Depuis plusieurs années, le Mercosur est devenu l’un des symboles des inquiétudes du monde agricole français. À chaque relance de l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et les pays sud-américains (Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay), la même crainte revient : celle d’un afflux massif de viande étrangère, produite à moindre coût et selon des normes moins strictes, qui fragiliserait les éleveurs français. Pourtant, l’examen des flux réels d’importation nuance fortement ce discours alarmiste.
La viande importée est d’abord européenne
Contrairement à l’image véhiculée dans le débat public, la grande majorité de la viande importée et consommée en France provient d’autres pays de l’UE. Selon les données d’Agreste et de FranceAgriMer, la France a importé en 2023 environ 364 000 tonnes équivalent carcasse (tec) de viande bovine. Or, 80 à 90 % de ces volumes proviennent de pays européens : Pays-Bas, Irlande, Allemagne, Pologne, Belgique et Espagne. Ces cinq pays représentent 3/4 des volumes de viande bovine importés en 20231.
L’accord ne prévoit pas une ouverture totale du marché agricole
Les statistiques du Wits (World Integrated Trade Solution) de 2023 vont dans ce sens. Le top 10 des pays exportateurs de viande bovine vers l’Hexagone est européen2. Autrement dit, la concurrence qui pèse aujourd’hui sur les agriculteurs français est d’abord intra-européenne.
Un constat similaire pour la volaille
La même logique prévaut dans la filière volaille. Les chiffres publiés par FranceAgriMer et l’Inrae montrent que les importations françaises de viande de volaille proviennent majoritairement de Pologne (253 000 tec en 2023), Belgique, Pays-Bas et Allemagne3. Le Brésil, souvent cité dans les débats politiques, reste un fournisseur secondaire par rapport aux partenaires européens (moins de 5 000 tec en 2023)4. Là encore, la concurrence ressentie par les producteurs français est avant tout celle du marché unique européen. En outre, selon le SNRC (Syndicat National de la Restauration Collective), la volaille hors UE ne représentait que 0,29 % des volumes dans la restauration collective en 2024.
Des volumes encadrés et limités
Même en cas de ratification, l’accord ne prévoit pas une ouverture totale du marché agricole. Pour la viande bovine, il repose sur des quotas alimentaires à droits de douane réduits. L’UE autorisera l’entrée sur son marché de 99 000 tonnes de viande bovine et 180 000 tonnes de volaille (soit respectivement 1,6 % et 1,4 % de la production européenne). Au-delà de ces quotas, les produits seront soumis aux droits de douane normaux5. Le scénario d’un “raz-de-marée” sud-américain ne correspond donc pas aux ordres de grandeur observés.
Un débat autant symbolique qu’économique
Les chiffres montrent que le Mercosur joue surtout le rôle de bouc émissaire commode, concentrant les peurs sur une menace extérieure alors que la pression principale vient de l’intérieur même du marché européen. Les données officielles convergent : le Mercosur n’est pas aujourd’hui la principale menace économique pour les agriculteurs français. Si la France souhaite réellement protéger son modèle agricole, les leviers se situent avant tout dans l’harmonisation des règles européennes, la juste rémunération des producteurs, et la cohérence entre politique commerciale, agricole et climatique. Le Mercosur fait beaucoup de bruit, mais la concurrence, elle, est déjà là – et elle est européenne.
Qu’avons-nous appris du Ceta ?
Appliqué de manière provisoire depuis 2017, le Ceta a suscité des inquiétudes comparables à celles autour du Mercosur. Les données empiriques ont depuis largement relativisé ces peurs. L’impact en volume sur la viande s’est avéré très limité : les importations de bovins canadiens vers l’UE restent faibles (quelques milliers de tonnes à l’échelle européenne) et la France n’importe quasiment rien de cette viande. Globalement, le bilan de cet accord s’est révélé positif pour l’agriculture française, et notamment pour les produits à forte valeur ajoutée comme les vins et les produits laitières. Les mêmes, d’ailleurs, qui devraient aussi profiter du Mercosur.
Sources

