La réglementation mise à l’épreuve

Les cannes de maïs protègent mieux le sol que les couverts implantés tardivement. Observation sur le terrain lors de l’épisode pluvieux de jeudi dernier.

Erosion due à la pluie dans un champ - Illustration La réglementation mise à l’épreuve
Dans cette parcelle en cuvette à double pente (10 %), les différences d’érosion sont liées aux pratiques culturales.

Jeudi 15 janvier, 16 h, à la fin de l’épisode pluvieux qui a arrosé copieusement la région. Dans ce secteur des Montagnes Noires, 55 L/m2 sont tombés en 24 heures (station Météo France de Coray). Cette séquence météorologique met en lumière, de façon très concrète, l’impact des pratiques culturales sur le ruissellement et l’érosion des sols.

L’observation se déroule dans une parcelle de maïs grain récolté fin octobre. Comme le montre la photo, de l’eau boueuse s’écoule depuis la partie gauche du champ, tandis que, sur la partie droite, le ruissellement reste limité et l’eau est claire. Un contraste d’autant plus parlant que les deux zones présentent des pentes comparables sur des longueurs analogues.

Deux fonctionnements hydrologiques opposés

Le relevé topographique écarte toute ambiguïté. Sur environ 238 m de longueur, la parcelle, en configuration de cuvette présente une double pente moyenne de 10 % vers son centre, avec des passages localement plus marqués, jusqu’à 23 %. Les deux versants concernés par l’observation sont donc soumis à des contraintes topographiques similaires.

La différence d’érosion constatée lors de cet épisode pluvieux ne s’explique ni par la pente ni par l’intensité de la pluie, mais bien par l’état de surface du sol.

Ce n’est pas qu’une question de pente

À gauche, après un travail superficiel, une culture intermédiaire a été semée quelques jours après la récolte. Mais au 15 janvier, ce couvert est encore très peu développé : le sol est fin, peu protégé et directement exposé à l’impact des gouttes.

À droite, les cannes de maïs ont été broyées et laissées en surface, formant un tapis continu de résidus végétaux, sans travail du sol. Une pratique aujourd’hui réglementairement interdite, mais qui s’avère ici agronomiquement pertinente.

Un enchaînement classique

Sous une pluie prolongée, l’énergie des gouttes joue un rôle déterminant. Sur un sol nu ou insuffisamment couvert, elles fragilisent la structure de surface d’autant plus intensément que les apports de matière organique issus de l’élevage se raréfient. L’eau s’écoule en surface et entraîne avec elle les particules de sol : c’est le ravinement. L’eau chargée de terre observée sur la photo témoigne d’une érosion active et d’une altération de la fertilité à moyen et long terme.

À l’inverse, sur la partie couverte de cannes de maïs broyées, les résidus assurent une protection physique efficace. Ils amortissent l’impact des gouttes, maintiennent une rugosité élevée, ralentissent l’écoulement et favorisent l’infiltration. Le faible ruissellement observé reste clair, sans transport de sédiments.

Didier Le Du

Une réglementation toujours adaptée ?

En Bretagne occidentale, la réglementation imposant l’enfouissement des cannes de maïs se heurte aujourd’hui à l’évolution des conditions climatiques. Avec des récoltes tardives et des pluies hivernales plus intenses, l’enfouissement peut exposer les sols à une érosion accrue. Le gain attendu en matière de limitation du lessivage de l’azote risque alors d’être contrebalancé par une perte de sol fertile, remettant en question l’adéquation de la règle aux réalités locales.


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