Son rôle en tant qu’élu municipal dans l’Epab (*) : maintenir les discussions « dans quelque chose de concret, de réalisable », résume-t-il. Car, dans les instances environnementales, « l’agriculteur est souvent minoritaire. »
Défendre une agriculture familiale
« Si tu n’es pas là pour expliquer comment fonctionne réellement une exploitation, les décisions se prennent sur des schémas théoriques. » Sur les dossiers algues vertes, fertilisation, élevage ou foncier, Jacques Le Page s’efforce de défendre « une agriculture familiale, ancrée dans le territoire, déjà fortement contrainte et largement engagée dans les évolutions de pratiques ».
Si on n’est pas là, on parle de nous. Et rarement à notre avantage
Il observe une érosion continue de l’élevage dans les bassins versants : restructurations impossibles, transmissions bloquées, projets freinés par l’empilement réglementaire. « À force de contraintes supplémentaires, ce sont les systèmes mixtes et familiaux qui disparaissent. » Un paradoxe, selon lui, car « l’élevage participe à la fertilité des sols et à l’équilibre agronomique régional ». Et d’ajouter : « À mon échelle, je cherche à défendre l’élevage, car c’est la richesse de notre région. Mais c’est compliqué. »
« Si on n’est pas là… »
Présent dans les débats, l’élu agricole aide aussi à voir les choses différemment. « On parle beaucoup de flux d’azote, mais on parle moins du réchauffement de l’eau, de la température des baies, de la dynamique climatique. » Or, s’il y a des algues vertes dans la baie de Douarnenez, alors que le taux de nitrates n’a jamais été aussi bas, c’est bien parce que l’eau de mer plus chaude est propice au développement des algues. Ce n’est pas lui qui le dit mais les scientifiques. Sans nier les enjeux environnementaux, il plaide pour une approche globale : zones humides, ralentissement des écoulements, rôle des filtres naturels. « Il y a encore des marges de progrès, mais beaucoup a déjà été fait. »
Pour cet éleveur de porcs de Plonévez-Porzay, l’engagement des agriculteurs dans les conseils municipaux et les structures environnementales est indispensable : c’est une condition pour éviter que l’agriculture soit jugée, réglementée et transformée sans ceux qui la pratiquent. « Si on n’est pas là, on parle de nous et rarement à notre avantage. »
Didier Le Du
(*) structure publique chargée de la gestion des bassins versants et de la mise en œuvre des politiques de l’eau à l’échelle locale, notamment dans le cadre des Sage (Schémas d’aménagement et de gestion des eaux)

