Un point de bascule ?

La baisse de 10 centimes en Allemagne la semaine précédente était un signe. Jeudi 20 novembre, le prix du porc est passé sous la barre symbolique de 1,50 €.

Carcasses de porc dans un abatooir - Illustration Un point de bascule ?
La filière observe un ralentissement de la découpe depuis quelque temps. | © Kadmy - stock.adobe.com

La mécanique est connue. Quand il y a trop de cochons le prix ne résiste pas. Les signes avant-coureurs étaient là : alourdissement du poids, découpe de carcasse moins dynamique. Et ce n’est pas la fin d’année peu favorable à la consommation de porc qui va relancer la machine. Dans ces conditions, la baisse n’a rien d’une surprise : c’est la traduction d’un marché devenu déséquilibré. Le 20 novembre, à Plérin, les porcs sans enchère se sont accumulés à un niveau élevé (40 %).

Le rapport de force s’inverse

À chaque retournement, la filière revit la même scène. L’inquiétude monte, chacun cherche un coupable, et le marché devient le responsable idéal. Pourtant, c’est lui qui, historiquement, a évité les emballements. L’esprit de l’Organisation commune du marché repose précisément sur cela : un lieu de concertation, de parfaite transparence, avec un cadre, des règles ; un outil qui fait office d’amortisseur collectif.

Un repère objectif vaut mieux que mille certitudes individuelles

Les trois dernières années, portées par des cours confortables, ont donné de l’assurance à de nombreux éleveurs. Beaucoup ont négocié en direct, convaincus d’y trouver un meilleur prix. Tant que les abattoirs sont en capacité, ce modèle peut sembler séduisant. Mais lorsque la conjoncture se retourne, la discussion individuelle trouve vite ses limites. Le rapport de force s’inverse.

7 % des porcs font le prix

En face, le marché continue de jouer son rôle. Et à l’heure où chaque éleveur consulte fébrilement les moindres évolutions des cours, le paradoxe est quelque part frappant : jamais il n’y a eu aussi peu de porcs présentés au marché – à peine 20 000 par semaine – et pourtant ce petit volume continue de fixer le prix de référence pour toute la filière. Ce sont ces 6 à 7 % de porcs qui donnent le ton national. Une goutte d’eau qui pourtant éclaire tout le bassin de production.

Dans les prochains mois, le marché sera, en toute vraisemblance, chahuté. Les observateurs anticipent une année 2026 difficile, avant un éventuel redressement pour 2027 lié au recul consubstantiel de la production en temps de crise, en Europe et ailleurs.

Dans cet entre-deux, la filière redonnera-t-elle pleinement sa place au jeu collectif ? Au moment où le secteur pourrait être amené à clarifier certaines orientations, l’intérêt du marché au cadran reprendra-t-il de l’ascendant ? Dans une période où chacun doute, un repère objectif vaut en tout cas mieux que mille certitudes individuelles. Dans un contexte agité, le collectif, souvent critiqué en période faste, redevient une boussole indispensable.

Didier Le Du

Réapprentissage à la formation du prix

La jeune génération souvent éloignée de la fixation du prix apprendra-t-elle de la crise qui vient que le cadran n’est pas simplement un lieu de vente, mais un espace de transparence, un langage commun entre producteurs et acheteurs ? Un lieu où le prix n’a de légitimité que s’il est public, partagé et incontestable. C’est aussi un outil de régulation discrète, qui permet à toute la filière de garder un cap – surtout quand l’horizon se charge.


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