Produire un lait riche et rentable 

Jeudi 5 mars, le syndicat de race Armor Prim’Holstein fait visiter le Gaec de la Saudraie où Aurélie et Antoine Cogneras misent sur le pâturage et les fourrages, la longévité, la matière utile pour construire l’efficacité économique de leur exploitation. 

Des vaches de races Brune et Holstein dans des logettes bien paillées.  - Illustration Produire un lait riche et rentable 
Pour les éleveurs, le confort des logettes est primordial faire vieillir les animaux. | © Paysan Breton - T. Dagorn

« Notre priorité est de faire le lait avec du pâturage et nos fourrages à l’auge », résument Aurélie et Antoine Cogneras au Mené. « Ici, le secteur est une terre d’élevage et de fourrages, pas de grandes cultures. » Le couple conduit un troupeau de 100 vaches qui se partage entre Prim’Holstein et Brunes et compte six Jersiaises. Pour 940 000 L livrés par an, le niveau d’étable se situe autour de 9 500 L de lait par vache par lactation à 35,5 de TP et 45,5 de TB. « C’est le résultat cumulatif des deux races : du volume et des taux pour une plus-value atteignant 47 € / 1 000 L sur le prix du lait sur les trois dernières années. »

La marge et l’EBE comme boussoles

« Tout le monde sait produire du lait. La vraie question est à quel coût ? » Le couple ne regarde pas vraiment le niveau de production préférant rechercher les taux et la longévité. « Les trois chiffres qui nous servent de cap sont la marge, l’EBE et le résultat », insistent-ils. Au Gaec, sur l’exercice 2024 – 2025 (clôture 30 septembre), pour un coût alimentaire de 124 € / 1 000 L et un prix du lait payé de 506 €, la marge de l’atelier lait (élevage des génisses inclus) atteint 381,92 € / 1 000 L, l’EBE 321 644 € et le résultat courant 197 305 € (après charges sociales).

Pour construire la rentabilité, la prairie est un socle. Sur les 160 ha de SAU (voir encadré), le troupeau en production bénéficie de 20 ha accessibles. Les éleveurs travaillent en pâturage tournant dynamique grâce à des paddocks de 50 ares avec fil avant. Les vaches sortent « dès que c’est portant », généralement de la mi-mars à fin octobre. « Cette année, la mise à l’herbe risque d’être retardée à cause de l’hiver très pluvieux. » Les éleveurs tiennent à la place de l’herbe. « Si nous pouvions, nous nous passerions des cultures. » Mais les 55 ha de céréales fournissent de la paille « pour assurer un logement très confortable » aux vaches (logettes) et génisses. Le Gaec achète en complément 50 ha de paille par an. « En cherchant à minimiser les charges par l’autonomie, le système gagne en résilience, indispensable pour faire face à un prix du lait qui a déjà perdu 50 € / 1 000 L en un an. »

À l’avenir, le couple rêve d’un séchoir en grange – « un aboutissement dans la culture de l’herbe » – pour distribuer du fourrage sec. Et ainsi diminuer la place du maïs, en arrêtant l’ensilage pour récolter davantage de maïs épi (« une source d’énergie concentrée intéressante pour équilibrer les rations avec une grosse part d’herbe »)

Six réformes en 2025

Le commerce important d’animaux est un autre pilier de l’équilibre économique de l’exploitation, « d’autant qu’il y a cinq ans une vache en lait se vendait moitié prix. » Toutes les génisses nées sont élevées. « Nous avons des terres peu cultivables propices à l’élevage des jeunes. Avant le premier vêlage, elles font une saison de pâturage, parfois deux. » Au Gaec, le taux de renouvellement ne veut rien dire puisque toutes les génisses vêlent et démarrent une lactation et que 40 animaux en lait sont vendus par an. « Quand les acheteurs viennent, chaque vache a un prix et n’importe laquelle peut partir. Nous vendons ce que nous aurions gardé, c’est comme ça que nous fidélisons… » En race Brune, l’élevage est numéro un français en Note globale et brille régulièrement sur les concours. Cela attire la clientèle, « une forme de récompense pour notre travail ».

Chez ces éleveurs qui s’avouent « assez sentimentaux » avec leurs animaux qu’ils aiment voir vieillir, mieux vaut regarder le taux de sortie en fin de carrière pour se faire une idée du travail sur la longévité. En 2025, six animaux seulement ont été réformés. Enfin, la vache – phare de l’élevage s’appelle Hutile : en plus d’avoir gagné le Space, la Brune a donné 11 veaux et s’apprête à 13 ans à passer la barre des 100 000 kg de lait produits. « Une vache de rêve pour nous », terminent Aurélie et Antoine.

Toma Dagorn

Jeudi 5 mars, l’assemblée générale Armor Prim Holstein débutera à 10 h 30 à la salle municipale O’Fil-de-Rance à Mérillac. Visite du Gaec de la Saudraie en après-midi. Inscription (30 € pour la journée avec repas) : 02 96 79 21 63.

Un méteil protéiné pour l’hiver

L’assolement des 160 ha se découpe ainsi : 55 ha de céréales à paille, 40 ha de maïs (30 ensilés, 10 récoltés en maïs épi), 7 ha de colza, 3 ha de betteraves, le reste en prairie. Le méteil est semé fin septembre. Deux associations sont utilisées : seigle – fourrager – vesce – trois trèfles et avoine – vesce – trois trèfles. « Ce couvert fourrager offre un bon tonnage et un bon précédent avant maïs qui structure le sol et pompe peu d’eau comparé à un ray-grass. » Le mélange est récolté la 2e quinzaine d’avril (premières barbes du seigle et fleurs de la vesce), « le moment optimum pour obtenir une MAT de 18 à 22 % et un rendement de plus de 6 t MS / ha en moyenne sans pénaliser le maïs qui suit ». Ce fourrage entre dans le régime hivernal : la ration mélangée à l’auge contient alors ensilage d’herbe et de maïs, maïs épi, méteil, betteraves, orge fermière aplatie et tourteau 70 / 30. Le Dac ne distribue que 80 kg par jour d’un semi-tanné aux jeunes et aux plus productives.


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