthanisation. »

Hériter n’est pas une évidence

« Ceux que nous appelons les héritiers sans vocation, et qui sont majoritairement des femmes, représentent 22 % de l’échantillon », souligne la sociologue. Il s’agit du deuxième profil le plus représenté dans l’étude. Ces personnes, dont les parents sont agriculteurs, n’ont cependant ni formation agricole ni expérience sur la ferme, et ne se prédestinaient pas à exercer ce métier. « Elles reviennent néanmoins au monde agricole soit par le mariage, soit par opportunité. »

Alexis Jamet

Quels sont les profils identifiés ?

Issus de familles agricoles, les héritiers bien préparés (34 %) ont souvent participé très tôt au travail sur l’exploitation et suivi une formation agricole. Leur installation s’inscrit dans la continuité d’une trajectoire familiale. À côté de ces héritiers se trouvent les héritiers sans vocation (22 %), qui reprennent l’exploitation sans avoir initialement envisagé ce métier. L’étude identifie également plusieurs profils de reconvertis: ceux des classes moyennes (20 %) ou supérieures (8 %) qui s’installent après une carrière dans un autre secteur. D’autres appartiennent aux classes populaires rurales (16 %), socialisées au monde rural mais pas directement à l’activité agricole.


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